Une centaine d’enfants et d’adolescents seront contactés à trois reprises d’ici la rentrée des classes en septembre.
Une centaine d’enfants et d’adolescents seront contactés à trois reprises d’ici la rentrée des classes en septembre.

Pandémie: des chercheures de l’UQO documentent l’avis des enfants

On entend beaucoup les scientifiques et les politiciens depuis le début de la crise de la COVID-19. La voix des professionnels de la santé et des préposés aux bénéficiaires porte comme rarement auparavant. Les gens d’affaires pour qui les efforts de toute une vie sont mis à risque sont mis sous les projecteurs. Les parents qui font du télétravail tout en faisant l’école à la maison occupent une place importante dans l’actualité. Qui a cependant entendu les enfants et les adolescents? Leur avis sur la situation actuelle est pratiquement absent du discours public.

Une équipe de chercheures en travail social de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) a décidé de s’intéresser à l’expérience des jeunes de 7 à 17 ans pendant cette période de pandémie. Une centaine d’enfants et d’adolescents seront contactés, à trois reprises d’ici la rentrée des classes en septembre, par les professeures Christine Gervais, Isabel Côté, Vicky Lafantaisie et Francine de Montigny.

«On est dans une période d’incertitude et ça cause de l’anxiété, souligne Mme Côté. Ce qu’on veut vérifier avec les jeunes, c’est comment croient-ils que ça va se terminer. On leur demande comment ils voient les prochains mois. À quoi s’attendent-ils pour la rentrée en septembre. On veut explorer les conséquences positives et négatives des mesures de distanciation sociale pendant la crise. L’idée c’est de voir comment l’enfant ou l’adolescent se projette dans l’avenir maintenant et de le recontacter pour revenir sur ses projections et ses appréhensions et voir comment tout ça s’est matérialisé ou pas.»

Les entrevues avec les jeunes se font toutes par visioconférence. L’ensemble de l’échantillon doit avoir été contacté d’ici les prochains jours, avant le retour en classe. Une deuxième entrevue sera réalisée à la fin de l’année scolaire, en juin, et une troisième aura lieu en septembre. Les parents des enfants devront pour leur part remplir un questionnaire sur la santé et le fonctionnement de leur enfant. La recherche doit permettre d’élaborer des recommandations qui pourraient permettre à la Santé publique d’adapter ses mesures et ses messages pour les jeunes.

Les ados en colère

Une première tendance qui semble déjà sauter aux yeux des chercheurs de l’UQO c’est le sentiment de colère qui habite de très nombreux adolescents contactés. «Ils se sentent comme les grands oubliés de cette crise et ça génère beaucoup de colère chez eux, explique Mme Côté. Ils se sentent mis de côté, ignorés et pas entendus, alors que tout ce qui se passe a des impacts très importants sur eux aussi.»

Le sentiment de colère  habite de très nombreux adolescents confinés.

Évidemment, le parent demeure la meilleure personne pour prendre des décisions pour son enfant, mais plus ce dernier vieillit, plus le parent doit justifier ses décisions. «La question du retour à l’école est importante, note Mme Côté. Le gouvernement laisse le choix aux parents de décider et c’est correct, mais ça met le parent dans une position où il doit annoncer une décision. Si l’enfant est d’accord, ça va bien. Mais dans le cas contraire, ça peut vouloir dire beaucoup d’explications et de négociation. C’est une situation qui peut amplifier la détresse parentale et entraîner son lot de chicane à la maison.»

Une attention particulière sera aussi apportée à ces jeunes gatinois qui ont peut-être aussi vécu des inondations en 2017 et en 2019, ou encore dont la vie a été chamboulée par la tornade de septembre 2018 dans le Mont-Bleu. «Il faut écouter ces enfants parce qu’en termes de facteurs de risques et de vulnérabilité préalable, il y a des choses à documenter», précise Mme Côté.