Neuf jours pour un résultat de test... positif

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Neuf jours. C’est le temps qu’Olivier* a attendu avant de savoir que le résultat de son test de dépistage pour la COVID-19 était positif. Pendant ces neuf jours, son frère et sa sœur ont continué de fréquenter leurs écoles respectives, leur mise en isolement n’ayant pas été recommandée. «Probablement que s’ils l’ont attrapée, bien il est trop tard, ils auront peut-être contaminé leur classe», s’inquiète leur mère, Isabelle*.

La famille d’Isabelle a appris le samedi 19 septembre qu’un cas positif avait été signalé dans la classe d’Olivier, qui fréquente le Collège Saint-Charles-Garnier, un établissement d’enseignement secondaire privé de Québec actuellement en éclosion. Olivier est dès lors devenu un contact à risque modéré : isolement pendant deux semaines, test de dépistage recommandé, ce qu’il a subi le lendemain, dimanche.

Le lundi, Olivier a commencé à avoir des symptômes, qui ne dureront finalement que deux jours. Après cinq jours, comme elle n’avait toujours pas le résultat du test de son fils, Isabelle a téléphoné et écrit au numéro et à l’adresse courriel transmis par le CIUSSS. 

Ce n’est que mardi qu’Isabelle a appris que le résultat était positif, soit neuf jours après le test de dépistage. «C’est quelqu’un de la ligne info COVID qui a appelé pour nous le dire parce que je n’ai encore parlé à personne de la Santé publique», précise Isabelle, selon qui la personne au bout du 1 877 644-4545 lui aurait mentionné qu’elle appelait «pour aider la Santé publique parce qu’elle est débordée».

Dès qu’ils ont eu le résultat du test de leur fils, Isabelle et son conjoint sont allés chercher leurs deux autres enfants, qui fréquentent deux écoles différentes. 

«Hier soir [mardi], j’ai rappelé pour demander si ça valait la peine que les quatre autres membres de la famille aillent passer un test neuf jours plus tard, mais la personne n’a pas été capable de me répondre. Je lui ai demandé jusqu’à quand on devait rester en isolement, elle m’a répondu que l’isolement de 10 jours de mon fils se terminait aujourd’hui [mercredi], et que normalement, le nôtre finirait en même temps. Elle m’a quand même transférée à une ligne support niveau 2, mais après trois heures à attendre de parler à quelqu’un, j’ai fini par raccrocher», relate Isabelle, qui attendait encore le coup de fil de la Santé publique lorsque nous lui avons parlé, mercredi midi.

Si le résultat était arrivé rapidement, Isabelle aurait isolé plus vite ses deux autres enfants et réduit ainsi le risque qu’ils aient pu transmettre à leur tour le virus dans leurs classes respectives, souligne-t-elle. 

«La semaine dernière, le ministre [Christian] Dubé nous disait qu’on n’était pas invincible à Québec. Nous, on les respecte les mesures, on reste chez nous, on travaille de chez nous… Mais est-ce que c’est vraiment ça, le problème?» demande la mère de famille.

En milieu d’après-midi, mercredi, Isabelle nous a recontactés pour nous annoncer qu’elle avait enfin eu des nouvelles de la Santé publique, que les quatre autres membres de la famille n’avaient pas à passer des tests de dépistage mais que leur isolement devait se prolonger 14 jours, soit jusqu’au 15 octobre. «J’avoue, j’en perds mon latin», nous a-t-elle écrit.

Vérification faite auprès de l’INSPQ, c’est effectivement 14 jours qu’un contact à risque modéré ou élevé d’un cas positif doit s’isoler (alors que la personne positive doit s’isoler 10 jours à partir du début des symptômes, ou du résultat du test si elle n’a pas de symptômes). 

«Il faut compter 14 jours à partir du dernier contact significatif avec la personne positive parce que ça peut prendre jusqu’à 14 jours avant de développer» la maladie, explique la Dre Chantal Sauvageau, de la Direction des risques biologiques et de la santé au travail à l’INSPQ. 

Et il est normal que les autres membres de la famille d’Olivier aient pu continuer de vaquer à leurs occupations en attendant le résultat du test de dépistage? 

«Le risque zéro n’existe pas, c’est une balance de risques. […] Si les contacts des contacts des cas positifs peuvent continuer de vaquer à leurs occupations, c’est que [si on les mettait eux aussi en isolement], ça paralyserait tout le monde tout le temps», alors que le risque pour eux est considéré «très faible», explique la Dre Sauvageau. 

«Même pour les contacts à risque élevé d’un cas positif, par exemple si on habite dans la même maison, c’est environ 20 % des gens de la maison qui vont contracter la COVID à leur tour, selon les données qu’on a», indique la médecin, qui convient par ailleurs qu’un résultat positif transmis tardivement, «ce n’est pas optimal du point de vue de l’intervention de santé publique». 

Neuf jours pour un résultat positif?

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on assure que dès que le résultat, positif ou négatif, arrive à la Santé publique, la personne est contactée rapidement, souvent la journée même. 

Dans le cas d’Olivier, le problème se situerait donc plutôt du côté du CHU de Québec, responsable des analyses des tests en laboratoire. 

«Nous avons des délais de moins de 72h dans 97 % des demandes d’analyse de test COVID pour nos laboratoires. Dans certains cas, avec des niveaux de priorité moins élevés, nous constatons des délais supérieurs à 72h. Nous avons eu à traiter un grand volume au cours des dernières semaines et les analyses de niveau élevé (travailleurs de la santé, patients, personnes symptomatiques) ont d’abord été priorisées», explique un porte-parole du CHU de Québec, Bryan Gélinas.

*Prénoms fictifs