Le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa, mercredi  
Le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa, mercredi  

Trudeau ouvre une conférence de l’ONU avec un appel à la coopération mondiale

Mike Blanchfield
La Presse Canadienne
Joan Bryden
La Presse Canadienne
OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a lancé un appel à la coopération mondiale lors d’une importante rencontre des Nations unies, jeudi, visant à atténuer les effets sociaux et économiques dévastateurs de la pandémie de COVID-19.

La conférence a eu lieu au moment où le Canada se dispute l’un des deux sièges non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, qui seront attribués le mois prochain. La Norvège et l’Irlande sont aussi dans la course. Le Canada propose une plateforme pour essayer d’aider à reconstruire le monde post-pandémique.

M. Trudeau coorganise la conférence virtuelle de quatre heures avec le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et le premier ministre jamaïcain Andrew Holness, et il a ouvert la vidéoconférence de plusieurs heures en affirmant son soutien aux institutions internationales qui doivent mener la relance.

«Et pour que l’économie mondiale se rétablisse et que nos économies nationales rebondissent, nous avons besoin d’un plan mondial et coordonné», a déclaré M. Trudeau.

«Nos citoyens doivent avoir confiance dans les institutions internationales qui ne laissent personne de côté et qui sont capables de surmonter les défis mondiaux.»

Trump isolé

Plus de 50 chefs d’État et de gouvernement y participent, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, le premier ministre britannique Boris Johnson, ainsi que des représentants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et du secteur privé.

Le président américain Donald Trump n’y a pas participé. M. Trump a laissé entendre que les dirigeants intelligents placent les intérêts de leur propre pays avant toute chose.

Les uns après les autres, Mme Merkel, MM. Macron et Johnson, la présidente de la Commission européenne, ainsi que les premiers ministres de la Norvège et de l’Irlande - entre autres - ont critiqué l’approche de M. Trump sans mentionner son nom. Ils ont défendu l’Organisation mondiale de la santé, à laquelle M. Trump a retiré du financement, et l’accord de Paris sur le changement climatique, duquel M. Trump a retiré les États-Unis.

Mme Merkel a rappelé aux participants à la rencontre que l’Allemagne avait insisté sur le changement climatique lors de sa dernière présidence du G7. Les États-Unis seront l’hôte du sommet du G7 cette année.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a noté que la pandémie pourrait pousser certains pays à se concentrer sur leurs propres besoins.

«C’est une mauvaise idée. Nous devons travailler ensemble et les uns pour les autres.»

M. Macron, qui n’a jamais hésité à critiquer Donald Trump, a déclaré que «l’action collective» du système multilatéral mondial était cruciale.

«Aucun pays ne peut trouver seul une solution à cette crise. Il ne peut y avoir de solution isolée. Nous devons aborder collectivement des questions telles que la santé, l’environnement, la justice», a souligné le président français.

«Le prix est payé par tous; la solution doit être trouvée par tous.»

M. Johnson, parfois considéré comme un esprit politique semblable à celui de M. Trump, a déclaré que tous les pays s’efforçaient de protéger leur peuple, comme ils doivent le faire. Mais il a ajouté: «Pourtant, aucun pays ne détient les clés de la victoire contre notre ennemi invisible. Si nous voulons vaincre la COVID-19, parvenir à une relance mondiale et éviter une future pandémie, nous devons travailler ensemble au-delà des frontières.»

L’Irlande et la Norvège, rivales du Canada pour les deux sièges temporaires du Conseil de sécurité, ont fait écho à ce sentiment.

«Ce n’est pas le moment de chercher la confrontation et de nous tourner vers nous-mêmes», a déclaré la première ministre norvégienne Erna Solberg.

«Utilisons ce moment pour assurer une coopération plus globale afin de reconstruire un monde plus sain, plus vert, plus juste, égalitaire et durable.»

Vote du Conseil de sécurité

Le vote imminent du Conseil de sécurité s’est également fait sentir. M. Trudeau a courtisé le soutien de divers grands blocs de vote en Afrique, en Asie et dans les Caraïbes, étant donné que les pays européens devraient se rassembler autour de la Norvège et de l’Irlande.

La première ministre de la Barbade, Mia Mottley, actuelle présidente de la Communauté des Caraïbes composée de 20 pays, a remercié M. Trudeau pour ses remarques, mais a établi un marqueur clair pour lui et les autres.

«J’espère que cette session de haut niveau ne sera pas simplement la présentation de discours glorieux, mais qu’elle déclenchera aussi une action qui est vraiment nécessaire.»

À moins que les pays ne s’unissent maintenant pour coordonner un plan de relance, l’ONU estime que la pandémie pourrait faire reculer l’économie mondiale de près de 8500 milliards $ au cours des deux prochaines années, plaçant 34,3 millions de personnes dans l’extrême pauvreté cette année et potentiellement 130 millions de plus au cours de la prochaine décennie.

«C’est notre chance d’entamer une conversation sur la façon dont nous pouvons sortir de cette crise véritablement mondiale dans un monde plus fort et plus cohérent - un monde qui crée de la croissance pour tous, s’attaque aux inégalités et prend soin des plus vulnérables», a dit M. Trudeau.

«Le Canada est prêt à faire sa part, alors que nous aidons à unir le monde dans la lutte contre la COVID-19.»

Dans un communiqué sur l’événement, l’ONU affirme que tous les pays sont confrontés à des tensions économiques en raison de la pandémie, en particulier les pays en développement qui étaient déjà en «état de surendettement» avant la crise et qui ne peuvent pas se permettre d’amortir le coup pour leurs citoyens ou d’offrir des mesures de relance.

La conférence doit aborder «six champs d’action urgents» pour mobiliser le financement nécessaire à une reprise mondiale.

Ces six champs d’action sont:

- Augmenter les liquidités dans l’économie mondiale;

- Contrer les vulnérabilités liées à l’endettement;

- Impliquer les créanciers du secteur privé dans les plans de redressement.

- Faire cesser les mouvements illicites de capitaux;

- Augmenter les sources de financement externes pour favoriser une croissance inclusive et la création d’emplois;

- Élaborer des stratégies pour que les pays sortent plus fort de la crise, atteignent les objectifs de développement durable, luttent contre les changements climatiques et rétablissent l’équilibre entre l’économie et la nature.

La conférence vise à créer un groupe de discussion dans chacun des six champs d’action, dans le but de fournir des propositions concrètes d’ici la mi-juillet.

«Il n’y a pas de temps à perdre, indique le communiqué de l’ONU. Il faut trouver des solutions sans tarder et prendre des mesures qui vont amener de vrais résultats.»