L'éclosion survenue au Manoir Liverpool a été difficile à gérer.
L'éclosion survenue au Manoir Liverpool a été difficile à gérer.

Plus qu’un seul cas actif de COVID-19 dans Chaudière-Appalaches

La région de Chaudière-Appalaches s’en est relativement bien tirée depuis le début de la pandémie de COVID-19. En date de mardi, elle ne comptait que 523 cas confirmés, huit décès et aucune hospitalisation. Comme 514 personnes sont maintenant rétablies, il ne resterait donc plus qu’un cas (confirmé) encore actif. Le Soleil a fait le point mardi avec la directrice de la santé publique de Chaudière-Appalaches, la Dre Liliana Romero.

Sur les 214 milieux d’hébergement pour aînés situés sur le territoire du CISSS de Chaudière-Appalaches (29 CHSLD publics, cinq CHSLD privés conventionnés et 180 résidences privées pour aînés (RPA), ressources intermédiaires et résidences de type familial), seulement deux RPA ont été aux prises avec une éclosion, dont une, celle du Manoir de l’Arbre argenté, a été rapidement maîtrisée (après avoir fait quand même un décès parmi les quatre résidents infectés).

L’autre éclosion, survenue au Manoir Liverpool, a été beaucoup plus difficile à gérer. «Ça a duré 100 jours et fait six décès. C’était très malheureux. Mais quand le virus entre dans des ressources comme celle-là, on doit malheureusement s’attendre à des taux de décès élevés», rappelle la Dre Romero.

«Mais on n’a pas eu d’éclosion dans nos [29] CHSLD, et ça, c’est très encourageant», souligne la directrice de la santé publique de Chaudière-Appalaches. Selon elle, une des clés du succès de la région réside dans l’équipe de santé publique, «une équipe très compétente, très réactive, très volontaire, qui a travaillé de longues journées, sept jours sur sept, pour répondre à la crise». 

Autre facteur qui a certainement contribué à limiter les éclosions dans les milieux d’hébergement pour aînés, selon la Dre Liliana Romero : les mesures prises au début de la pandémie pour empêcher les déplacements de personnel d’un établissement à un autre. «On a interdit ces façons de faire-là. Et si on avait une personne qui arrivait d’une autre région, elle devait s’isoler et être dépistée», précise-t-elle. 

«Gestion serrée des cas»

La Dre Romero croit aussi que la présence d’infirmières en soutien à domicile qui sont formées en prévention et contrôle des infections a joué un rôle-clé dans la gestion de la crise sanitaire. 

«Ces équipes de soutien à domicile se déplacent dans les RPA, et c’est grâce à elles qu’on a détecté rapidement les cas. On avait sensibilisé les infirmières à détecter tout de suite n’importe quel symptôme, et dès qu’elles voyaient quelque chose, elles nous alertaient», explique la médecin.

«Dès le début de la crise, on a fait une gestion serrée des cas», résume la Dre Romero, citant notamment l’éclosion survenue à la mi-mars à l’école secondaire Les Etchemins, qui aura finalement été limitée à trois cas isolés de COVID-19. 

La directrice de la santé publique de Chaudière-Appalaches mentionne aussi qu’il y a eu «beaucoup de dépistage dans la région», autour de 500 tests par jour au plus fort de la crise. Actuellement, le CISSS, qui couvre une population de 489 000 personnes, réalise plus ou moins 250 tests par jour, calcule la médecin. Environ 70 % des cas détectés l’ont été dans le secteur de Lévis, le plus densément peuplé de la région. 

Une quinzaine de cas ont également été rapportés en juin chez des travailleurs étrangers à Sainte-Clothilde-de-Beauce. Selon la Dre Romero, «il y avait des travailleurs qui étaient apparemment asymptomatiques et qui ont voyagé pendant la période d’incubation de la maladie» dans un vol nolisé avec plusieurs autres travailleurs étrangers répartis dans différentes régions du Québec. 

«On a contenu ça assez vite […]. On s’est assuré que toutes les mesures étaient vraiment mises en place par l’employeur, que les travailleurs étaient isolés, et on a fait des tests de dépistage. Ça s’est avéré que des travailleurs étaient positifs et n’avaient pas de symptômes. On a alors lancé un cri d’alarme aux autres régions du Québec pour qu’elles vérifient parmi leurs travailleurs étrangers si elles avaient des cas», raconte la Dre Romero.

Système de vigie automatisé

En prévision du retour en classe, à l’automne, la Direction de santé publique de Chaudière-Appalaches travaille à la mise en place d’un système de vigie automatisé. 

«Les écoles primaires, les écoles secondaires et les services de garde vont nous déclarer les absences, et on va tout de suite intervenir. On va appeler, évaluer les symptômes et faire passer au besoin un test de dépistage pour essayer de limiter les dégâts», détaille la Dre Romero, qui se réjouit par ailleurs du fait que la santé publique de Chaudière-Appalaches a désormais «automatisé ses processus» de gestion des cas de COVID-19. «On ne fonctionne plus avec des fax, comme on le faisait avant la crise», dit-elle.

Selon la Dre Liliana Romero, le défi de la santé publique en vue d’une éventuelle deuxième vague de COVID-19 reste les ressources humaines. «On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Il faudrait plus d’infirmières formées pour faire des enquêtes épidémiologiques, et plus de professionnelles pour faire du dépistage», signale la spécialiste.