Le ministre des Transports ne se commet pas encore sur des moyens précis, comme le port obligatoire du casque de vélo ou l'imposition d'une marge de sécurité lors de dépassements. Il ouvre plutôt la porte à une campagne de sensibilisation.

Cyclistes sur la route: Louis Garneau lance un appel au calme

Le cycliste et homme d'affaires Louis Garneau devient le conseiller spécial du ministre des Transports sur la sécurité à vélo. Après une série d'accidents dramatiques, le duo veut «travailler l'attitude» des automobilistes et des cyclistes quant au partage de la route.
<p>Le cycliste et homme d'affaires Louis Garneau devient le conseiller spécial du ministre des Transports Robert Poëti sur la sécurité à vélo.</p>
Le groupe de travail sur la sécurité des cyclistes, formé récemment par le ministre Robert Poëti, a tenu une première réunion en comité restreint, mardi matin. Après quoi le politicien a rencontré la presse avec celui qui est devenu son conseiller spécial, Louis Garneau. Tous deux ont lancé un appel à la vigilance et au calme sur les routes du Québec.
«On a un bilan [routier] fantastique, mais pour les vélos, on a un problème», a dit sans détour le ministre Poëti. 
En 2013, 19 cyclistes sont décédés sur les routes du Québec, 114 ont été blessés gravement et 1768 ont été blessés légèrement. Pour 2014, les manchettes et les premières statistiques, qui ne sont pas rendues publiques, laissent entrevoir une augmentation du nombre de victimes.
Le gouvernement libéral voudrait renverser cette tendance. C'est pour cela qu'il appelle les associations de cyclistes, mais aussi d'automobilistes et de camionneurs à s'asseoir avec des fonctionnaires provinciaux et municipaux, des policiers et des chercheurs pour trouver des solutions. 
Une «analyse micro» des accidents mortels survenus dans l'année a également été commandée. Tous les rapports d'accident et de coroner sur les décès de cyclistes seront scrutés afin de déterminer s'ils auraient pu être évités et comment. 
Le rapport du groupe de travail est attendu à l'automne. Si le Code de la sécurité routière doit être modifié, un projet de loi pourrait suivre au milieu de l'année 2015. Il faut généralement compter quelques mois pour en faire l'étude et l'adoption.
Sensibilisation
M. Poëti lui-même ne se commet pas encore sur des moyens précis, comme le port obligatoire du casque de vélo ou l'imposition d'une marge de sécurité lors de dépassements. Il ouvre plutôt la porte à une campagne de sensibilisation. «Il y a peut-être un manque d'information ou de compréhension aussi de la part de certains automobilistes ou de camionneurs. [...] Des téméraires, il y en a dans toutes les catégories» incluant les cyclistes et les piétons, a fait remarquer le libéral, mardi. 
«arrêtez de vouloir nous donner des leçons»
Louis Garneau était bien placé pour en parler. Le cycliste d'expérience, qui enfourche son vélo chaque jour ou presque, affirme qu'il y a un climat d'animosité dans l'air cette année. Pour la première fois de sa vie, ses partenaires de route et lui ont d'ailleurs senti le besoin de payer une escorte automobile pour plus de sécurité lors de leur balade de la fin de semaine. «J'ai passé la plus belle randonnée de l'été», était déçu de rapporter le sportif, mardi.
M. Garneau ne compte plus le nombre de fois où il s'est fait dire d'emprunter les pistes cyclables et non les routes pour ses déplacements. «Arrêtez de vouloir nous donner des leçons», a-t-il lancé aux automobilistes qui «collent» les cyclistes au point de leur faire craindre une chute.
L'entrepreneur a pris soin de rappeler que les cyclistes ont parfaitement le droit de rouler sur toutes les routes du Québec, exception faite des autoroutes. Il a aussi fait valoir que rouler à 30 ou 40 kilomètres/heure sur une piste cyclable, au travers des piétons et des poussettes, pouvait être très dangereux. Chaque type de cycliste a sa place, a-t-il plaidé en substance.
M. Garneau a lui aussi hésité à se prononcer en faveur du casque obligatoire, bien qu'il en vende et qu'il en porte. «C'est plus l'attitude des automobilistes envers les cyclistes qu'il faut travailler», a-t-il résumé, soucieux d'ouvrir la discussion entre les groupes d'usagers de la route et de rendre la cohabitation «agréable».
Pas de pitié pour les motocyclistes téméraires
Le ministre des Transports a confiance aux lois du Québec pour mater les motocyclistes délinquants. Invité à réagir aux articles du Soleil portant sur un groupe de motocyclistes roulant à très haute vitesse et effectuant des cascades sur les autoroutes de la région de Québec, Robert Poëti a refusé de parler d'«exploits» dans leur cas. «La législation est pas là pour les gens qui sont capables de comprendre pis qui ont un jugement pis qui ont évolué avec la société et qui comprennent qu'il faut faire attention. Elle est là pour les téméraires de cette catégorie-là», a-t-il lancé en marge d'une conférence de presse où il prônait le partage de la route. L'ancien policier de la Sûreté du Québec se fait l'apôtre de la sensibilisation et préfère réserver la répression «pour les gens téméraires, pas pour le bon monde».