Même si sa ville est située à trois heures de route de La Pocatière, le maire de Matane, Jérome Landry, ne croit pas qu'il soit nécessaire d'instaurer un système d'alertes régionales de la COVID-19 par sous-région.
Même si sa ville est située à trois heures de route de La Pocatière, le maire de Matane, Jérome Landry, ne croit pas qu'il soit nécessaire d'instaurer un système d'alertes régionales de la COVID-19 par sous-région.

Système d'alertes: une approche qui ne fait pas l'unanimité au Bas-Saint-Laurent

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
MATANE — Avec 58 cas positifs à la COVID-19 en trois jours, le Bas-Saint-Laurent s'apprête à accéder au palier de préalertes (jaune) en vertu du nouveau système d'alertes régionales. Comme Matane est située à trois heures de route de La Pocatière, faudrait-il instaurer une approche par sous-région, comme aux Îles-de-la-Madeleine et en Gaspésie? Les opinions divergent.

Le maire de Rimouski est favorable à l'idée. Marc Parent trouverait insensé que tout le Bas-Saint-Laurent soit déclaré jaune dans l'ensemble de son territoire de 22 000 km carrés, alors qu'il y a une éclosion à son extrémité ouest, d'autant plus que la municipalité la plus proche de La Pocatière est dans Chaudière-Appalaches. «C'est un peu comme si on prenait une éclosion à Granby et qu'on décidait de fermer les régions de l'Estrie, de Montérégie, de Montréal et de Laval, compare-t-il. Le Bas-Saint-Laurent, c'est 320 km de côtes!»

Aucune logique pour le maire de Rimouski

Selon le maire Parent, il n'y a pas de liens entre les gens de Matane ou de Rimouski et ceux de La Pocatière. «Les gens de La Pocatière ont bien plus de liens avec Montmagny, qui est dans une région administrative différente. Chaudière-Appalaches demeurerait dans le vert, tandis que Matane, Rimouski et Les Méchins tourneraient au jaune, alors qu'on est à 2 heures et demie de route? Je pense que ce n'est pas logique!»

Le maire de Rimouski, Marc Parent, réclame de Québec qu'il instaure un système d'alertes régionales de la COVID-19 par sous-région au Bas-Saint-Laurent.

Si le code de couleurs vise à envoyer un message clair à la population afin de l'inviter à augmenter son degré de vigilance, l'élu estime qu'il n'aura aucune crédibilité pour les citoyens de Matane parce qu'ils auront le sentiment que l'alerte ne s'adresse pas à eux. De plus, Marc Parent croit que cela n'aura pour effet que de «stigmatiser l'entièreté du Bas-Saint-Laurent, alors qu'il s'agit d'une éclosion très pointue en termes de territoire géographique». «Il faut être conscients que la distance entre Matane et La Pocatière est plus grande que la distance entre La Pocatière et Montréal ou, à toute fin pratique, égale. Lorsqu'on regarde le périmètre entourant la région de La Pocatière, c'est là qu'est le risque le plus accru et le plus important.»

Une question de prudence pour le maire de Matane

Même si sa ville se trouve au Bas-Saint-Laurent et qu'elle est située aux antipodes de La Pocatière, le maire de Matane n'a pas du tout le même discours que son homologue de Rimouski. «Nous autres, dans La Matanie, on n’a aucun cas, spécifie Jérôme Landry. Mais, on aime mieux être plus prudents que moins.»

D'autant plus que, selon lui, les restrictions associées au code jaune, qui est le stade de préalerte, «ne sont pas vraiment contraignantes». «C'est vraiment plus un avertissement sérieux. Que ce soit pour l'ensemble du Bas-Saint-Laurent, je suis confortable là-dedans, surtout qu'une portion des gens devraient être beaucoup plus prudents pour ne pas permettre le risque qu'on puisse avoir une contamination en Matanie.»

Le maire Landry accorde sa pleine confiance à l'endroit du directeur régional de la santé publique, le Dr Sylvain Leduc, et à l'égard du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent dans l'application du code de couleurs. «Le CISSS du Bas-Saint-Laurent a pris beaucoup d'expérience sur le plan de la COVID avec les autres régions du Québec. Nous, comme élus, il faut s'assurer que le message passe et il faut absolument recommencer à répéter le message, soit que les gens doivent être très vigilants et prudents, qu'ils doivent respecter l'application des règles.»

«Avec le code jaune, il n'y a pas vraiment de problématique majeure à gérer, sauf que ça va allumer une lumière qu'il faut être plus prudents», poursuit l'élu, qui ajoute que c'est aussi par solidarité qu'il est favorable au système d'alertes englobant tout le Bas-Saint-Laurent.

Jérôme Landry voit même un effet bénéfique pour sa population à l'éventualité que le Bas-Saint-Laurent tourne au jaune: cela lui rappellera de ne pas baisser la garde. «Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de cas qu'on n'en aura pas! La population de La Matanie a l'impression qu'elle est presque immunisée. On est extrêmement chanceux, surtout avec l'affluence [de touristes] qu'on a eue cet été! Mais, on n'est pas du tout immunisés de la COVID et on peut l'attraper très rapidement dans La Matanie, comme on le voit dans l'ouest du Bas-Saint-Laurent. Il y en a aussi, des partys, à Matane! Il y en a, des situations où il y a certains risques! Il n'y a rien d'acquis.»