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En date de mercredi, 38,2 % de la population du Québec avait reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19. Dans la Capitale-Nationale, cette proportion s’élevait à près de 40 % (39,7 %).
En date de mercredi, 38,2 % de la population du Québec avait reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19. Dans la Capitale-Nationale, cette proportion s’élevait à près de 40 % (39,7 %).

Très peu de cas de COVID-19 chez les personnes vaccinées de la Capitale-Nationale [VIDÉO]

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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Si vous doutiez encore des effets protecteurs de la vaccination contre la COVID-19, les données pour la Capitale-Nationale parlent d’elles-mêmes : sur 183 635 personnes ayant reçu une première dose de vaccin au 18 avril, seulement 472 ont été infectées par le SRAS-CoV-2 plus de deux semaines après l’inoculation, et, de ce nombre, à peine 25 ont été hospitalisées, dont une seule aux soins intensifs.

Graphiques à l’appui, les Drs Slim Haddad et Jacques Girard, respectivement médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique et adjoint médical du directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, ont présenté mardi au Soleil le fruit de leurs observations des dernières semaines : les vaccins contre la COVID-19 utilisés au Québec sont bel et bien efficaces, «même plus que ce que les premières études des laboratoires producteurs donnaient à penser», constate le DHaddad.

«Sur plus de 180 000 personnes ayant reçu une première dose de vaccin [au 18 avril], moins de 500 ont eu un résultat positif à la COVID-19, mais parmi ces 500, on en a plus du tiers qui étaient asymptomatiques, qui sont des cas qui ont été découverts fortuitement. Ça montre d’une certaine façon qu’elles sont protégées par la vaccination, qui a fait d’elles des personnes complètement asymptomatiques. Mais le plus important, c’est que sur ces [183 365] personnes qui ont été vaccinées il y a un mois, deux mois, trois mois, on en a que 25 qui ont été hospitalisées pour la COVID-19, et une seule qui s’est retrouvée aux soins intensifs», souligne le médecin. 

Fait à noter, au Québec, seule la Capitale-Nationale ferait un tel suivi de sa population vaccinée, selon le Dr Haddad. À l’échelle provinciale, ni le ministère de la Santé ni l’Institut national de santé publique du Québec ne disposent de données sur le nombre d’infections, d’hospitalisations et de décès recensés chez les personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19, a-t-on confirmé au Soleil.

«À l’heure actuelle, l’état des connaissances ne permet pas à la santé publique de modifier les définitions de cas positifs ou de décès attribués à la COVID-19 en fonction du statut vaccinal», indique par courriel le service des communications du ministère de la Santé, qui n’a pas non plus de données sur le nombre de personnes vaccinées ou partiellement vaccinées ayant contracté la COVID-19 dans les milieux d’hébergement pour aînés.

Au pays, en date du 26 avril, 2274 personnes avaient contracté le SRAS-CoV-2 au moins deux semaines après avoir reçu leur première dose de vaccin, sur un total de 7,1 millions de Canadiens partiellement vaccinés (une proportion de 0,03 %, donc), selon les données rendues publiques plus tôt cette semaine par l’Agence de santé publique du Canada (ASPC). Selon l’ASPC, les personnes vaccinées représentent environ 1,3 % des infections à la COVID-19 depuis le début de la vaccination en décembre. 

Pour le DJacques Girard, l’efficacité des trois vaccins disponibles au Québec avait certes été démontrée dans différentes études scientifiques, «mais là, on en a une preuve très, très claire». «On voit vraiment l’impact dans la population de la région de Québec. Il est plus que perceptible, il est très réel, objectivable», se réjouit le Dr Girard.

Et les données démontrent que la présence de variants du SRAS-CoV-2 dans la Capitale-Nationale n’a pas amenuisé cette efficacité, souligne le médecin, qui rappelle que la presque totalité des cas de COVID-19 recensés dans la Capitale-Nationale sont des variants sous surveillance rehaussée (le B.1.1.7, dit «britannique», y est très largement dominant, dans une proportion de plus de 90 %). 

«On avait vu que certains variants pouvaient avoir la capacité d’échapper à la réponse immunitaire. Mais ces épreuves-là, il faut rappeler qu’elles ont été faites en laboratoire. […] Ce que les experts, notamment en virologie, nous rappellent, c’est que la réponse immunitaire, ce n’est pas uniquement la production d’anticorps, c’est aussi [entre autres] la réponse des cellules mémoires, des macrophages qui viennent s’accrocher à la particule virale… Il y a aussi des substances sécrétées par des cellules qui peuvent être toxiques pour les particules virales. C’est probablement tout ça qu’on observe actuellement, et c’est une bonne nouvelle : pour le moment, on n’a pas un variant qui vient déjouer l’effet protecteur conféré par les trois vaccins qu’on a utilisés jusqu’à maintenant», expose le Dr Girard.

Pour rappel, avant de bénéficier de l’effet protecteur du vaccin contre la COVID-19, il faut calculer environ deux semaines, davantage si on est immunosupprimé ou immunosénescent (dont le système immunitaire est moins efficace en raison du vieillissement). «Les personnes immunosupprimées et immunosénescentes vont peut-être mettre trois semaines, un mois, peut-être deux mois pour développer une immunité» après l’administration d’un vaccin, précise le Dr Haddad.

Selon lui, le fait d’avoir allongé significativement le délai entre l’administration de la première et de la deuxième dose (jusqu’à 16 semaines maximum) n’a pas du tout compromis la réponse immunitaire des personnes vaccinées dans la Capitale-Nationale. Au contraire.

«En fait, ce que nous disent les experts en vaccination, c’est que c’est peut-être même plutôt une bonne chose de laisser un intervalle plus important entre les deux doses», souligne le DHaddad, qui signale également que «la première dose est plus efficace que ce qu’on pensait au départ». «Elle donne déjà une assez bonne immunité», note-t-il.

Le DGirard renchérit : «On avait déjà l’information qu’on pouvait se permettre ça [d’allonger le délai entre les deux doses], qu’il n’y avait pas de désavantage d’un point de vue scientifique. Donc on avait quand même une certaine assurance […], mais quand on le regarde en rétrospective — ça a notamment été vérifié en Grande-Bretagne — on voit qu’effectivement, la réponse immunitaire que développent les personnes lors de la deuxième dose est vraiment magistrale.»

À propos des éclosions de COVID-19 qui ont été recensées dans des milieux où les usagers et le personnel avaient pourtant reçu, pour la majorité, une première dose de vaccin, le DJacques Girard rappelle que «quand on a commencé à vacciner, en décembre et janvier, on était au coeur de la deuxième vague», qui s’est poursuivie jusqu’au début mars, moment où sont arrivés dans la Capitale-Nationale les premiers cas de variants à l’origine de la troisième vague. 

Selon les Drs Girard et Haddad, ce n’est que très récemment, à partir de la fin mars, que la région a eu assez de vaccins du fédéral «pour avoir un impact fort de la vaccination dans notre population». «Si des éclosions survenaient en janvier, février ou début mars, il y avait trop peu de gens protégés pour qu’on puisse imputer un quelconque changement à la vaccination», signale le Dr Haddad.

Pour les deux médecins, les effets de la vaccination dans la Capitale-Nationale dépassent jusqu’ici toutes les espérances. «Pour l’instant, c’est très impressionnant. […] Imaginez-vous la troisième vague dans la région si on n’avait pas commencé à vacciner...» laisse tomber le DHaddad.

«C’est vraiment une catastrophe qu’on a évitée», résume son confrère, tout en rappelant néanmoins l’importance de respecter les mesures sanitaires actuelles jusqu’à ce qu’il y ait suffisamment de gens vaccinés dans la population. 

Les experts estimaient jusqu’à maintenant qu’un taux de vaccination de 70 à 75 % d’une population donnée permettrait à celle-ci d’atteindre une immunité collective durable contre la COVID-19. Mais la présence de variants plus transmissibles du SRAS-CoV-2 pourrait nécessiter plutôt un taux de 90 %, selon une étude publiée début avril par l’Institut Pasteur. 

En date de mercredi, 38,2 % de la population du Québec avait reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19. Dans la Capitale-Nationale, cette proportion s’élevait à près de 40 % (39,7 %).  Avec la collaboration d’Émilie Pelletier