C'était la réouverture des restaurants, le 2 juin dernier en France.
C'était la réouverture des restaurants, le 2 juin dernier en France.

Retour des repas de groupe à la maison et au resto [VIDÉOS]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Manger dans un restaurant sera à nouveau possible dès lundi prochain, le 15 juin, pour la moitié des Québécois. Et ceux qui n’auront pas envie de resto pourront inviter des amis à la maison, mais pas plus de 10 personnes au total en provenance de trois maisonnées. Si vous avez l’espace requis et que vous tenez une liste des invités et de leurs agissements!

Pour la Communauté métropolitaine de Montréal, la MRC de Joliette et la municipalité de L’Épiphanie, près de L’Assomption, tout cela ira au 22 juin, une semaine plus tard. Ces territoires abritent 4,1 millions de personnes, soit 49 % de la population du Québec.

Autant pour les salles à manger des restaurants que les rassemblements intérieurs privés, la règle phare d’un espacement individuel de deux mètres entre chaque personne continue de s’appliquer.

«Quelqu’un qui a un petit appartement ne pourra pas recevoir 10 personnes», a reconnu d’emblée le conseiller médical stratégique à la direction générale de la Santé publique, Richard Massé, lors de l’annonce de lundi après-midi faite à Québec.

Le Dr Massé accompagnait le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Leurs patrons respectifs, François Legault et Horacio Arruda, avaient tenu leur propre point de presse à Montréal, plus tôt dans la journée.

«On met ça comme un nombre maximum de personnes. Quand on regarde deux mètres, il ne faut pas calculer 10 fois deux, mais plutôt regarder trois maisonnées. Donc, si c’est des gens qui viennent de trois maisonnées, ça veut dire que le deux mètres s’applique entre chacune des maisonnées, ce qui réduit l’espace. Mais je suis conscient qu’il y a beaucoup de gens qui ne vont pas être capable de recevoir 10 personnes chez eux. Mais on met un maximum, parce que les réunions à 15, à 20, à 25, c’est trop risqué. Puis là, à ce moment-là, c’est littéralement impossible de le faire, à moins d’avoir un château!» constate le DMassé.

«Ce n’est pas parce qu’on dit 10 qu’on doit mettre 10 personnes les uns à côté des autres. C’est vraiment important parce que les milieux intérieurs, c’est des endroits qui sont plus propices à transmettre des infections de personne à personne ou à travers des objets», prévient-il aussi.

La Santé publique demande même à l’hôte de tenir une liste des invités et de leurs agissements au cours de la soirée. «Si jamais il y avait des gens qui étaient malades, pour que la direction régionale de santé publique puisse facilement être capable de retracer les gens rapidement, efficacement, ne pas perdre de temps si jamais il y avait des gens qui étaient contaminés», demande aussi le Dr Massé.

Sans oublier que les personnes de 70 ans et plus, celles qui ont des maladies chroniques ou qui sont immunodéprimées doivent continuer à redoubler de prudence.

Une expérience différente

Une soirée au restaurant ne sera pas comme avant.

Que ce soit en cuisine ou en salle à manger, les employés qui ne pourront se tenir à deux mètres des clients ou l’un de l’autre porteront masque et lunettes de protection.

Si la chaleur s’avère trop incommodante, par exemple en cuisine, «le port d’une visière couvrant le visage du front jusqu’au menton est une solution de dernier recours», édicte le guide publié à cet effet par la Commission des normes, de l’équité de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

On favorise la présentation du menu sur ardoise ou écran; les tables, chaises et autres surfaces souvent touchées seront désinfectées entre chaque tablée; dans les buffets, le service doit être effectué par un employé.

Aucun maximum de clients imposé aux restaurateurs. L’entreprise se doit simplement de respecter les règles selon la grandeur de son restaurant.

En plus des 450 inspecteurs de la CNESST, 1000 agents de prévention ont été déployés par le gouvernement pour informer et sensibiliser les entreprises aux règles durant la pandémie. «Ultimement, les forces policières peuvent être appelées à intervenir, mais ce n’est vraiment pas ce que nous souhaitons», souligne le ministre Boulet.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec octroie 22 000 permis de restauration à autant d’établissements qui cumulent 14 milliards $ de vente par année et emploient 200 000 personnes. Depuis trois mois, 50 % de ces établissements ont maintenu une part de service, soit en livraison ou au comptoir.

Les bars restent fermés

Dans le projet de loi 61 de reprise économique qu’il souhaite faire adopter avant la fin de la session parlementaire, qui se termine en principe vendredi, le gouvernement Legault a inséré des allègements pour les restaurants.

«Il serait donc permis, si le projet de loi était adopté, de livrer de l’alcool pour accompagner des aliments par des intermédiaires comme Uber Eats ou Dash, par exemple. Il serait aussi permis que ces boissons aient un prix différent à la livraison qu’en salle à manger. Et, de plus, il ne serait plus requis de servir obligatoirement un repas pour permettre la vente des boissons alcooliques aux restaurants», explique le ministre Lamontagne.

Difficile pour certains dans ce contexte de comprendre pourquoi les bars qui ne servent pas de nourriture ne peuvent toujours pas rouvrir.

«Après une ou deux consommations, on baisse la garde, on se rapproche et puis on augmente les risques de transmission. On y va progressivement. C’est plus à risque de consommer de l’alcool sans manger, que de prendre une consommation avec un repas. On baisse beaucoup moins la garde quand on mange un repas tranquillement, puis qu’on prend un peu d’alcool. Si on prend beaucoup d’alcool et seulement de l’alcool, c’est des risques différents», justifie le Dr Massé.

Surtout que, comme le ministre Boulet le rappelle, on se fie beaucoup à la bonne volonté de tout un chacun.

De son côté, l’association des restaurateurs se réjouit de cette réouverture, mais souligne que la longue liste de défis est loin d’être finie.

«Ce qui attend les exploitants de restaurant dans les prochaines semaines sera un immense défi à surmonter, les mesures sanitaires à respecter étant fort nombreuses», a déclaré par communiqué le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec, François Meunier.

Selon un sondage réalisé de l’ARQ, plus de 60 % des gestionnaires de restaurant jugent que leur établissement ne pourra survivre financièrement au-delà de six mois avec une capacité réduite à 50 %.