David Suzuki était de passage à Québec pour la remise du Prix Demain le Québec de la Fondation qui porte son nom.

David Suzuki, des camps d’internement à la lutte aux changements climatiques

De passage à Québec, le scientifique et environnementaliste de renommée mondiale David Suzuki a partagé au Soleil son parcours inspirant. Malgré une tête blanche qui trahit son âge, son discours reste tout aussi enflammé et passionné : la lutte contre les changements climatiques est cruciale.

Né à Vancouver en 1936, David Suzuki a vu sa vie changer à l’âge de six ans : il est tombé amoureux de la nature. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa famille, canadienne de troisième génération, est expulsée de Vancouver. Comme tous les Canadiens d’origine japonaise, ils sont envoyés dans un camp d’internement. «La guerre est arrivée. Nous avons perdu tous nos droits et nous avons été mis dans des camps. Je ne savais pas ce qu’il se passait. Je pensais qu’on allait dans un train pour le plaisir. Mes parents m’ont protégé de ce qui se passait. J’avais six ans, pour moi, c’était un beau voyage», se souvient David Suzuki.  

Découvrir la nature

Dans ces camps, il n’y avait pas d’école. «Nous vivions dans une place qui est maintenant un parc provincial», explique-t-il. Ses parents, nés et scolarisés au Canada, lui ont toujours parlé anglais à la maison. Il n’a donc jamais appris le japonais. «Je ne pouvais pas parler la langue, donc les autres enfants me battaient tout le temps dans les camps», se rappelle-t-il. C’est à ce moment qu’il a découvert sa passion pour la nature. «Je suis allé jouer dans la nature. J’ai rencontré des ours, des loups, et mon père me disait de ne pas avoir peur. Il me disait de ne pas les regarder dans les yeux», explique-t-il, avec intensité. Depuis, l’environnement est une partie intégrante de son quotidien. Vers la fin de la guerre, les camps ont été vidés. Sa famille a été forcée d’aller en Ontario. «Le gouvernement canadien ne voulait pas que les Japonais reviennent à Vancouver. Ils leur ont dit : soit tu renonces à ta citoyenneté et tu retournes au Japon, soit tu vas à l’est des Rocheuses. 95 % des personnes dans les camps ont signé et sont partis au Japon. Ma mère et mon père sont nés ici, ils n’étaient jamais allés au Japon, ils ne voulaient pas y aller», confie-t-il.

Son père, un modèle

Connu mondialement pour son éloquence et sa capacité à communiquer, David Suzuki tire son inspiration de son père. «Mon père m’a toujours dit que les Canadojaponais sont gênés. Si je voulais réussir, je devais être capable de prendre la parole en public», affirme-t-il. À l’adolescence, son père l’a inscrit à des concours de discours. «Tous les soirs, quand je revenais à la maison, après le dîner, je devais réciter mon discours de dix minutes. Si je faisais une erreur, je devais recommencer. Et il me disait même comment faire la gestuelle. Je détestais ça, je pleurais et j’étais frustré quand je devais recommencer. Mais à la fin, j’étais capable de parler parfaitement. Il m’a appris à parler en public et communiquer», explique-t-il, très reconnaissant. 

Adolescent, lorsqu’il était président du comité de son école, il a été interviewé par un journaliste. Cette entrevue l’a grandement marqué. «Quand mon père a lu l’article, il m’a dit : “Pourquoi tu as dit cela, ce n’est pas ce en quoi tu crois”. Je lui ai dit que je ne voulais pas que les gens soient fâchés contre moi», se rappelle-t-il, sourire en coin. Son père lui a répondu que peu importe son point de vue, il y allait toujours avoir des gens en désaccord. «Il m’a dit qu’il voulait que je me batte pour quelque chose qui me tient vraiment à cœur». Une leçon qu’il n’a jamais oubliée et qui l’inspire encore à tous les jours dans ses discours pro-environnementaux. 

Âgé de 83 ans, cet auteur, ex-animateur de l’émission The Nature of Things et grand scientifique continue encore aujourd’hui à séduire les foules avec ses discours pour sensibiliser à la cause environnementale. «Détruire la nature, c’est nous détruire», conclut-il. 

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LE PRIX DEMAIN LE QUÉBEC

Depuis 2014, David Suzuki offre le Prix Demain le Québec de la Fondation David Suzuki. Ce prix annuel félicite des groupes citoyens qui s’impliquent pour les causes environnementales. «Cette année, il y a eu plus de 400 candidatures, un record. J’étais aussi impressionné par le nombre de personnes qui ont voté pour les 12 finalistes. Près de 100 000 personnes!» se réjouit-il. Malgré son horaire très chargé, il est très heureux d’aller à la rencontre des individus qui sont porteurs de changement. «On voit que les communautés sont impliquées pour protéger l’environnement. Et quand on les rencontre, ils sont fiers d’être reconnus pour leur implication», explique-t-il. Les boursiers, qui sont Mission 100 tonnes et le Festival Zéro Déchet, ont reçu aussi une bourse de 4000 $ offerte par Desjardins. Cette remise de prix a eu lieu mercredi au parc de la Pointe-aux-Lièvres et a été suivi d’une soirée festive sous le thème zéro déchet. Plusieurs activités ont aussi été au programme : visite d’une pièce de l’«appartement zéro déchet», nettoyage des berges de la rivière Saint-Charles et projection en plein air du documentaire Demain, d’où le prix tire son nom.