Kathy Rioux, propriétaire du Café Krieghoff, rue Cartier
Kathy Rioux, propriétaire du Café Krieghoff, rue Cartier

Réouverture des restaurants: une bouffée d’air frais

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
La réouverture probable de la majorité des restaurants de la province, à compter de la mi-juin, comble les propriétaires qui ont été forcés de mettre à l’arrêt quasi complet leur établissement depuis deux mois et demi. Il était plus que temps, clament-ils en choeur.

«C’est une très bonne nouvelle. On est tous dans le bonheur», lance Kathy Rioux, propriétaire du Café Krieghoff, sur l’avenue Cartier au sujet de la décision qui devrait être officialisée par le gouvernement Legault lundi, d’après Le Journal de Montréal.

Selon le plan de la CNESST, qui attend l’approbation de la direction de la Santé publique, les salles à manger et terrasses des restaurants pourront accueillir les clients le 15 juin. Chaque établissement déterminera le nombre de tables mises à leur disposition, dans le respect du 2 mètres de distanciation physique. Des distributeurs de gel désinfectant devront être installés à l’entrée, ainsi que des plexiglas devant les caisses.

Les serveurs, de même que le personnel en cuisine, devront porter masque, lunette de protection oculaire ou visière. Des groupes de dix personnes pourront être acceptés à la même table dans la mesure où celles-ci habitent trois adresses différentes maximum.

Permis pour les terrasses

Kathy Rioux n’a jamais fermé complètement son établissement pendant la pandémie. Les clients pouvaient venir chercher des mets à emporter et des cafés. En conséquence, redémarrer la machine ne nécessitera pas un long délai. «Je suis full prête. Il me reste à remplir mes frigidaires et à faire rentrer mon équipe. On va voir ceux qui désirent travailler encore.»

Son voisin d’en face, le Pub Galway, se réjouit aussi de la nouvelle, sauf que pour son propriétaire, il reste des flous reliés au permis d’alcool nécessaire pour sa terrasse aménagée dans la rue, les fins de semaine, lorsque la rue devient piétonne.

«Je suis content d’avoir une date. C’est le premier jalon. Plus vite, on va commencer, plus vite on va être à 100%, explique Yves Ledoux, ajoutant qu’il aimerait savoir à quoi s’en tenir pour l’émission de son permis.

À la Régie des alcools, des courses et des jeux, une porte-parole, Me Joyce Tremblay, explique que cette «situation particulière» commandera une plus grande facilité dans les procédures. «On va tout faire pour assouplir les règles administratives afin que les titulaires de permis aient la vie plus simple.» Elle laisse au gouvernement le soin d’annoncer les détails la semaine prochaine.

Propriétaire des restaurants Les 3 Garçons et Sapristi, dans le Vieux-Québec, ainsi que du Sapristi du quartier Petit-Champlain, Jean-Philippe Letellier ne cache pas lui aussi sa satisfaction d’avoir enfin une date à encercler au calendrier. «On attend de voir le guide sanitaire pour pouvoir se revirer de bord et préparer notre plan de match.»

Ses trois établissements peuvent compter sur une clientèle locale fidèle, ce qui lui permet d’espérer des jours meilleurs. «Je suis confiant. On croit beaucoup au Vieux-Québec.» En fait, la confiance est tellement au rendez-vous qu’il ouvrira un autre restaurant, cet été, dans l’ancien édifice de la Caisse Desjardins, sur la rue Sainte-Anne.

Le propriétaire du restaurant Les 3 Garçons, rue Saint-Jean, Jean-Philippe Letellier.

Au resto maghrébin Aux 2 violons, boulevard René-Lévesque, Meziane Moulfi voit comme une bouffée d’air frais l’annonce d’une réouverture. «Si on peut aller chercher 30 ou 35% de revenus, ça va être correct. Si on restait fermé plus longtemps, ce serait affreux, ce serait impossible de tenir le coup.» Depuis le début de la pandémie, le restaurateur a réussi à mettre un peu d’argent dans la caisse grâce aux mets à emporter, mais il estime être très loin des recettes habituelles.

Zéro revenu

Croisé mercredi, alors qu’une date de réouverture des restaurants n’avait pas coulé dans les médias, le propriétaire du Grand Café, sur Grande-Allée, souhaitait ardemment que la reprise se fasse le plus rapidement possible. Avec un mois de mai à inscrire dans la colonne des pertes sèches, Christopher Chouinard compte sur le reste de l’été pour se refaire une santé financière. Cette période compte pour 70% de son chiffre d’affaires. L’annulation du Festival d’été est un autre coup dur pour lui.

«Ça pressait de rouvrir depuis la journée où on a fermé. On a des loyers à payer, des frais fixes, mais zéro revenu», mentionne-t-il, flanqué de son frère Robert, venu lui donner un coup de main pour donner du lustre à la terrasse de l’établissement en vue du grand jour. «On a sorti les tables et les chaises. On a planté pour 5000$ de fleurs, comme ça, on va être prêts.»

Le délai d’une douzaine de jours pour rouvrir son restaurant lui sera d’un précieux secours pour remplir ses frigos. Reste à voir, ajoute-t-il, si les fournisseurs réussiront à suffire à la demande simultanée des restaurateurs dans les prochaines semaines. Sans oublier le casse-tête récurrent de la main-d’oeuvre. «À ce temps-ci de l’année, j’ai une quarantaine d’employés. Pour l’instant, je sais qu’il y en a dix qui vont revenir.»

Important manque à gagner 

Cette lumière au bout du tunnel permettra aux propriétaires de se remplumer un tant soit peu. La pandémie a coûté cher. «J’estime qu’il me manque 70 000$ dans mes poches, confie Yves Ledoux, dont le pub irlandais n’a pu tirer profit cette année de la fête et du défilé de la Saint-Patrick.

Propriétaire d’un autre pub dans le Vieux-Port, Le  Claddagh, ouvert en 2016, il attend de voir si les fonctionnaires du Palais de justice et de la SAAQ seront de retour en septembre, après un épisode de télétravail.

«Si je n’ai pas de fonctionnaires ni de touristes, je fais quoi? Si la banque me donne un peu de jeu, je pourrais peut-être ouvrir en septembre et attendre que ça revienne tranquillement. Sinon, je vais devoir prendre une décision en conséquence.»