Le maire de Matane, Jérôme Landry, et le directeur général du Cégep de Matane, Pierre Bédard, considèrent que le PEQ fait peser une menace réelle sur l’établissement collégial et sur le milieu économique.

Cri du cœur du maire de Matane en réaction au PEQ de la CAQ

MATANE — Le maire de Matane, Jérôme Landry, a lancé jeudi un cri du cœur en réaction au programme de l’expérience québécoise (PEQ) du gouvernement Legault. «C’est vraiment une attaque contre ma région et mon cégep, alors qu’on essaie d’être autonomes, de se développer, d’attirer des gens. On a des gens, ici au Cégep [de Matane], qui travaillent très fort pour attirer des jeunes qui choisissent le Canada, le Québec et La Matanie.»

Plusieurs intervenants socioéconomiques ont joint leur voix à celle du maire, devant un parterre composé de nombreux étudiants étrangers visiblement inquiets réunis dans le hall d’entrée du cégep de Matane. Le directeur général, Pierre Bédard, a fait comprendre que le PEQ, dans sa forme actuelle, était une menace directe envers l’établissement, dont 45 % de la clientèle proviennent de l’étranger. 

Le mal déjà fait

M. Bédard estime que le premier ministre François Legault manque de connaissance par rapport à la réalité de certains cégeps comme celui de Matane. «On a une équipe de quatre personnes qui fait du recrutement à l’international», précise-t-il. 

Selon lui, le mal est déjà fait. «Ça fait déjà peur à l’extérieur, déplore-t-il. Tout le monde ici est en contact avec quelqu’un en France ou à l’île de la Réunion. La nouvelle s’est propagée instantanément. C’est très malheureux. C’est un très mauvais message qu’on envoie à l’extérieur!»

M. Bédard craint particulièrement pour l’avenir de quatre programmes de son établissement qui ne figurent pas dans la liste du PEQ et dont la majorité de la clientèle provient de l’étranger. «On perdrait entre 150 et 200 étudiants sur un total de 700», appréhende-t-il, tout en exhortant Québec à annuler cette fameuse liste et à revenir en arrière.

Douche froide

Pour le coordonnateur de l’association étudiante, qui est originaire de Toulouse, en France, le PEQ a l’effet d’une véritable douche froide sur les 315 étudiants étrangers du Cégep de Matane. «On n’était pas prêts à ça, a laissé tomber Mathéo Myango, qui étudie en animation 3D et synthèse d’images. C’est beaucoup d’incompréhension. Ça a de graves répercussions sur ce beau pays qui nous a très bien accueillis et je pense que, de la part des Français, il y aura même un refus de faire les démarches. Ce rêve nous est maintenant enlevé.»

Pour Isabelle Cayer, l’existence du Centre de développement et de recherche en imagerie numérique (CDRIN) sera menacée. «Sans les étudiants étrangers, le CDRIN n’existerait plus, a fait savoir la directrice générale de ce centre collégial de transfert technologique du cégep de Matane fondé il y a sept ans. C’est près de 100 étudiants qui ont participé à des activités de recherche collégiale, dont 60 % provenaient de la mobilité internationale.»

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, les porte-parole de la Chambre de commerce région de Matane et de la MRC de La Matanie ont insisté sur l’importance des étudiants provenant de l’extérieur pour occuper plusieurs emplois à l’issue de leur programme. De plus, les retombées de cette clientèle étudiante sont évaluées à 9 millions $.

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MRC DE LA MATANIE: LE PRÉFET SE RALLIE AU MAIRE

MATANE — À la suite de la réunion extraordinaire qui s’est déroulée dans la plus totale confusion, mardi, le préfet de la MRC de La Matanie, Denis Santerre, se veut rassurant à l’égard de ses concitoyens. Aussitôt ouverte, aussitôt a été levée l’assemblée par le maire de Matane, Jérôme Landry, qui a évoqué la confidentialité du seul objet à l’ordre du jour, qui portait sur une entente de fin d’emploi de la dg de la MRC. Alors qu’il avait fait connaître son désaccord et qu’il réclamait que l’assemblée soit publique, voilà que le préfet se rallie au maire Landry. «Il ne s’agit pas d’un manque de transparence, mais bien de règles de non-divulgation liées aux dossiers de ressources humaines», se rétracte-t-il. M. Santerre réitère aussi sa pleine confiance à l’égard de l’employée municipale visée, Line Ross. JOHANNE FOURNIER (COLLABORATION SPÉCIALE)