Les homardiers ont repoussé d’au moins deux semaines le début de la capture, donc jusqu’au 9 mai en Gaspésie au lieu du 25 avril.
Les homardiers ont repoussé d’au moins deux semaines le début de la capture, donc jusqu’au 9 mai en Gaspésie au lieu du 25 avril.

Y aura-t-il une saison de pêche du homard?

SAINT-GODEFROI — La question brûle les lèvres depuis le début de la pandémie de COVID-19; y aura-t-il une saison de pêche du homard cette année en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et dans l’est du Canada? À la mi-mars, quand des homardiers de Nouvelle-Écosse pêchaient, le prix est descendu à moins de 3 $ la livre, soit moins de la moitié du prix reçu par les homardiers québécois en 2019, soit 6,75 $. Le prix a même tendu vers les 2 $ avant que les Néo-Écossais décident de retirer leurs casiers de l’eau.

«On veut pêcher. On veut participer à la relance économique qui suivra la COVID, mais on ne veut pas laisser nos culottes sur la table», dit O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, représentant les 160 homardiers de la péninsule.

Les Gaspésiens et les Madelinots font partie d’une coalition ayant informé la ministre fédérale des Pêches et des Océans, Bernadette Jordan de la nécessité de satisfaire une quinzaine de conditions avant de discuter d’un prix avec les acheteurs. Certaines conditions sont économiques, d’autres sont liées à la réduction des risques d’infection.

«Il y a beaucoup de monde qui milite pour qu’on pêche, dans les instances comme les préfets de MRC, les municipalités, les intervenants économiques, et on se fait aussi ramasser sur les médias sociaux», poursuit M. Cloutier.

«Il faut dire que le marché de volume, celui des États-Unis, est inexistant présentement. Il faut réaliser que 80 % des prises de l’est du pays sont envoyées sur le marché américain, et que l’Europe et la Chine achètent une bonne partie de ce qui reste. Montréal est un très petit marché», note-t-il.

Montréal est toutefois «un marché de prédilection» pour les homardiers québécois, souligne Raymond Sheehan, président de la firme E. Gagnon et Fils, le plus gros acheteur de homard en Gaspésie.

Si toutes les Maritimes s’étaient concentrées sur le marché montréalais, il aurait été inondé et il aurait été impossible d’avoir un prix raisonnable justifiant d’aller en mer, d’où le travail en coalition. C’est là que les 15 conditions déposées à la ministre Jordan prennent du sens.

«Pêche partielle»

«Ce sera une pêche partielle. Il faut qu’il y ait un contrôle des débarquements. Est-ce que ça passera par un volume maximum journalier, par une diminution du nombre de jours de pêche, du nombre de casiers ou un mélange de tout ça. On ne sait pas encore», dit O’Neil Cloutier.

«Tant qu’on n’a pas de solution pour le marché américain, on ne parle pas de prix», ajoute-t-il.

Les homardiers ont repoussé d’au moins deux semaines le début de la capture, donc jusqu’au 9 mai en Gaspésie au lieu du 25 avril.

Les homardiers souhaiteraient que l’aide fédérale pour les petites entreprises soit majorée de 40 000 $ à 100 000 $. «Il s’agit d’un prêt. On voudrait aussi que le plancher de masse salariale soit réduit de 50 000 à 20 000 $», note M. Cloutier.

De l’État québécois, les homardiers s’attendent à ce que la portion des prêts de bateaux neufs contractés auprès des banques soit garantie.

La sécurité est un élément crucial pour les homardiers. «En Gaspésie, 50 % des bateaux ont moins de 30 pieds. Peut-on respecter la distance de deux mètres? Nous on pense que non, ou difficilement», dit-il.

En 2019, les homardiers québécois ont livré des prises valant 145 millions $ au débarquement. Près de 2000 ont travaillé sur les bateaux et en usine.