Le grand chef Konrad Sioui affirme que les Hurons-Wendat sont «extrêmement affectés» par la présence des Innus dans les mêmes zones de chasse.

«Cul-de-sac» des réserves autochtones: une approche dépassée, selon Sioui

«On s'est pas regroupés. On a été tassés, on a été parkés dans des réserves. C'est toujours ben pas nous autres qui les a créées!»
Le grand chef de la nation huronne-wendat n'a pas lu l'essai Le cul-de-sac des Amérindiens du Québec sur lequel travaille Michel Lemieux, ancien chef de cabinet et conseiller politique du temps de René Lévesque, qui a aussi été vice-président de la firme de sondage Léger Marketing. Konrad Sioui a toutefois parcouru avec attention l'article faisant état de sa démarche et les passages publiés dans Le Soleil.
M. Lemieux y critique le concept de réserve, qu'il assimile à du racisme, et s'interroge sur l'utilisation des fonds publics transférés aux communautés autochtones.
Selon le leader autochtone, l'auteur «fait l'erreur classique de catégoriser, de mettre tout le monde dans le même paquet, de stéréotyper les Premières Nations, à savoir que quelques individus profitent du système et les autres en souffrent». «C'est une approche qui est dépassée, qui ne tient plus», ajoute M. Sioui.
Il donne sa communauté en exemple, invite Michel Lemieux à s'y rendre pour voir comment la démocratie est exercée et le développement économique favorisé. M. Sioui croit que l'essayiste pourrait aussi constater que les transferts du gouvernement fédéral aux communautés autochtones sont des «subsides de base», qui permettent de payer pour la santé, les services sociaux, l'éducation, la police.
S'il fait attention de ne pas commenter les façons de faire dans d'autres réserves - «je ne vais pas faire le procès des autres» -, le chef autochtone de Wendake, banlieue de Québec, croit que la publication obligatoire des états financiers et des salaires des leaders devrait assainir les moeurs politiques et «réconforter» les critiques.
Il rappelle par ailleurs que les réserves n'ont pas été créées et sont loin d'être idéalisées par les Premières Nations. Mais en l'absence d'un autre modèle d'organisation, elles s'en accommodent. «Il faut être capables de voir ce qu'il y a de l'autre côté. On ne va pas se lancer dans le vide», martèle-t-il.
D'accord sur les conditions «difficiles»
M. Sioui est tout de même d'accord sur un point avec Michel Lemieux : les conditions de vie dans les réserves sont souvent difficiles. «Il y a beaucoup de pauvreté, de misère, de dropouts», confirme-t-il, stupéfait que 70 % des jeunes Amérindiens quittent l'école avant d'obtenir leur diplôme de cinquième secondaire.
Il y voit un effet de la Loi sur les Indiens, qui place les autochtones dans une relation père-fils avec le fédéral. Le grand chef voudrait plutôt traiter d'égal à égal, en tant que gouvernement. «Le système n'est pas adapté, il est basé trop sur la victimisation, pas assez sur l'autodétermination», résume-t-il.