Les automobilistes se montrent plus vertueux dans les sondages que dans «la vraie vie» en ce qui concerne le covoiturage, constate Anne Auclair, directrice générale de Mobili-T.

Covoiturage: des incitatifs à considérer

Dans une ville où le covoiturage est peu populaire, il faut des incitatifs pour que ce mode de transport gagne des adeptes et contribue à alléger la circulation. Et il n'est pas seulement question de voies réservées.
En marge du conseil municipal, lundi, Régis Labeaume a identifié le covoiturage comme «la solution» à la congestion sur le réseau routier de la capitale. «C'est phénoménal comment ça règle le problème. Un covoiturage bien organisé règle le problème» en retirant des voitures de la route, avait-il soutenu.
Anne Auclair est directrice générale de Mobili-T, une entreprise d'économie sociale financée par des partenaires publics, qui prépare des plans de déplacement pour des organisations et des particuliers de la région de Québec. L'objectif est d'identifier le ou les meilleurs modes de transport pour se rendre au travail, idéalement une solution de rechange à l'auto solo.
Mme Auclair constate que les automobilistes se montrent plus vertueux dans les sondages que dans «la vraie vie». Après le transport en commun, ils ont tendance à identifier le covoiturage comme l'option la plus attirante pour abandonner leur voiture.
Mais dans la «vraie vie», peu décident de faire le saut. «Ça dépend beaucoup de la carotte au bout du bâton», poursuit Mme Auclair. «Ça va tellement chercher les gens dans leurs habitudes que ça prend un incitatif.» Au-delà des voies réservées, qui sont rarement évoquées, mais ne seraient pas à dédaigner selon elle, les places de stationnement privilégiées ou les coupons de taxi pour un retour garanti à la maison apparaissent encore plus convaincants.
«Ça vient jouer sur le sentiment de sécurité», atteste Pier-Olivier Girard, fondateur et président du Réseau de covoiturage, site de jumelage spécialisé dans les déplacements quotidiens. Selon lui, il y a encore beaucoup de place pour développer le covoiturage à Québec et le maire donne «le bon exemple».
«Une des solutions»
Mardi, M. Labeaume a cependant tenu à préciser que selon lui, le covoiturage «est une des solutions» pour désengorger les routes aux heures de pointe. La Ville n'envisage pas pour autant d'offrir des incitatifs. Le maire compte plutôt convaincre les entreprises d'offrir à leurs employés la possibilité de covoiturer. Et il est conscient que de faire passer la moyenne de personnes par voiture de 1,2 à 1,5 à Québec serait déjà énorme. «Je ne suis pas sûr que c'est réalisable, mais tendons vers ça.» 
Marie-Hélène Vandersmissen, professeure au Département de géographie et spécialiste des transports urbains à l'Université Laval, est catégorique. «Il n'y a pas une façon de régler les problèmes de circulation», insiste-t-elle. Et ultimement, le transport en commun est beaucoup plus efficace que le covoiturage, car un seul autobus peut remplacer des dizaines d'automobiles.
Celle-ci pense davantage à des autobus qu'à un tramway. La solution retenue dans le plan de mobilité durable, et surtout le tracé qui privilégie des rames sur le boulevard Charest plutôt que René-Lévesque, lui apparaît coûteuse et difficile à appliquer compte tenu de l'âpreté du débat.
S'il y a braquage d'une partie de la population pour l'ajout de voies réservées, Mme Vandersmissen n'ose pas imaginer l'opposition à la construction d'un tramway. Davantage de circuits de type Métrobus et des heures de pointe étendues lui apparaissent comme des solutions «plus réalistes».
Le maire Régis Labeaume a commencé à prendre ses distances du tramway, dans un discours prononcé devant l'Association québécoise des transports en septembre et encore lundi au conseil municipal. «Ne me parlez pas de tramway, c'est pas ça qui m'intéresse», a-t-il lancé à l'opposition qui testait la chaleur de l'eau.
«Outil mineur»
Le directeur général d'Accès Transports Viables, Étienne Grandmont, continue quant à lui de parler du covoiturage comme d'un «outil mineur». Mardi, il a fait ressortir la difficulté de réaliser des «matchs parfaits». Trouver des gens qui habitent le même quartier, travaillent dans le même secteur et voyagent aux mêmes heures n'est pas évident, fait-il remarquer.
«Ça peut en étonner plusieurs, mais le transport en commun est plus flexible», continue M. Grandmont, car il y a plusieurs heures de départ et d'arrivée possibles.
Selon ATV, cette promotion du covoiturage n'est qu'une façon de justifier l'ajout d'une voie sur l'autoroute Henri-IV. «Le maire Labeaume a reviré son capot de bord. Il est revenu au tout à l'automobile. Il va falloir qu'il se raccroche à son plan de mobilité durable», centré sur le tramway, dit Étienne Grandmont. 
Des résultats modestes mais croissants
Les grands employeurs qui ont mis en place un programme de covoiturage se réjouissent des résultats obtenus, mais force est de constater que le nombre de conversions demeure modeste.
Chez Desjardins, entreprise présentée comme un modèle dans la région de Québec, un site Internet dédié au covoiturage compte 700 inscriptions, mais 364 covoitureurs réels pour le siège social de Lévis. Cela représente environ 9 % des 4000 employés.
Pascal Laliberté, conseiller en développement et responsable du programme de transport alternatif, est fier du résultat, même s'il admet que «ça reste marginal». «À 10 %, c'est très bon pour une entreprise», fait-il valoir.
Ce qui a aidé Desjardins, c'est la rareté du stationnement. Une centaine de cases sont réservées aux «équipes», comme on les appelle, et cela suffit à convaincre des employés de covoiturer. Il y a aussi possibilité de prendre un taxi pour retourner à la maison si un conducteur ne peut faire sa tournée.
Selon M. Laliberté, une ville comme Lévis est également plus propice au covoiturage, car l'offre de transport en commun est limitée, même si elle s'améliore.
À l'Université Laval, sur près de 50 000 travailleurs et étudiants, 1058 personnes sont inscrites au service, qui est l'un des outils - comme le prêt de vélo et le retour garanti - offerts pour réduire l'utilisation de la voiture.
«Grande capacité d'augmentation»
Du côté du Parc technologique du Québec métropolitain, qui a été en 2004 un des pionniers des systèmes de covoiturage dans la région, la directrice générale Nathalie Quirion constate que les efforts de promotion sont souvent récompensés. «À chaque fois qu'on en a fait la promotion, on a toujours vu un accroissement des usagers directement proportionnel.»
Sur 5200 personnes qui travaillent dans le Parc, le système Écovoitu-rage compte actuellement 245 usagers et permet 56 jumelages. «La capacité d'augmentation est grande», convient Mme Quirion.
Québec en queue de peloton
Avec 14,8 % des travailleurs qui font du covoiturage, Québec figure au 28e rang sur 33 parmi les régions métropolitaines de recensement (RMR) du Canada, selon la dernière Enquête nationale auprès des ménages, réalisée par Statistique Canada en 2011. Seules Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke, Windsor (Ontario) et Montréal font pire.
Les meilleurs scores ont été enregistrés dans les RMR des Maritimes, soit à Halifax (23,5 %), St. John's (23,2 %) et Moncton (22,7 %). La moyenne canadienne est de 17 %.
Les statistiques sur le phénomène du covoiturage sont peu nombreuses. L'enquête origine-destination (OD) réalisée par la direction régionale de Transports Québec en 2006 révélait que seulement 12,7 % des déplacements sont effectués en tant que passager d'une automobile à l'heure de pointe du matin. À Montréal, ce taux grimpait à 19 % dans la même période.
Les résultats de l'enquête OD de 2011 se font attendre.