Les élèves d'Ottawa ont vécu une rentrée bien spéciale jeudi matin.
Les élèves d'Ottawa ont vécu une rentrée bien spéciale jeudi matin.

Rentrée hors de l'ordinaire dans les écoles franco-ontariennes [PHOTOS]

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Après presque 180 jours sans avoir pu fouler le sol d'une école, c'était jour de rentrée jeudi pour des dizaines de milliers d'élèves des conseils scolaires francophones d'Ottawa et de l'Est ontarien. Un jour J très singulier où la bonne humeur était au rendez-vous malgré les appréhensions de certains au sujet des mesures liées à la COVID-19.

D'un conseil scolaire à l'autre, l'horaire varie, mais la majorité des élèves du niveau élémentaire ont fait leur retour en classe. La rentrée s'échelonnera jusqu'au milieu de la semaine prochaine pour les élèves de certains niveaux. Quant aux élèves du secondaire, leur année scolaire s'amorcera la semaine prochaine et dans la plupart des écoles de la capitale, ils suivront leurs cours en alternance à l'école (50%) et à la maison (50%) en raison de la grande taille et de la clientèle de ces établissements. Les cohortes en classe seront limitées à environ 15 élèves afin de respecter une distanciation sociale.

Au Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO), on compte cette année quelque 17 500 jeunes.

Présente pour l'arrivée des enfants à l'école élémentaire Marie-Curie, la directrice de l'éducation Sylvie Tremblay affirme que tout s'est déroulé rondement.

«J'ai reçu beaucoup de photos de mes collègues qui étaient ailleurs et ça s'est très bien passé. [...] Il y a toujours une énergie très fébrile, mais je dois dire que cette année il y en a quelques couches de plus. Oui, il y a certaines inquiétudes tant de la part des parents que du personnel, mais nous sommes confiants que tout a été mis en place. Tout le monde a son équipement de protection individuelle. On ne prétend aucunement que tout sera parfait, parce que tout le monde fait de nouveaux apprentissages dans cette nouvelle réalité», lance-t-elle, ajoutant que le climat est «généralement bon» sur le terrain.

Avec la distanciation sociale, évidemment. 

Environ 16% de la clientèle du CEPEO, soit un peu plus de 2800 élèves, demeureront à la maison puisqu'ils participeront au Programme d'apprentissage virtuel des écoles (PAVÉ). 

«Nous ne sommes pas surpris, car en fait on ne s'attendait pas à quoi que ce soit. C'est une réalité que l'on a jamais vécue, alors c'était difficile d'imaginer combien de familles feraient ce choix. Mais si on regarde le tout du côté inverse, ça veut dire que 15 000 élèves seront dans nos écoles, alors c'est quand même un gage de confiance de la part des parents», note-t-elle.

Alors que les écoles sont demeurées désertes pendant cinq mois et demi, Mme Tremblay soutient qu'il fallait que les classes puissent rouvrir, parce qu'on a «peu parlé des avantages du retour à l'école».

«On voit toutes sortes d'études sur les impacts du confinement sur le bien-être et la santé mentale, que ce soit chez les tout-petits, les ados ou les parents. Ça n'a pas été jojo pour toutes les familles. Peut-être que c'est le fun une semaine ou deux, mais quand ça dure six mois, ce l'est moins», dit-elle. 


« Il y a toujours une énergie très fébrile, mais je dois dire que cette année il y en a quelques couches de plus. »
Sylvie Tremblay, directrice de l'éducation au CEPEO

«Des yeux qui souriaient»

Quelques kilomètres plus loin, c'était aussi jour de rentrée à l'école élémentaire catholique Horizon-Jeunesse, qui a eu la visite de la médecin-chef de Santé publique Ottawa, Dre Vera Etches.

Au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), près de 3280 des 26 000 élèves ont opté pour l'école virtuelle en ces temps de pandémie. 

Le retour en classe pour ceux qui ont enfilé leur sac à dos s'est là aussi bien déroulé, estime la présidente Johanne Lacombe.

«C'est une belle rentrée. C'était bien de voir les enfants qui étaient pas mal excités. Même s'ils portaient le masque, on pouvait voir des yeux qui souriaient. C'était positif, les élèves avaient hâte de voir leurs amis et leurs enseignants. Oui, on sent qu'il y a des parents nerveux, mais ça s'est très bien passé. On sent qu'ils ont des sentiments mitigés en les voyant saluer leurs enfants sans pouvoir entrer dans la cour. Avec mon coeur de maman, je les comprends», affirme-t-elle.

La Dre Vera Etches (droite)

Avouant qu'elle souhaite que cette rentrée scolaire atypique ne se répète pas d'année en année, la présidente du CECCE se dit bien consciente qu'avec les critiques dont fait l'objet le gouvernement Ford de la part des syndicats pour le plan de réouverture des établissements scolaires, le climat peut parfois être un peu plus tendu.

«Je ne pense pas que ça se transporte en salle de classe, mais si on regarde au niveau de la gestion, dans les coulisses, c'est là qu'il peut y avoir de la tension. Les gens sont contents de revenir et de voir les élèves, mais quand je vois les réseaux sociaux, on constate qu'il y a une nervosité. C'est là qu'on joue notre rôle, celui de bien appuyer notre personnel. On a fait tout ce qu'on pouvait avec les outils, l'information et le financement que l'on avait, mais encore là, on va continuer à travailler avec le gouvernement, par exemple en disant que nous ne sommes pas satisfaits à 100%. On a encore besoin d'aide. La collaboration est primordiale, car au bout de la ligne, on a tous le même objectif: protéger nos élèves et les employés», de dire Mme Lacombe.

C'était aussi jour de rentrée au Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien (CSDCEO), qui compte 10 000 élèves dans sa trentaine d'écoles primaires et secondaires.