La rencontre de Jessica (nom fictif) avec Guy Sears s’est transformée en cauchemar pour la jeune femme.

De l’idylle au cauchemar

Les applications et autres sites de rencontres pullulent sur l’Internet. On y affiche son plus beau sourire, et ses intérêts, comme le bon vin et la bonne bouffe. Si de nombreux couples se forment, et de nombreux célibataires trouvent de quoi passer une nuit torride, d’autres rencontres virent au cauchemar. En deux jours, le palais de justice de Gatineau a été le théâtre de deux histoires fort différentes, mais qui ont comme trame commune une première conversation virtuelle, au premier regard, charmante.

Assise derrière un paravent, Jessica* raconte son calvaire. Le muret est installé dans une petite salle du palais de justice de Gatineau. Il sert à la cacher de cet homme, qui était, croyait-elle, bon pour elle. C’est du moins ce qu’il laissait croire sur le profil publié sur une application pour adultes consentants. Il s’agissait, en fait, d’un homme extrêmement jaloux et violent, qui n’avait rien à voir avec le bon gars qui s’affichait sur l’application Plenty Of Fish.

Guy Sears, accusé de chefs criminels de voies de fait, de harcèlement et d’agression sexuelle, est assis dans le box des accusés. Lorsqu’une de ses ex parle de l’enfer qu’il lui aurait fait vivre, il secoue la tête.

Jessica, toute menue, pleure lorsqu’elle raconte comment Guy Sears la retenait à la maison, tant et aussi longtemps qu’elle n’avait pas satisfait ses pulsions sexuelles. Pour s’assurer qu’elle n’allait pas voir d’autres hommes, il la suivait au travail, dans la rue, partout.

Après quelques semaines heureuses, à la suite de leur rencontre virtuelle, l’individu s’est révélé être un consommateur de cocaïne, contrôlant.

La jeune femme a lu, lors du procès de Guy Sears, quelques-uns des centaines de textos qu’elle recevait à toute heure de la journée.

Ces messages, extrêmement violents, vulgaires et difficiles à entendre, consistaient à la forcer à ne pas parler à d’autres personnes, à avoir des relations sexuelles avec lui, et à l’humilier.

Témoignant pour la Couronne, vendredi, Jessica a dit que Guy a pris possession de ses finances, de ses mots de passe et numéros d’identification personnelle (NIP), refusant que quiconque « aime » ses photos sur Facebook. Il la réveillait, « encore et encore », la nuit, pour avoir des relations sexuelles, même si elle n’était pas consentante.

« Il a pris mon auto, l’a envoyée à la ferraille pour avoir de l’argent, il ne travaillait pas, il dépensait mon argent, il ne voulait pas que j’aille voir mes parents », dit Jessica, en sanglots.

Coups et humiliation composaient son quotidien. Lorsqu’elle tentait de sortir seule, pour marcher et peut-être fuir, il la suivait en vociférant. « C’était impossible de m’enfuir, il dirigeait tout. » Jessica a raconté une fête où elle a été battue, les crachats au visage, les insultes devant des dizaines de personnes. Elle se souvient des journées où elle devait travailler, avec lui à ses côtés, comme un chaperon accroché à elle.

La femme a rapidement compris que ce sourire virtuel d’autrefois cachait des colères effrayantes. « Ce regard lorsqu’il était en colère, pour à peu près tout... »

Le procès se poursuit lundi.

L’accusé maintient son plaidoyer de non-culpabilité.

*Nom fictif