Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

Retour à l’école: Roberge dit non au temps partiel pour les élèves

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, refuse catégoriquement que les écoles primaires qui rouvriront offrent des demi-journées aux élèves.

Il a précisé ce point lors d’une commission virtuelle d’une heure, jeudi, où il a été soumis à un interrogatoire serré de la part des députés d’opposition.

L’idée de permettre aux écoles qui le souhaitent d’offrir des demi-journées ou des journées alternées lui a d’abord été suggérée par la députée péquiste Véronique Hivon, puis par Christine Labrie, de Québec solidaire.

Les deux élues estiment que les demi-journées rassureraient l’ensemble des parents et des enseignants, en plus de régler le problème d’espace dans les locaux et de favoriser un nettoyage plus fréquent des classes.

Jeudi, le ministre leur a cependant opposé une fin de non-recevoir. «C’est un compromis qu’on n’a pas le goût de faire», a-t-il laissé tomber.

«Si on y va par demi-journées, on offre aussi un demi-service, a-t-il tranché. On leur offrirait (aux élèves) l’équivalent de trois semaines. (...) C’est très peu.

«On pense que c’est possible, avec l’intelligence et la débrouillardise sur le terrain, d’accueillir, à temps plein, 100 % des enfants dont les parents feront le choix de les envoyer à l’école.»


« On pense que c’est possible, avec l’intelligence et la débrouillardise sur le terrain, d’accueillir, à temps plein, 100 % des enfants dont les parents feront le choix de les envoyer à l’école. »
Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

Selon les oppositions, des «milliers» de questions fusent depuis l’annonce de la réouverture des écoles primaires le 11 mai, sauf dans le grand Montréal, où ce sera à compter du 19 mai.

Le retour en classe se fera sur une base volontaire, a expliqué le gouvernement, qui va tolérer un maximum de 15 élèves par classe. Lorsque les premières écoles rouvriront, il restera six semaines à l’année scolaire.

Si l’on offrait des demi-journées à Montréal, a poursuivi M. Roberge, les petits Montréalais n’auraient droit qu’à l’équivalent de deux semaines et demie d’école.

La porte-parole libérale en éducation, Marwah Rizqy, a pour sa part demandé au ministre de repousser la date de réouverture des écoles à Montréal.

Elle estime que la propagation de la COVID-19 n’est pas contrôlée dans la métropole. «Il n’est pas prévu de changer le calendrier», a toutefois répondu M. Roberge en mêlée de presse virtuelle avec les journalistes.

Le «Festival de l’incohérence»

Les députées Rizqy, Labrie et Hivon ont paru amèrement déçues au sortir de leur échange avec le ministre de l’Éducation, jeudi.

«Festival de l’incohérence», «réponses jovialistes», «pensée magique», propos «maladroits et réducteurs» ne sont que quelques-unes des expressions utilisées en mêlée de presse pour exprimer leur désarroi.

Selon Mme Hivon, le ministre fait preuve d’incohérence lorsqu’il dit vouloir donner toute la latitude aux équipes-écoles, mais leur refuse la possibilité de faire des demi-journées.

«Je trouve que c’est vraiment montrer une grande fermeture par rapport aux idées constructives qui viennent du terrain, a-t-elle déploré. Il n’a pas mieux à offrir face à tous les défis logistiques qui se posent.»

Le ministre offre un «soutien minimal», observe également Mme Labrie.

«Il se déresponsabilise totalement de la mise en oeuvre de la réouverture des écoles, mais en plus il est complètement déconnecté du réel», a-t-elle martelé.

Roberge se défend d’improviser

Parmi les solutions envisagées par le ministre pour pallier un possible manque de personnel: le recours aux enseignants et aux concierges du secondaire.

S’il y a débordement dans les écoles primaires, M. Roberge a aussi indiqué qu’il pourrait transférer des élèves dans les écoles secondaires, qui, elles, seront vides.

De tels changements de titulaire ou de local pour un enfant «n’a rien de traumatisant», a-t-il assuré, en parlant de la capacité pour un enfant de s’adapter et en comparant l’expérience à celle vécue dans un «camp de jour».

Il a laissé flotter un certain flou en demandant aux parents de ne pas utiliser le transport scolaire et d’aller reconduire leurs enfants à l’école «si ça leur adonne».

En outre, le ministère ne fournira pas de masques de protection aux enseignants, a-t-il répété, en disant s’appuyer sur l’avis de la santé publique. Mais les enseignants pourront porter un foulard.

M. Roberge a par ailleurs admis en commission avoir présenté un «calendrier» pour la réouverture des écoles et non un «plan».

«Je n’appellerais pas ça improviser, s’est-il défendu. Quand on a décidé d’aller sur la lune, la fusée n’était pas construite encore.»

«S’il veut se comparer au secteur spatial, je vous rappelle (...) qu’on n’envoie pas nos astronautes sans plan», a immédiatement rétorqué Mme Rizqy.

L’élue libérale a également demandé au ministre si un enseignant pourra refuser d’aller travailler si son conjoint est immunosupprimé.

M. Roberge a dit s’en remettre à la CNESST, qui devrait trancher sur la question dans les prochains jours.