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Lyne Gendron et son mari lors de leur mariage 
Lyne Gendron et son mari lors de leur mariage 

Tous les voyageurs mis dans le même panier: «ça va trop loin»

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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Depuis quelques jours, les messages haineux envers les voyageurs sont envoyés à la tonne. «C’est intense. Ça va trop loin. Il y a des zones grises», déplore Lyne Gendron.  

Un petit tour sur les réseaux sociaux suffit pour constater des exemples de messages particulièrement hostiles envers les Québécois qui ont choisi de s’envoler vers le Sud pendant les vacances des Fêtes, malgré la situation pandémique et les consignes sanitaires strictes.  

«Le gouvernement devrait leur enlever le droit à la carte d’assurance maladie et de se faire soigner» n’est qu’un exemple qui pèse beaucoup sur Lyne Gendron.  

«Les gens oublient les zones grises. Ils mettent tous les voyageurs dans le même panier. Le Canada, c’est un pays d’accueil, c’est plein d’immigrants. On ne peut pas tous penser que les Canadiens viennent d’ici et que leur famille habite à côté. Il y a des gens qui vont dans le Sud pour voir leur famille, il y a le travail aussi», martèle-t-elle. 

Lyne Gendron s’est envolée vers la République dominicaine le 22 décembre, elle allait voir son mari depuis deux ans qui habite là-bas. Elle a pris un vol vers Samaná, le premier depuis des mois. 

«Lui, il ne peut pas venir ici. Ses papiers d’immigration ne sont pas encore acceptés, tout le processus est au ralenti. C’est trop compliqué. J’ai sauté sur l’occasion pour aller le voir. Sinon, quand est-ce que je pourrais revoir mon mari?» 

Mme Gendron se sent obligée de se justifier, mais elle assume ses décisions. Elle a pris tous les arrangements et précautions nécessaires.  

«J’en ai beaucoup sur le cœur. J’ai vu des choses qui m’ont bouleversée. J’ai rencontré une fille à l’hôtel, venue voir son mari elle aussi. On a gardé contact, et elle me raconte comment son retour a été dur. Elle ne se sentait pas très bien quand elle est arrivée à l’aéroport, elle n’était pas confortable.» 

Situations différentes 

Mme Gendron et son mari sont restés une semaine à l’hôtel avant de s’installer dans l’appartement de ce dernier.  

«Il y a même plus de règles ici qu’à Québec», exprime-t-elle. 

Masques, plexiglas, distance, lavage de mains, marqueurs au sol, couvre-feu, nettoyage excessif des installations, prise de température : tout y est. Lyne Gendron a d’ailleurs croisé «un peu» de touristes québécois lors de son séjour, des bulles familiales ou des couples. 

Elle en a vu un ou deux festoyer sur la plage. Elle a choisi de ne pas s’approcher. Même qu'une participation à une fête peut valoir des contraventions de plusieurs milliers de pesos au pays.

«C’est ma responsabilité d’assurer ma sécurité. Ces personnes-là allaient fêter quand même à Québec. Ceux qui respectent les règles à Québec le font ici aussi. Ce n’est pas toujours comme on voit dans les reportages à la télé.» 

Lyne Gendron se veut claire : elle comprend la frustration dirigée vers les voyageurs. Elle croit toutefois que beaucoup de haine devient «exagérée».  

«Ça a explosé. Je ne m’attendais pas à autant de jugement, mais je ne pensais pas non plus que les gens allaient être si nombreux à aller dans le Sud. Je suis d’accord avec les mesures du gouvernement. Mais c’est un cafouillage en ce moment, avec les tests PCR et le 1000 $ aux voyageurs, je ne suis pas pour ça non plus.» 

Lyne Gendron a perdu son emploi au début du mois de décembre, Bombardier a dû mettre à pied plusieurs employés en raison de la pandémie, dont elle. Elle utilisera son temps de quarantaine pour trouver un nouvel emploi de chez elle. Son frère a même déjà laissé une épicerie dans sa cuisine, Lyne revient le 5 janvier. 

«Je vais la faire ma quarantaine, tout est organisé. On peut tous avoir nos opinions. Moi, je sais que je fais attention. On n’est surtout pas obligés d’attaquer les gens. Il ne faut pas se diviser encore plus. Il faut arrêter de juger le monde, on ne sait pas ce qui se passe dans la vie des autres.»


« Ça a explosé. Je ne m’attendais pas à autant de jugement, mais je ne pensais pas non plus que les gens allaient être si nombreux à aller dans le Sud »
Lyne Gendron

Lyne Gendron juge qu’une personne partie visiter sa famille dans le Sud ne devrait pas recevoir des menaces aussi gratuites. Elle implore les internautes de faire preuve d’un peu de compréhension envers les différentes situations. 

«“T’as voyagé? Ben attrape la COVID et meurt.” Ils parlent des voyageurs comme si c’était tous des gens qui allaient faire le party. Il y a aussi des familles séparées depuis presque un an qui veulent se voir. C’est ça les zones grises qu’on doit considérer.» 

D’ailleurs, en raison des nouvelles preuves de test négatif pour rentrer au pays, et la complexité de l’opération à Samaná, Lyne reviendra plus tôt que prévu. C’est dommage, mais nécessaire, exprime-t-elle. 

«Peut-être que la partie de la solution est d’assouplir les restrictions pour les visas visiteurs? En attendant, quand j’ai la chance, je vais aller voir mon mari, et prendre tous les arrangements nécessaires pour bien suivre les consignes sanitaires.» 

Lyne Gendron et son mari pendant leur séjour