Dimanche, le gouvernement Legault et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ont indiqué que les écoles seront fermées au moins jusqu’au 4 mai. Les épreuves ministérielles sont aussi abandonnées.

Pas le moment de décrocher

CHRONIQUE / Qu’importe la pandémie, qu’importe l’abandon des examens du ministère de l’Éducation, ce n’est pas le moment de mettre les cerveaux des enfants sur pause jusqu’en septembre et d’abandonner la lutte contre le décrochage scolaire.

Pour ce faire, des directions d’écoles privées et publiques sont prêtes à travailler ensemble et à partager leurs outils pour activer les méninges des jeunes à distance. À situation de crise exceptionnelle, collaboration exceptionnelle. 

C’est rare un front commun des directions d’écoles publiques et privées. Elles sont habituellement concurrentes et s’arrachent la clientèle ainsi que le financement.

En ce temps de crise du coronavirus et de fermeture d’écoles, l’Association québécoise du personnel de direction des écoles, la Fédération québécoise des directions d’établissement, la Fédération des établissements d’enseignement privé et l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires unissent leur voix pour demander au ministre de l’Éducation de ne pas annuler l’année scolaire. Un choix qu’a fait l’Alberta la semaine dernière.

Selon elles, les petits Québécois du primaire et du secondaire auraient trop à perdre à rester passifs pendant cinq mois et à ne pas consolider leurs apprentissages. 

Il y a mieux à faire que de «passer deux mois sur le divan à jouer à Fortnite», explique Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de directions des écoles. 

Président de la Fédération des établissements d’enseignement privé, David Bowles se défend pour sa part de vouloir submerger les écoliers de travaux scolaires de 9 à 5, et d’accaparer davantage les parents qui doivent plus que jamais concilier famille et travail à la maison.

Selon les deux hommes, il est cependant important que des actions soient prises et que du matériel soit disponible, tant pour les élèves du public que ceux du privé. 

Dans une lettre transmise au ministre de l’Éducation, eux et leurs confrères font valoir que «toutes les études démontrent qu’une longue période d’inactivité scolaire a un impact négatif sur la réussite des élèves, particulièrement celle des élèves en difficulté». D’où l’importance que les deux réseaux se mobilisent et partagent leurs idées, leur matériel et leur savoir-faire pour joindre et accompagner les jeunes et leurs parents, dit M. Ouellet.

«Il y a du bon dans les deux réseaux», ajoute M. Bowles.

La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement du Québec, Josée Scalabrini, est d’accord pour qu’on ne mette pas le cerveau des enfants à «off». Elle signale toutefois qu’il faut être conscient des obstacles et des diverses réalités des enfants et des parents. Il y a des centaines de foyers sans accès Internet, sans ordinateur et parfois sans parents outillés pour aider ou encourager l’enfant. 

La dirigeante syndicale précise également que ses membres ne veulent pas être payés à ne rien faire à la maison. «Les enseignants sont au rendez-vous». La Fédération réclame cependant des conditions claires qui seront les mêmes pour tous les enseignants et qui leur permettront à eux aussi de concilier travail et obligations familiales, notamment en ayant accès à des services de garde.

Dimanche, le gouvernement Legault et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ont indiqué que les écoles seront fermées au moins jusqu’au 4 mai. Les épreuves ministérielles sont aussi abandonnées. 

Le ministre promet que dès le 30 mars, les parents et les élèves auront accès progressivement à des vidéos et à des activités pédagogiques par l’entremise de Télé-Québec, du Web, d’outils numériques ou la bonne vieille poste. Rien ne sera toutefois obligatoire. 

D’un point de vue personnel, David Bowles aurait aimé que le ministre recommande fortement les activités à distance. Il reconnaît cependant qu’il serait difficile de faire un suivi du travail réalisé à la maison. 

Mme Scalabrini croit que le ministre a pris la bonne approche. Ce n’est pas le moment, selon elle, d’ajouter au fardeau des familles frappées par la maladie ou la perte d’un emploi. 

Les enfants qui éprouvent des difficultés devraient aussi profiter d’un soutien particulier de la part du ministère de l’Éducation. 

Au privé, 18 % des élèves ont des plans d’intervention. La proportion est encore plus élevée dans les écoles publiques qui doivent accueillir tous les enfants. 

«Ce sont les plus vulnérables», insiste M. Ouellet. Tant au public qu’au privé, il estime de plus qu’ils devraient avoir le soutien de professionnels dès maintenant. 

Pour la prochaine rentrée, les directions scolaires demandent à Québec de prévoir déjà des fonds accrus pour répondre aux besoins des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. 

«Il y avait déjà crise en éducation avant la crise du coronavirus», rappelle pour sa part Josée  Scalabrini. 

Une très longue période hors de l’école et sans soutien n’arrangera pas les choses.