D’ici quelques semaines, si tout va bien, près d’un million de petits Québécois de 12 ans et moins pourraient retrouver les bancs d'école.
D’ici quelques semaines, si tout va bien, près d’un million de petits Québécois de 12 ans et moins pourraient retrouver les bancs d'école.

Réouverture des écoles: le nombre d’élèves et d’enseignants reste inconnu [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le retour à l’école sera «graduel, prudent et volontaire», insiste le ministre de l’Éducation. Mais la grande inconnue s’avère le nombre d’élèves qui retourneront en classe et combien de profs voudront aller leur enseigner.

Les ministres de l’Éducation et de la Famille ont fait une annonce conjointe, lundi après-midi, sur la réouverture prochaine des écoles primaires et des garderies. En gros, ça se passera le lundi 11 mai à l’extérieur de la grande région de Montréal et le mardi 19 mai pour la métropole et ses environs, zone plus touchée par la COVID-19.

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Garderies et écoles primaires rouvriront à partir du 11 mai

Les étudiants du secondaire, des cégeps, des universités et de l’éducation aux adultes continuent de suivre leurs cours à distance jusqu’à la prochaine rentrée, fin août. Ceux de la formation professionnelle auront des apprentissages pratiques en demi-groupe.

En fait, à partir de lundi prochain, il n’est plus question pour personne de continuer à prendre ces «vacances» évoquées par le ministre de l’Éducation lui-même le 13 mars, lors de l’annonce de la fermeture des écoles. Avec l’accès aux services de garde pour tout le personnel, «tout le monde dans le réseau scolaire aura les meilleures conditions pour offrir une pleine et entière prestation de travail», atteste Jean-François Roberge.

50 % de présence?

D’ici quelques semaines, si tout va bien, près d’un million de petits Québécois de 12 ans et moins pourraient retrouver une vie presque normale. Ils sont 648 000 aux niveaux préscolaire et primaire et 305 000 en services de garde à la petite enfance.

Alors que le retour des bambins dans les milieux de garde éducatifs en petite enfance se fera au rythme des réouvertures de bureaux, entreprises et commerces au fil du mois de mai, celui des jeunes à l’école se fera ensemble.

Pour pouvoir planifier, il devient primordial que les parents avisent l’école au moins une semaine à l’avance si leur enfant retournera en classe ou pas, a insisté le ministre de l’Éducation.

«Si ça ouvrait demain matin, je ne pense pas qu’il y aurait plus que 50 % de présence dans nos écoles primaires. Mais le vrai chiffre, ça va être le nombre d’élèves dans les classes. C’est pour ça qu’on demande aux parents d’aviser une semaine d’avance avant d’envoyer leurs enfants. [...] On va aussi communiquer avec les familles, envoyer l’information aux familles, puis les gens vont se faire une tête», fait valoir M. Roberge.

Les enfants à la santé fragile ou qui ont des parents à la santé fragile sont fortement invités à rester chez eux. Même chose pour les enseignants, aussi ceux et celles âgés de 60 ans et plus.

S’il manque de profs, le ministre Roberge contemple l’idée de faire appel aux finissants universitaires en enseignement, dont la session se termine maintenant. Et pourquoi pas à des enseignants du secondaire, eux dont les élèves restent tous à la maison.

La nouvelle normalité

Voici ce à quoi ressemblera la nouvelle normalité des écoles primaires.

Classes réduites à 15 élèves maximum. Horaires alternés dans la cour pour les récréations ou une cour divisée par groupe. Chauffeurs d’autobus, dont la moitié ont 60 ans et plus, protégés par un panneau de plexiglas et qui pourraient avoir à refaire leur trajet deux fois pour se limiter à un jeune par banc.

Dans les garderies, les groupes seront aussi réduits de moitié. Si le nombre d’enfants par éducatrice était de 10, par exemple, il passera à cinq. Les éducatrices porteront aussi un masque en tout temps. Plus des lunettes de protection et des gants pour certains gestes de proximité.

«Dans le cas des services de garde éducatifs à l’enfance, c’est sûr que c’est un défi de garder une distance de deux mètres. Je ne vous ferai pas croire que les tout-petits de 18 mois ou les enfants de deux ans et demi, c’est simple de leur demander de rester éloigner les uns des autres. C’est très difficile, pour ne pas dire impossible. Il y a des éducatrices qui nous écoutent actuellement, puis si je vous disais que c’est faisable, elles riraient de moi. Je sais très bien que ce n’est pas possible. La direction de la santé publique aussi le sait que ce n’est pas possible», a reconnu le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.


« Si ça ouvrait demain matin, je ne pense pas qu’il y aurait plus que 50 % de présence dans nos écoles primaires. Mais le vrai chiffre, ça va être le nombre d’élèves dans les classes. »
Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

M. Lacombe souligne que si les parents gardent leur enfant à la maison, leur place en garderie sera maintenue jusqu’au 1er septembre sans frais. Il s’attend à retrouver un taux d’occupation de 30 %.

Sur les 1000 endroits de garde d’urgence mis en place pour 5000 enfants dans les dernières semaines, 28 cas de COVID-19 ont été recensés dans 22 établissements.

15 000 tablettes

Si jamais un cas de coronavirus se déclare dans une école ou une garderie, l’enfant ou l’adulte sera retiré du milieu et une enquête rapide suivra de la part de la Santé publique. La personne devra en outre rester en isolement durant au moins 14 jours.

Ex-directeur national de santé publique et conseiller du Dr Horacio Arruda durant cette crise, le DRichard Massé estime qu’entre 5 et 10 % des élèves et des enseignants attraperont la maladie dans les zones chaudes, c’est-à-dire Montréal et les environs, tandis que ce sera moins de 1 % dans le reste du Québec, évalue-t-il.

Quant aux élèves des écoles primaires que les parents décideront de garder à la maison, M. Roberge révèle que 15 000 tablettes avec connexion satellite seront disponibles pour maintenir le lien avec les enseignants et poursuivre les apprentissages.

Fréquenter l’école, sur place ou à distance, redevient donc obligatoire pour tous les Québécois âgés de 6 à 16 ans.

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5 raisons de rouvrir les écoles primaires et les garderies, selon François Legault:

* «Pour le bien des enfants, qui doivent aller à l’école et continuer de faire des apprentissages. Surtout les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage.

* Parce que le risque est limité. Les enfants qui ont des problèmes de santé ou les parents qui ont des problèmes de santé devraient garder leurs enfants à la maison. Mais, pour les autres, on considère que les risques sont minimes.

* Parce que la situation est sous contrôle dans les hôpitaux. Si jamais il y avait des enfants, des enseignants qui devenaient malades, on a toutes les capacités et le personnel est disponible pour s’en occuper.

* Parce qu’on a le O.K. de la Santé publique. La science nous dit : c’est possible de retourner ces enfants si la situation reste sous contrôle d’ici le 11 et le 19 mai.

* Parce que la vie doit continuer. Les experts ne prévoient pas de vaccin avant 12, 18 mois. Je ne vois pas les enfants rester chez eux pendant 12, 18 mois. Et la situation, si on attendait le 1er septembre, ne serait probablement pas différente de la situation actuelle.»