Après avoir lu notre reportage sur Thérèse Bélanger (sur la photo avec sa fille Nicole Sévigny), des proches de patients hébergés dans des CHSLD ont tenu à rappeler au Soleil que leurs histoires diffèrent de celle de cette nonagénaire de Charny amenée de force au CHSLD de Saint-Croix de Lotbinière le 23 novembre.

Dame en CHSLD contre son gré: pas que des histoires d’horreur

Les histoires de CHSLD ne sont pas toutes des histoires d’horreur.

Des proches de patients hébergés dans ces établissements ont tenu à le rappeler au Soleil, jeudi, après avoir lu notre reportage sur Thérèse Bélanger, cette nonagénaire de Charny qui, en vertu d’une ordonnance de la cour demandée par le Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches, a été amenée de force au CHSLD de Saint-Croix de Lotbinière le 23 novembre.

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Alors qu’elle mangeait, marchait et souriait juste avant son placement, Mme Bélanger dépérit maintenant à vue d’œil, dénutrie et assommée par la morphine, dénonçait une de ses filles, Nicole Sévigny, qui aurait voulu garder sa mère à domicile.

Marie-Dominique Rouleau comprend la douleur de Mme Sévigny, elle qui en a «pleuré un coup» quand l’infirmière du CLSC a proposé de déménager sa mère de 91 ans en CHSLD. «On entend tellement d’histoires d’horreur…»

La mère de Marie-Dominique Rouleau, qui souffre de démence vasculaire, habitait dans une résidence privée «très chère», où les soins n’étaient plus adaptés à son état. «Elle faisait des plaies de lit parce qu’elle n’était pas assez souvent changée de position», explique Mme Rouleau.

Expertise

Depuis lundi, la nonagénaire est hébergée dans un CHSLD de Québec. «Elle a été accueillie gentiment. À notre arrivée, il y a avait deux physiothérapeutes, une ergothérapeute et une infirmière. Elle a tout de suite été bien prise en charge. Le personnel a l’expertise, il sait comment en prendre soin, la faire manger… Elle est entre bonnes mains», dit Mme Rouleau, à la fois soulagée et «impressionnée» par l’équipe de professionnelles. «J’ai vu ma mère éveillée, active, participer aux activités, ce qu’elle ne faisait plus» en résidence, se réjouit-elle.

Jean-Claude Bélanger a lui aussi constaté un changement chez sa belle-mère de 95 ans, qui vit dans un CHSLD de Charlesbourg depuis deux ans et demi. Même si elle souffre de démence avec Alzheimer, son état général se serait amélioré, selon lui. «Elle va mieux, elle a même pris du poids. Sa médication est mieux contrôlée. Il y a des activités, de la zoothérapie, de la musique...» témoigne M. Bélanger, qui trouve «important de souligner le très beau travail qui se fait dans les CHLSD». «Il n’y a pas que des cas malheureux et de maltraitance.»

Atteint aussi de démence, le beau-père de Jean-Claude Bélanger, lui, vit encore dans sa maison de Charlesbourg à 95 ans, avec le support du CLSC. Selon M. Bélanger, le CLSC fait «tout ce qui est humainement raisonnable» pour garder le plus longtemps possible son beau-père chez lui, «avec tous les services disponibles, avantages et inconvénients que ça peut aussi impliquer pour les proches aidants».

Décision du tribunal

Invitée à réagir à notre reportage sur Thérèse Bélanger, la ministre responsable des Aînées, Marguerite Blais, a reconnu que «c’est toujours extrêmement triste quand on déménage une personne de force».

Mais «dans le cas qui nous préoccupe, la décision du déménagement a été entérinée par un tribunal selon l’avis de plusieurs experts», a souligné la ministre Blais, ajoutant du même souffle qu’il fallait «vraiment essayer de garder le plus longtemps possible les personnes à domicile». «Mais quand ça vient d’un tribunal… Comment voulez-vous qu’on s’oppose à une décision du tribunal?» a-t-elle dit.  Avec Patricia Cloutier