Ottawa offre 14 milliards $ aux provinces, mais à certaines conditions [VIDÉO]

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — Québec ne veut pas des conditions attachées aux 14 milliards $ qu'Ottawa offre aux provinces pour faciliter la reprise des activités maintenant que la première vague de la pandémie semble passée. 

«J'ai été très, très clair que oui, on veut notre part du 14 milliards $, mais on ne veut pas des conditions», a déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, relatant les propos qu'il a tenus lors de l'appel téléphonique des premiers ministres jeudi soir.

«J'ai cru comprendre que je n'étais pas le seul. La plupart des autres premiers ministres des provinces pensent la même chose», a poursuivi M. Legault, lors d'un point de presse à Orford, vendredi après-midi.

En avant-midi, Justin Trudeau avait présenté cette aide aux provinces comme nécessaire «pour relancer le pays de manière sûre et sensée».

«C'est de l'argent qui va être utilisé pour acheter de l'équipement de protection individuelle pour les travailleurs, y compris ceux qui travaillent dans le milieu de la santé. Ce seront des fonds pour payer le service de garde, pour offrir plus de financement aux municipalités, pour payer des congés de maladie et pour soutenir les plus vulnérables, comme les aînés qui vivent dans les CHSLD», a détaillé le premier ministre Trudeau à sa sortie habituelle, devant sa résidence officielle.

Et comme la situation est différente d'une province à l'autre, ce «plan» qu'il continue de négocier avec les provinces en tiendra compte, a-t-il promis.

«À travers le pays, les Canadiens doivent avoir les mêmes outils, la même confiance pour faire face à une potentielle deuxième vague, pour pouvoir réussir à rouvrir l'économie», a-t-il dit pour justifier la nécessité de «transferts ciblés».

M. Legault veut que l'argent soit réparti non pas en fonction de la population, mais selon les coûts engendrés par la COVID-19. Le Québec compte à lui seul plus de la moitié des cas du pays. «On devrait avoir plus que les 23 % que représente notre population», a argué le premier ministre québécois.

En rejetant toute idée de conditions imposées par le fédéral, M. Legault s'en est aussi pris aux 10 jours de congé de maladie auxquels auraient droit tous les travailleurs.

«M. Trudeau est en train de parler d'imposer un 10 jours de vacances aux entreprises. (...) Ça semble être dans les conditions de M. Trudeau», s'est-il plaint.

L'Ontario veut plus d'argent

De l'avis du premier ministre ontarien, l'offre du gouvernement fédéral n'est pas assez généreuse. «Le besoin en Ontario est énorme», a déclaré Doug Ford à sa sortie devant la presse, à Toronto. Ce besoin, il le chiffre à 23 milliards $.

«14 milliards $ pour tout le pays est un bon début (...) mais ça ne réglera pas le problème, ça ne suffira pas», a-t-il lancé.

M. Ford n'est pas non plus très ouvert à l'idée des 10 jours de congé de maladie. Selon lui, tous ses homologues provinciaux, à part la Colombie-Britannique, pensent de même.

La proposition vient des néo-démocrates, à Victoria et à Ottawa, qui croient que des congés de maladie payés éviteraient une propagation du virus, les travailleurs malades restant chez eux.

«Il y a bien d'autres domaines où il y a des priorités bien plus importantes que cela», a déclaré le premier ministre ontarien, citant les centres de soins de longue durée et les besoins des municipalités.

Querelle fédérale-provinciale à l'horizon?

La vice-première ministre Chrystia Freeland et son collègue président du Conseil du trésor Jean-Yves Duclos assurent qu'on n'assistera pas à une querelle de compétences entre Ottawa et les provinces. Cette assurance, ils l'ont offerte avant que MM. Ford et Legault ne réagissent publiquement à l'annonce d'Ottawa.

«Nous comprenons que ces choses sont dans les juridictions provinciales, mais je dois dire (...) que quand je parle avec les Canadiens, pour les Canadiens, la chose importante, ce n'est pas quelle est la juridiction», a argué Mme Freeland.

«14 milliards $, c'est une grande contribution», a-t-elle aussi souligné.

«Sur la question de congés de maladie, le premier ministre Legault a indiqué clairement que la pression financière serait importante si cela était mis de l'avant seulement par le gouvernement du Québec», a fait valoir le ministre Duclos.

Mme Freeland a refusé de dire quelle partie de ces milliards de dollars ira aux villes, élément qui reste à négocier avec les provinces. Elle a cependant cité l'aide aux municipalités comme l'un des «buts principaux de cette initiative fédérale».

Un chèque pour les personnes handicapées

Le gouvernement fédéral versera un paiement unique de 600 $ aux personnes vivant avec un handicap. Cette aide sera de 300 $ pour les personnes âgées qui reçoivent déjà la sécurité de vieillesse et de 100 $ pour celles qui ont également droit au supplément de revenu garanti (SRG).

Les personnes âgées vont déjà recevoir un paiement unique, le 6 juillet, qui s'élèvera à 300 $ ou à 500 $ pour celles qui ont droit au SRG.

Un engagement

Justin Trudeau s'est engagé à rendre public le montant d'argent que le Parti libéral du Canada aura obtenu grâce à la subvention salariale mise sur pied par son gouvernement pour aider les employeurs en temps de pandémie.

«Je m'assurerai que le Parti libéral partage ces informations», a promis M. Trudeau. Depuis plusieurs jours, le Bloc québécois reproche au PLC de profiter de cette subvention, Yves-François Blanchet y voyant un financement «illégal».

Les néo-démocrates qui utilisent aussi cet argent ont promis de publier le montant exact qu'ils recevront. Les conservateurs, eux, rembourseront les sommes qu'ils auront reçues si leur prochain chef est Peter McKay ou Erin O'Toole; les deux candidats en tête dans la course au leadership du Parti conservateur du Canada ont promis de le faire.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 1 787 000 tests administrés au Canada depuis le début de la pandémie. Environ 5 % d'entre eux ont détecté la maladie. On fait passer, en moyenne, 29 000 tests par jour.

Jusqu'à maintenant, on a recensé 94 335 cas confirmés ou probables dans l'ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 7703 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 

  • 52 398 cas au Québec, dont 4935 décès
  • 29 747 cas en Ontario, dont 2372 décès
  • 7098 cas en Alberta, dont 146 décès
  • 2632 cas en Colombie-Britannique, dont 167 décès
  • 1058 cas en Nouvelle-Écosse, dont 61 décès
  • 649 cas en Saskatchewan, dont 11 décès
  • 300 cas au Manitoba, dont sept décès
  • 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès
  • 136 cas au Nouveau-Brunswick, dont un décès
  • 27 cas à l'Île-du-Prince-Édouard, tous guéris
  • 11 cas au Yukon, tous guéris
  • cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris
  • aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s'ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.