De passage à Rimouski vendredi, le Dr Horacio Arruda a cependant insisté sur les dangers que représentent les rassemblements de plus de dix personnes qui, plus que les bars, sont un vecteur important de contamination.
De passage à Rimouski vendredi, le Dr Horacio Arruda a cependant insisté sur les dangers que représentent les rassemblements de plus de dix personnes qui, plus que les bars, sont un vecteur important de contamination.

Vacances de la construction: pas de hausse de cas de COVID-19 à prévoir

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
RIMOUSKI — Avec le port obligatoire du couvre-visage et le respect de la distanciation de 2 mètres, le Dr Horacio Arruda croit que les vacances de la construction n'auront pas d'impact sur la courbe de transmission de la COVID-19. De passage à Rimouski vendredi, le directeur national de la santé publique a cependant insisté sur les dangers que représentent les rassemblements de plus de dix personnes qui, plus que les bars, sont un vecteur important de contamination.

«On est à un moment charnière de la bataille contre la COVID-19 parce qu'on est à une période où il n'y a presque plus de transmission, a-t-il rappelé. Il y en a encore, mais moins. Donc, c'est facile de relâcher. Ce n'est pas normal de ne pas se donner la main quand on ne s'est pas vus depuis longtemps. Ce n'est pas normal de ne pas faire un party à 25 autour de la piscine avec une bonne bière. Que ça ferait du bien! Mais, on ne peut pas se permettre ça. Je comprends le plaisir qu'on a à se retrouver, à socialiser. Si la distanciation n'est pas là, tous les efforts qu'on va avoir faits pendant le confinement vont être perdus et il va falloir reconfiner. Je trouve important de le répéter: c'est comme si on était en libération conditionnelle.» 

Le Dr Arruda a prévenu les gens du Bas-Saint-Laurent, la région la moins touchée par le virus au Québec, que ce serait dommage de perdre «la victoire» obtenue. Avec 32 cas par 100 000 habitants et aucune éclosion dans les CHSLD, les écoles et les services de garde, «ça donne l'impression qu'il n'est pas là». «Bravo pour votre succès, mais ne lâchez pas! […] C'est un virus qui est traître; il peut frapper par en-arrière au moment où on ne s'y attend pas!»

Le tourisme n'a pas de conséquence

Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, a admis que la saison touristique avait été perçue avec une certaine appréhension. Pourtant, depuis un mois, l'avènement des touristes n'a pas eu de conséquence sur le nombre de cas. «Les attentes des touristes et celles des gens du Bas-Saint-Laurent sont les mêmes. Les touristes veulent nous visiter dans des milieux sécuritaires et nous, au Bas-Saint-Laurent, on souhaite que les touristes viennent, mais qu'ils se comportent de façon sécuritaire. Quand nos deux objectifs se rencontrent, comme ça semble être le cas de façon générale, on voit qu'il y a une responsabilité qui est partagée et ça explique pourquoi notre bilan reste aussi favorable.» 

Le Dr Leduc croit que l'ajout de la législation sur le port du masque dans les milieux fermés contribuera à maintenir ce bilan et les acquis que la population bas-laurentienne ne veut pas perdre. Mais, le directeur régional de la santé publique prévient: si on baisse la garde, les vacances de la construction peuvent devenir un facteur important d'éclosions. L'avantage du Bas-Saint-Laurent, selon lui, sont les grands espaces. 

Horacio Arruda a le sentiment que «le port du masque est là pour un bon bout de temps au Québec, que ça va être une nouvelle norme sociale tant qu'il n'y aura pas un vaccin». «Ça va peut-être avoir une certaine contribution dans la transmission de l'influenza et des virus respiratoires. Quand on a commencé les mesures d'hygiène et la distanciation sociale, la grippe a chuté au mois d'avril.»

S'il s'avérait que les cas de transmission de la maladie soient causés par les mouvements de population ou par les touristes, le Dr Arruda n'exclut pas l'éventualité d'ordonner à nouveau l'installation des points de contrôle routier aux entrées du Bas-Saint-Laurent. «Tout est possible.» Mais, il s'y prendrait autrement. Ce serait plus «chirurgical». «On va devoir couper la tumeur ou enlever l'abcès où il est ou là où il est concentré. Il faut être prêt à tout!»

Le danger des rassemblements privés

Le directeur national de la santé publique a rappelé qu'il n'a pas l'intention de procéder à la fermeture des bars. «Ce ne sont pas nécessairement les bars qui sont générateurs du virus, a souligné le Dr Arruda. On a renforcé les mesures dans les bars, il y a à peu près une semaine. Les cas qu'on a surtout eus datent d'avant le renforcement. Les inspections qu'on a faites dans les bars et les restaurants attestent que les gens font vraiment des efforts pour appliquer les mesures. Il faut que les citoyens appliquent les mesures aussi.»

Pour Horacio Arruda, les rassemblements privés sont beaucoup plus dangereux que les bars. «Les jeunes disent parfois qu'ils vont inviter dix personnes. Après ça, un autre dit sur Twitter ou sur Facebook qu'il y a un open house et ils se retrouvent 75 à 100 dans une maison ou une cour. Retracer ces jeunes-là, ce n'est pas évident! Il ne sont pas inscrits dans une liste!» 

S'il semble plus difficile de penser à des moyens coercitifs pour les rassemblements chez les gens que pour les bars, il fait savoir que «rien n'indique qu'il n'y aura pas une intervention qui sera adaptée à l'ampleur du phénomène». «Les rassemblements en haut de dix pourraient avoir des pénalités. Si vous voyez qu'il y a plus de dix personnes, vous pouvez appeler la police.»

Les rassemblements en famille créent, selon lui, un faux sentiment de sécurité. «En famille, on se colle, a soulevé le médecin. Mais, il n'y a rien qui nous dit que quelqu'un n'a pas de symptômes! Si vous êtes plus que dix, c'est à vos risques et péril.»

Quant à la règle des spectacles à jauge réduite à 50 personnes imposée au milieu culturel, le Dr Arruda a fait savoir que lui et son équipe réévaluent actuellement la règle et également la définition de «festival».