Gilles Kègle poursuivra ses visites auprès des quelque 200 personnes malades, la majorité sans famille, qui dépendent de ses services. «Si je n’y vais pas, il n’y aucun plan B pour ces personnes», explique-t-il.
Gilles Kègle poursuivra ses visites auprès des quelque 200 personnes malades, la majorité sans famille, qui dépendent de ses services. «Si je n’y vais pas, il n’y aucun plan B pour ces personnes», explique-t-il.

Pas de confinement pour Gilles Kègle

À 77 ans, malgré la COVID-19 et les risques qui y sont associés, Gilles Kègle poursuit tant bien que mal sa mission auprès des personnes démunies et isolées. Sans quoi aucun soin ni nourriture ne leur seraient fournis.

Depuis le début de la crise, les organismes communautaires ont mainte fois répété que plusieurs bénévoles âgés de 70 et plus ont déserté les services à cause de la crainte légitime d’être atteint de la maladie à coronavirus. La Fondation Gilles Kègle en est un bon exemple.

«J’ai perdu neuf bénévoles. Je les comprends. Je leur dis : “Merci” d’avoir été là pendant toutes ces années-là», lance celui qui a donné son nom à l’œuvre fondée il y a maintenant 33 ans.

L’infirmier de la rue, comme plusieurs l’appellent, doit lui-même ralentir. Mais il ne s’arrêtera pas. Gilles Kègle poursuivra ses visites auprès des quelque 200 personnes malades, la majorité sans famille, qui dépendent de ses services.

«Je dois freiner un peu. Je prends mille précautions», souligne-t-il, sachant qu’il se met à risque en fréquentant une clientèle qui vit dans des conditions parfois insalubres.

«Je demande aux bénévoles d’en faire plus. Mais il y a des personnes qu’il faut visiter, quatre, cinq ou six fois par jour. Moi, je fais les urgences. J’en ai un qui est amputé des deux jambes. Je l’ai trouvé trois fois tombé par terre. Il y en a un qui a de l’insuffisance cardiaque et l’autre qui est Alzheimer. Si je n’y vais pas, il n’y aucun plan B pour ces personnes», explique M. Kègle, qui porte un implacable constat. «Ce sont les gens les plus démunis qui sont les plus touchés.»

Il donne en exemple cette personne handicapée qui ne peut plus aller à la «soupe populaire» parce que son cas est considéré comme «trop lourd». Elle s’est fait conseiller de demeurer à la maison. Sans la Fondation, elle n’aurait pas de repas.

«Je reçois beaucoup d’appels. J’en fais moi-même une trentaine par jour. Je sens une détresse plus grande. Les gens voient plus loin que ce qui se passe actuellement. Ils ont peur de manquer de nourriture. Ils ont peur de se faire abandonner», témoigne-t-il.

Parmi les précautions prises, il ne se rend plus à l’épicerie. Il évite aussi les discussions dans la rue et respecte la distance recommandée de deux mètres avec les personnes rencontrées entre sa fondation et les lieux de visite.

Cri du cœur et spiritualité

Entre deux visites, l’homme prie. «J’invite les gens à le faire. Je veux que vous le disiez», insiste M. Kègle, qui se désigne comme «le missionnaire de la paix». Il est croyant. Certains l’appellent même «la mère Theresa de Saint-Roch». Il garde la foi à ce qu’une plus grande spiritualité aiderait la population à passer au travers cette crise économique et sociale.

«Aidez-nous à vous aider. Restez chez vous.» C’est le message qu’il veut aussi lancer aux personnes âgées comme aux plus jeunes qui ne respectent pas le confinement exigé par l’État pour éviter la propagation du virus.

«Je vais dans des HLM. Ce qui est déplorable, c’est que je dois faire beaucoup de prévention. Certains pensent que c’est un complot pour faire tomber l’économie. Je vois des prostitués rendre des services aux personnes âgées. Je veux éviter surtout de nouvelles éclosions dans des milieux comme les HLM. C’est à surveiller», prévient-il.