Faire un «masque maison» vraiment efficace n’est pas impossible, mais c’est loin d’être simple…
Faire un «masque maison» vraiment efficace n’est pas impossible, mais c’est loin d’être simple…

Pas simple, de faire un vrai bon masque...

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Le coton ou polyester? Les filtres à café, est-ce que ça «marche»? Un coup parti, pourquoi ne pas essayer les filtres d’aspirateur? L’Institut de recherche en santé et sécurité au travail (IRSST) a testé toute une série de matériaux d’usage courant (et moins courant) ces dernières semaines, avec une conclusion un brin décourageante : faire un «masque maison» vraiment efficace n’est pas impossible, mais c’est loin d’être simple…

«C’est un des grands enseignements de l’avis : il y a peu de matériaux que M. et Mme Tout-le-Monde vont pouvoir trouver chez eux pour faire des masques de bonne qualité, dit Loïc Wingert, chercheur à l’IRSST et auteur principal de l’étude. Ce n’est pas une bonne nouvelle mais, en même temps, c’est presque normal. S’il avait suffi de prendre un peu de coton pour faire de bons masques, 3M et les autres compagnies n’auraient pas eu besoin de faire autant de recherche pour produire des N95 ou des masques de qualité chirurgicale.

«C’est un point important à faire passer, je pense, pour ne pas que les gens aient un faux sentiment de sécurité, pour qu’ils sachent que ce n’est pas suffisant de se mettre une ou deux couches de coton devant la bouche», poursuit-il.

Essentiellement, M. Wingert, et ses collègues ont testé trois caractéristiques des tissus. Ils ont examiné la filtration, soit la proportion des particules fines qui est retenue; un textile était jugé bon s’il en capturait 60 %, «acceptable» s’il en filtrait entre 40 et 60 %, et inadéquat sous ce seuil. Ils ont aussi poussé des bourrasques d’air comprimé à travers (tests de «pulvérisation») pour voir si les matériaux laissaient s’échapper des gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement. Et ils ont mesuré la «respirabilité», soit l’effort supplémentaire que les poumons doivent faire pour respirer à travers un masque.

Presque tous les matériaux testés ont passé le test de la respirabilité, la plupart haut la main d’ailleurs, mais les deux autres se sont avérés une autre paire de manches, du moins pour les matériaux les plus facilement accessibles. Que ce soit les draps, par exemple, les lingettes (et toute une série a été testée), la feutrine, la laine mérinos, le polar, le coton tissé à 200 ou 600 fils au pouce ou les filtres à café, les fibres présentes dans le quotidien de M. et Mme Tout-le-Monde ne font pas de très bons masques. La quasi totalité a échoué soit au test de filtration, soit à la pulvérisation — souvent aux deux, d’ailleurs — et il n’est pas très utile de bien filtrer les particules si c’est pour pulvériser des gouttelettes infectées à la moindre toux.

Cependant, certains ont montré un potentiel intéressant pour l’un ou pour l’autre. Le polar, par exemple, n’est pas un bon filtre, mais empêche bien la pulvérisation des gouttelettes. À l’inverse, quelques rares modèles de lingettes retiennent bien les particules (pour peu qu’on en mette suffisamment de couches), mais pas les gouttelettes. On peut donc imaginer qu’un masque ayant du polar comme couche extérieure et quelques épaisseurs de lingette à l’intérieur pourrait faire un masque efficace — encore que un peu chaud pour l’été, mais c’est une autre question. D’autres combinaisons sont également possibles (tous les détails et les noms de modèles testés sont disponibles dans le rapport de l’IRSST).

Une autre avenue envisageable, dit M. Wingert, est de se faire une enveloppe lavable en tissu dans laquelle on placerait une couche filtrante (lavable ou remplaçable). À cet égard, l’IRSST a obtenu de bons résultats — tant en filtration qu’en pulvérisation — pour quelques matériaux qui peuvent être assez facilement disponibles au grand public, comme certains sacs d’aspirateur, de même que des filtres à air et certaines feuilles d’absorbant. Mais encore ici, il faut noter que la performance varie beaucoup d’un modèle à l’autre et certains matériaux ont besoin de plus d’une épaisseur pour passer les tests de l’IRSST.

«Alors se faire un bon masque maison, c’est faisable, dit M. Wingert. Quelqu’un qui va bien se renseigner et lire notre avis dans le détail pourra le faire. Mais ça reste un peu technique et ça demande de l’attention dans le développement.»

«Mais même un masque de qualité ne remplace pas les autres mesures, comme la distanciation, la bonne façon de mettre et retirer le masque, etc.», précise-t-il.

Notons que l’IRSST va continuer ses tests au cours des prochaines semaines et prévoit mettre à jour les informations sur son site, lorsque de nouveaux résultats seront disponibles.