Les locaux de Lauberivière, qui a une capacité d'accueil de 86 lits pendant la pandémie.
Les locaux de Lauberivière, qui a une capacité d'accueil de 86 lits pendant la pandémie.

Plusieurs défis pour Lauberivière, pas juste la COVID-19

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Le fameux «déconfinement» est sur toutes les lèvres. Les Québécois ont hâte de sortir et de se retrouver, au risque de contracter le virus. Pour les personnes en situation d’itinérance, ça ne fait pas beaucoup de différence. À Lauberivière, la situation en pleine pandémie continue d’être sous contrôle.

Depuis deux ans, la situation d’itinérance à Québec est plus visible qu’avant. Lauberivière reçoit la visite de 300 à 500 personnes par jour, que ce soit pour manger, se reposer ou passer la nuit. 

«Mes défis quotidiens sont davantage au premier plan que ceux entourant la COVID-19. Dans la rue, ce qu’on voit, ce sont des gens laissés à eux-mêmes, avec des problèmes de santé mentale, mélangé avec de la dépendance. C’est ce qui vient plus nous chercher. Il n’y a pas de gens infectés dans notre clientèle, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’éclosion, mais pour l’instant on est chanceux», indique le directeur général Éric Boulay.

Mis à part quelques situations qui n’ont pas eu de répercussions sur le bon fonctionnement de Lauberivière, les consignes de la santé publique sont bien respectées 

«Quand tu es déjà en train d’assurer ta survie, que tu as peine à trouver un endroit pour manger, te laver les mains en entrant à Lauberivière c’est facile à faire.» 

Il y a des exceptions, mais la majorité des personnes qui passent par les locaux de l’organisme respectent les consignes, le lavage de mains, le port du masque et le deux mètres de distance. S’ils ont des symptômes, ils vont aussi suivre les indications.

«Somme toute, ça va bien. Il y a un petit pourcentage de personnes qui vivent des situations de désorganisation, ce qui fait en sorte qu’ils ont moins de facilité à respecter les consignes», ajoute Éric Boulay

Charge de travail doublée

Plusieurs aménagements ont été faits à Lauberivière pour que les espaces demeurent ouverts, M. Boulay peut affirmer que le déroulement de ses activités va bien.

«C’est parce qu’on a mis tout plein de mesures en place que ça va bien. C’est parce qu’on a obtenu l’aide appropriée, que le gouvernement et la Ville de Québec s’occupent de nous. On veut que tout ça reste pour que ça continue à bien aller. On prend ça très au sérieux, on fait des rencontres d’équipe quotidiennes et toutes les 15 minutes je vois quelqu’un passer pour désinfecter. Notre charge de travail a doublé. On a beaucoup d’aide de bénévoles.»

Le centre de convalescence aménagé par le CIUSSS de la Capitale-Nationale dans les locaux de l’Armée du Salut est aussi grandement apprécié encore aujourd’hui, il accueille les personnes vulnérables en situation d’itinérance ou aux prises avec des problèmes de santé mentale qui sont atteintes de la COVID-19 ou qui sont suspectées de l’être. 


« Quand tu es déjà en train d’assurer ta survie, que tu as peine à trouver un endroit pour manger, te laver les mains en entrant à Lauberivière c’est facile à faire. »
Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

M. Boulay indique que cette salle ne déborde pas nécessairement de personnes infectées par la COVID-19, le personnel se voit cependant rassuré chaque fois qu’elle y envoie une personne qui présente des symptômes grippaux. Un poids de moins sur les épaules. 

«Ça rassure tout le monde, et ça libère des lits. Ça fait moins de gens qui dorment dehors, un effet positif sur le débordement des refuges», note Éric Boulay. Lauberivière a conservé sa capacité de 86 lits pendant la pandémie.

Une vague d’itinérance?

En plus de la gestion de la pandémie, Lauberivière doit jongler avec les défis de la hausse de personnes en situation d’itinérance.

«On est craintifs depuis le début, mais pas paniqués. On nage dans la gestion de crise, c’était notre quotidien avant même la pandémie.»

Toutefois, en plus de craindre le virus, M. Boulay et son équipe craignent surtout une autre hausse de personnes dans le besoin à l’automne, ou dans un an.

«J’ai un questionnement sur l’effet de la pandémie à moyen terme... est-ce qu’on va avoir un boum d’itinérance à l’automne? C’est à surveiller. Les facteurs sociaux amènent les gens vers la courbe de dégringolade, il va y avoir une vague de gens qui vont avoir besoin d’aide. On doit rester sur notre garde et conserver toute l’aide qu’on a présentement», termine Éric Boulay.