Un groupe demande plus de transparence en lien avec la COVID-19

OTTAWA — Un groupe dédié à la transparence appelle les gouvernements à rendre publics par défaut des documents cruciaux liés à la pandémie de COVID-19.

Le Canadian COVID-19 Accountability Group exhorte les fonctionnaires à publier de façon proactive des documents concernant l’application de la loi en matière de santé et de sécurité, la recherche scientifique et la recherche en santé publique et les contrats, subventions et prêts accordés aux entreprises et aux organisations.

La coalition comprend des universitaires, des avocats et des représentants de groupes anticorruption et de défense des lanceurs d’alerte.

Dans un rapport publié lundi, elle indique que la pandémie de COVID-19 a exigé des mesures importantes, à la fois politiques et financières, pour ralentir la propagation de la maladie.

Mais la coalition affirme que les organismes publics et privés ont été moins que transparents avec les médias et le public au sujet de ces actions.

«Les Canadiens sont tenus dans l’ignorance à propos de tout, de combien d’argent est dépensé pour lutter contre la pandémie jusqu’à des données de base comme les endroits où le virus se propage», soutient Ian Bron, un ex-lanceur d’alerte (sur Transport Canada et la sécurité maritime) et un défenseur de l’imputabilité établi à Ottawa. C’est lui qui a coordonné l’initiative.

«On sait que lorsque les gouvernements et les entreprises agissent sans une surveillance du public, les risques de fraude et de désinformation augmentent de manière importante.»

En période de pandémie, ce sont des vies et des moyens financiers limités que l’on met en jeu, poursuit M. Bron.


« Les Canadiens sont tenus dans l’ignorance à propos de tout, de combien d’argent est dépensé pour lutter contre la pandémie jusqu’à des données de base comme les endroits où le virus se propage »
Ian Bron, ex-lanceur d’alerte

Le groupe fait écho à un récent appel de la commissaire fédérale à l’information, Caroline Maynard, pour que les agences publient de manière proactive les documents liés à la pandémie.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré lundi que son gouvernement avait mis l’accent sur la transparence au moment d’annoncer les divers programmes d’aide visant à contrer les impacts de la COVID-19.

«Nous savons que l’ouverture et la transparence sont essentielles pour continuer à garder la confiance du public. Quand les gens savent que leurs gouvernements sont ouverts avec eux et partagent ouvertement tout ce qu’on est en train de faire, non seulement ils ont confiance pour leur avenir, mais ils ont confiance que le système est en train de fonctionner pour les protéger et donc la reprise économique va être encore plus facile», a-t-il répondu en français.

Dans sa réponse en anglais, M. Trudeau paraissait toutefois reconnaître qu’il y avait un défi de transparence sur lequel son gouvernement travaille pour en faire davantage.

«Nous savons qu’il y a fondamentalement un enjeu de confiance», a-t-il dit en ajoutant que cette confiance est nécessaire pour que la population continue d’appliquer les consignes de la santé publique.

Le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, a révélé lundi avoir rappelé à ses collègues et aux fonctionnaires de s’assurer de «faire tout ce qui est possible de faire» en matière de transparence malgré les inconvénients liés à la crise.

Le ministre Duclos, qui est responsable de l’application de la Loi sur l’accès à l’information, souligne avoir discuté avec la commissaire Caroline Maynard au sujet de moyens d’être plus proactif dans la publication de documents et d’utiliser des outils technologiques pour offrir un meilleur accès au public.

La coalition veut voir une déclaration claire indiquant que les gouvernements du Canada protégeront toute personne signalant des actes répréhensibles du secteur public ou privé en matière de santé et de sécurité, de science ou de détournement de fonds publics, en particulier pendant la crise de la COVID-19.

Elle recommande également la création d’un ombudsman de la COVID-19 pour conseiller et soutenir les Canadiens qui souhaitent divulguer tout acte répréhensible dont ils sont témoins.

De nombreux Canadiens témoins d’actes suspects auront des questions et auront besoin de conseils pour signaler ce qu’ils ont vu, estime le groupe.

«Même ceux qui sont dans des organisations dotées de mécanismes de divulgation, comme une ligne téléphonique pour les lanceurs d’alertes, peuvent ne pas les connaître (ou leur faire confiance), indique le rapport. Ils bénéficieraient d’un soutien pour choisir où aller, exprimer leurs préoccupations et comprendre les preuves dont ils ont besoin pour divulguer de manière crédible les actes répréhensibles.»

Le rapport appelle à une campagne de sensibilisation pour informer les employés sur la façon de signaler les actes répréhensibles concernant les dépenses des fonds publics liés à la pandémie, ainsi que la non-divulgation ou la manipulation des informations sur la COVID-19.

La coalition reconnaît que ses recommandations sont ambitieuses et exigeront «un travail et un leadership cohérent et constant».

Certains peuvent être promulgués rapidement tandis que d’autres, comme l’élaboration d’une législation complète sur la dénonciation, nécessiteront plus de temps, dit le groupe.

«Cependant, sans ces réformes, il sera difficile pour les citoyens de tenir les gens pour responsables de leurs actions et inactions pendant la pandémie, ainsi que de prévenir de futurs échecs qui pourraient mettre en péril l’argent des contribuables et la vie des Canadiens.»