Des personnes dansent en cette première journée de déconfinement, près de la rivière Moscou.
Des personnes dansent en cette première journée de déconfinement, près de la rivière Moscou.

Moscou revit, l’Europe veut se préparer à la prochaine pandémie

AFP
Agence France-Presse
MOSCOU — Après New York, Moscou a entamé mardi son déconfinement, mais en Europe, plusieurs dirigeants dont Angela Merkel et Emmanuel Macron veulent déjà se préparer à la prochaine pandémie et demandent à l’UE de tirer les leçons des insuffisances face à la COVID-19.

Sous un soleil radieux, les embouteillages étaient de retour dans les rues de la capitale russe pour la première fois depuis fin mars.

«Il fait beau et il y a beaucoup de gens dans la rue. C’est une belle journée», sourit Olga Ivanova, une responsable marketing de 33 ans.

Le port du masque dans la rue, auquel s’ajoutent les gants dans les lieux fermés et les transports, restent toutefois obligatoires dans la ville de douze millions d’habitants, épicentre de l’épidémie dans le pays avec près de la moitié du nombre de morts, même si le nombre de contaminations détectées quotidiennement y a chuté, passant de quelque 6000 début mai à 1572 ce mardi.

Le pays reste à la troisième place mondiale en nombre de contaminations (485 253 cas, dont 6142 morts).

Moscou grouillait de monde mardi.
Des gens prennent un bain de soleil dans un parc de Moscou.

«Futures pandémies» 

Alors que l’assouplissement des restrictions est à l’ordre du jour à travers le monde, plusieurs dirigeants européens, estimant que l’Union européenne n’avait pas été à la hauteur face à la COVID-19, ont demandé mardi à l’UE que soient étudiés les moyens de mieux se préparer à la prochaine pandémie.

La réponse chaotique face au nouveau coronavirus, qui a officiellement fait 184 256 dans l’UE, a «soulevé des questions» sur le niveau de préparation, et souligné le besoin d’une approche à l’échelle de l’Europe, singulièrement alors qu’il est question d’une deuxième vague de la pandémie, analysent-ils dans une lettre à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui accompagne un document d’orientation.

La lettre est signée par le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le Polonais Mateusz Morawiecki, l’Espagnol Pedro Sanchez, la Belge Sophie Wilmes et la Danoise Mette Frederiksen.

La veille, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait lancé une mise en garde depuis Genève : «bien que la situation en Europe s’améliore, dans le monde elle s’aggrave». Le nombre de morts s’élevait à plus de 407 000 morts mardi à 16h.

Quelque 75 % des nouveaux cas enregistrés dimanche, journée record avec 136 000 nouveaux cas, l’ont été dans 10 pays, principalement sur le continent américain et en Asie du sud.

Le Pérou, deuxième pays le plus touché d’Amérique latine, a franchi mardi la barre des 200 000 infections déclarées (5738 décès).

Pour M. Tedros, dans les pays où la situation s’améliore, «la plus grande menace est désormais le laisser-aller».

«Affamés» 

L’ONU s’inquiète également des conséquences de la pandémie : son secrétaire général Antonio Guterres a mis en garde contre une «crise alimentaire mondiale» aux répercussions à long terme.

«Nos systèmes alimentaires ne fonctionnent plus et la pandémie de la COVID-19 aggrave la situation», estime-t-il mardi, en rappelant qu’aujourd’hui «plus de 820 millions de personnes ne mangent pas à leur faim».

Selon Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Corée du Nord, «de plus en plus de familles ne mangent que deux fois par jour, ou ne mangent que du maïs, et certains sont affamés».

Pour tenter de juguler les effets potentiellement désastreux de la crise sanitaire pour l’économie, le gouvernement français a dévoilé mardi un plan de soutien à la filière aéronautique, représentant «un effort total de 15 milliards d’euros», dont 1,5 milliard consacré à la recherche vers un avion neutre en carbone en 2035.

Dans le monde, les compagnies aériennes pourraient subir plus de 84 milliards de dollars de pertes en 2020, et plus de 15 milliards encore en 2021, a estimé mardi l’Association internationale du transport aérien (Iata).

En Afrique, le président du Niger Mahamadou Issoufou, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a jugé qu’une «annulation de la dette» des pays les plus fragiles «ne suffira pas» à compenser les conséquences de la pandémie sur le continent.

À Paris, la tour Eiffel rouvrira le 25 juin avec port du masque obligatoire et montée uniquement pas les escaliers, avec un nombre de visiteurs limité.

Tour Eiffel par les escaliers 

En Europe, le déconfinement se poursuit. À Paris, la tour Eiffel rouvrira le 25 juin avec port du masque obligatoire et montée uniquement pas les escaliers, avec un nombre de visiteurs limité.

En Espagne, qui a enregistré plus de 27 000 décès, le Championnat de soccer reprend mercredi, après trois mois d’interruption. Le masque restera néanmoins obligatoire sous peine d’amende une fois le déconfinement achevé.

Les îles Baléares, lieu de villégiature prisé des Allemands, leur sera à nouveau accessible à partir du 15 juin, soit deux semaines avant l’ouverture des frontières espagnoles aux touristes étrangers.

Le Maroc a lui annoncé mardi un assouplissement des mesures progressif des mesures de confinement dès jeudi et en Turquie, seniors et jeunes peuvent à nouveau remettre le nez dehors, mais sous conditions.

L’Amérique latine, où la progression de la pandémie reste inquiétante, se déconfine aussi.

Au Brésil, troisième pays le plus endeuillé au monde après les États-Unis et le Royaume-Uni avec plus de 37 000 morts, le gouverneur de Rio de Janeiro a annoncé l’assouplissement des restrictions.

Les chiffres sur les morts et les cas de contamination du coronavirus sont depuis plusieurs jours diffusés dans la confusion la plus totale par le gouvernement du président Jair Bolsonaro, accusé de vouloir «étouffer les données».

Au Royaume-Uni, le déconfinement se fait au compte-gouttes. Toute personne arrivant dans le pays de l’étranger doit observer une quarantaine de 14 jours, une mesure à l’efficacité contestée qui affole les secteurs aérien et du tourisme.

Le bilan des morts s’élève officiellement à 40 993 personnes, mais si on y ajoute également les morts pour lesquelles la COVID-19 est suspecté et non pas la cause avérée, ce chiffre s’élève à presque 50 000, a indiqué mardi le Bureau national des statistiques.

Dès août 2019?

Lundi, New York était sortie de sa léthargie en vigueur depuis le 22 mars. La capitale économique américaine a amorcé une réouverture très progressive, limitée dans une première phase à la construction et au secteur manufacturier.

D’ici 15 jours, les autorités espèrent passer à une deuxième étape qui permettra de manger en terrasse ou de retourner chez le coiffeur.

En Chine, d’où la pandémie est partie, les ingrédients issus du pangolin ont été retirés de la liste officielle des produits de la pharmacopée traditionnelle, ont annoncé mardi les médias officiels.

L’animal est soupçonné d’avoir été l’hôte intermédiaire qui aurait permis la transmission du nouveau coronavirus de la chauve-souris à l’espèce humaine.

Selon les résultats d’une étude préliminaire américaine, à en croire le bond dans les recherches Internet des symptômes de la COVID-19 et dans l’affluence dans les hôpitaux de la ville chinoise de Wuhan, la maladie a pu y apparaître dès août 2019.