Le coronavirus maintenant derrière elle, Ingrid Lemay a repris sa bataille quotidienne contre le cancer, avec pour arme secrète un positivisme à toute épreuve.
Le coronavirus maintenant derrière elle, Ingrid Lemay a repris sa bataille quotidienne contre le cancer, avec pour arme secrète un positivisme à toute épreuve.

Vaincre le virus en combattant le cancer

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
En ayant contracté la COVID-19, Ingrid Lemay aurait pu être réduite à une statistique en faisant partie des quelque 3800 victimes de la maladie. Elle fait plutôt partie des personnes guéries, quatre fois plus nombreuses. Ingrid défie toutefois le destin, elle qui a vaincu le virus tout en étant complètement immunosupprimée.

« J’ai encore de la misère à comprendre comment j’ai réussi à passer au travers alors que je n’avais plus de soldats dans le corps », confie la Césairoise, dont les pronostics lui conféraient une espérance de vie de sept mois tout au plus, en mars 2018, quand on lui a découvert une tumeur cérébrale.

« Tout le monde me trouve forte, mais moi, je me suis plutôt trouvée chanceuse que ça n’ait pas frappé plus fort, ajoute-t-elle. Comme mon système immunitaire était pratiquement inexistant, mon corps n’avait rien pour se défendre contre le virus. »

Son état, la neutropénie, est une complication liée à la chimiothérapie intra-artérielle qu’elle subit une fois par mois depuis une opération réalisée en début d’année. Cela se caractérise entre autres par une trop faible concentration de globules blancs dans le sang.

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Mme Lemay ne se doutait pas que la fièvre, les maux de gorge, l’essoufflement et la douleur à la poitrine qu’elle s’est mise à ressentir étaient des symptômes du coronavirus.

« Je n’étais pas si malade que ça », se souvient celle qui a tout de même fait preuve de prudence en communicant avec Urgences santé. On lui aurait dit de demeurer à la maison, mais de ne pas s’en faire.

Un second avis sollicité auprès d’une infirmière clinicienne s’occupant de son dossier s’est avéré plus alarmiste, si bien que Mme Lemay a choisi de se présenter à l’hôpital de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui dessert la MRC de Rouville, où elle demeure.

C’est à ce moment-là qu’un test de dépistage s’est avéré positif à la COVID-19. « Je ne sais pas où j’aurais pu l’attraper, durant tout le mois de mars, je ne suis allée nulle part sauf à l’hôpital », relate la dame, qui a immédiatement été transférée en ambulance à Sherbrooke, où elle est normalement traitée pour son cancer.

L’isolement, pire que la maladie

S’en est suivi une hospitalisation de neuf jours, le temps d’écouler les deux semaines symboliques suivant l’apparition des premiers symptômes.

« Tout de suite, on m’a mise dans une chambre seule et en isolement étant donné que j’étais positive, relate Mme Lemay. Ça a été ça, le plus difficile. L’isolement. Ça a été vraiment terrible. »

Neuf jours durant, la patiente n’a eu droit à aucune visite. Masqué, le personnel médical entrait et venait dans sa chambre quelques minutes à la fois pour vérifier son état, des passages qui totalisaient un contact humain équivalent à un quart d’heure par jour, estime Mme Lemay, qui n’a cependant que de bons mots pour les soignants.

« À mes yeux, l’isolement est la partie la plus dangereuse de la COVID. C’était insoutenable psychologiquement, au point où je pensais devenir folle. J’en pleure encore quand j’y repense », laisse-t-elle tomber.

Qu’à cela ne tienne, Ingrid Lemay est passée au travers en allant puiser tout ce qu’il restait de force en elle, ce qu’elle fait depuis deux ans dans son combat quotidien contre son cancer cérébral.

« Quand tu reçois le diagnostic, c’est sûr que c’est un choc. Je me suis dit : ‘‘Ah ouin ? Je vais vous montrer à quel point je suis forte ! ’’ », lâche la dame.

« Je lui parlais, au coronavirus, poursuit-elle. Je lui ai dit : ‘‘Ce n’est pas contre toi que je me bats, c’est contre une tumeur cérébrale. Va-t’en ! ’’ »

Ça semble avoir fonctionné. Deux tests subséquents se sont avérés négatifs, signe que la Césairoise avait vaincu le virus.

Apocalypse et amour de soi

À sa sortie de l’hôpital, Mme Lemay a pu rejoindre son fils, son conjoint et le fils de celui-ci, avec qui elle vit pendant la période de confinement. Elle a toutefois fait le choix de s’auto-isoler pendant deux semaines à son retour par précaution.

« Depuis cet épisode, je me protège encore plus. Je ne prends pas ça à la légère », assure la citoyenne.

Bien qu’elle soit consciente que d’autres n’ont pas survécu au virus dont elle a réussi à se défaire, Mme Lemay a quelques mots à dire sur le climat de peur instauré au début de la crise.

« On se faisait presque dire que si on sortait de chez nous, on allait pratiquement mourir, comme si c’était l’apocalypse, déplore-t-elle. On dirait que ce qu’on entendait à la télé, c’était pire que la réalité. »

Le coronavirus maintenant derrière elle, Ingrid Lemay a repris sa bataille quotidienne contre le cancer, avec pour arme secrète un positivisme à toute épreuve.

« Dans les bons comme dans les moins bons moments, j’essaie d’aller puiser le positif en moi parce qu’à travers chaque épreuve, il faut s’aider soi-même », constate la Césairoise, qui entretient encore l’espoir de faire mentir les pronostics qui la condamnent.

Depuis son diagnostic de cancer, son désir de vivre est plus fort que jamais. « Je suis tombée en amour avec moi-même, dit-elle. Ça fait mal, des fois, tellement c’est bon ! »