L’ « Asterix » mouille depuis mercredi au port de Halifax.

Davie a livré le navire «Asterix» en respectant les budgets et l’échéancier

Le tout nouveau navire ravitailleur « Asterix », de la Marine royale canadienne, a quitté samedi dernier le chantier maritime Davie, à Lévis, en direction du port de Halifax, et il s’apprête à prendre le large pour former son équipage mixte civil et militaire.

Le Chantier Davie a transformé un porte-conteneurs civil en « pétrolier ravitailleur d’escadre provisoire » pour la Marine canadienne. L’entreprise de Lévis a respecté les budgets et l’échéancier de livraison, ce qui est plutôt rare dans ce secteur, mais Ottawa ne lui a pas encore confié un nouveau contrat, et les travailleurs sont inquiets.

L’ « Asterix » mouille depuis mercredi au port de Halifax. Le Chantier Davie soutient que ce premier navire de soutien naval de la classe « Resolve » fournira « une vaste gamme de capacités à la Marine, allant du ravitaillement en mer en carburant et en cargaison à l’appui aérien, en passant par le soutien médical pour la flotte et les secours humanitaires et en cas de catastrophe ».

La Marine loue le navire du constructeur Federal Fleet Services pour un bail de cinq ans, avec une possibilité de renouvellement pour cinq autres années. L’entreprise est aussi prête à vendre le navire à la Marine, et tente d’obtenir le contrat pour un deuxième ravitailleur, l’ « Obelix », qui serait aussi construit par la Davie, mais Ottawa ne semble pas intéressé.

John Schmidt, vice-président chez Federal Fleet Services, a indiqué jeudi que la formation de l’équipage mixte, composé de 36 civils et de 114 militaires environ, avait déjà commencé l’an dernier grâce à la réalité virtuelle. La formation en mer débutera au milieu de janvier et devrait durer au moins deux ou trois mois — c’est la Marine qui décidera à quel moment l’équipage est prêt à remplir sa première mission.

Partenariat avec le privé

L’entreprise privée sera responsable de la navigation et de l’entretien du bateau, mais ce sont les militaires qui s’occuperont des opérations spécialisées comme le ravitaillement en carburant, les manœuvres d’hélicoptères ou la manutention des marchandises, explique M. Schmidt. La formation permettra de s’assurer que ces deux équipes travaillent de concert, et qu’il n’y aura pas une rupture dans la chaîne de commandement.

M. Schmidt soutient que d’autres marines militaires font appel à des navires du secteur privé pour les appuyer, notamment la Marine australienne et même la flotte auxiliaire de la « Navy » américaine. Il s’agit toutefois d’une première au sein de la Marine canadienne. « Chacun se concentre sur ce qu’il sait faire de mieux », soutient M. Schmidt. « Nous assurons le volet commercial, c’est notre lot quotidien (...) ce qui permet à la Marine d’économiser » sur les coûts de navigation.

M. Schmidt estime que la note finale pour les contribuables pourrait atteindre 659 millions $, incluant les coûts de main-d’œuvre. Le gouvernement fédéral a déjà indiqué qu’il souhaitait acquérir à Vancouver son deuxième navire ravitailleur en 2021. Le chantier maritime de Vancouver a conclu un contrat de 4,1 milliards $ pour la construction de deux navires.

La livraison de l’ « Asterix » et l’absence d’autre commande importante d’Ottawa ont déjà entraîné la mise à pied de 113 personnes au Chantier Davie, et l’avenir de quelque 800 emplois est en péril. Tout en reconnaissant l’expertise des travailleurs du Chantier Davie, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a soutenu que le gouvernement « analyse la situation ».

« On ne peut pas créer artificiellement un besoin qui n’existe pas », a-t-il déclaré au début de décembre, en référence au deuxième ravitailleur, l’ « Obelix », dont la Marine ne veut plus. « Par contre, le fédéral a des besoins vis-à-vis la Marine canadienne, la Garde côtière, les traversiers fédéraux », a noté M. Garneau, alors que plusieurs centaines de personnes, dont le premier ministre Philippe Couillard, manifestaient dans la rue pour soutenir les travailleurs du Chantier Davie.