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«Il est plus important de s’occuper du problème de l’air intérieur dans les milieux où se trouvent actuellement les éclosions (milieux de travail, milieux scolaires et garderies) que de gérer une nouvelle mesure à l’extérieur», juge la professeure de microbiologie à l’Université Laval Caroline Duchaine.
«Il est plus important de s’occuper du problème de l’air intérieur dans les milieux où se trouvent actuellement les éclosions (milieux de travail, milieux scolaires et garderies) que de gérer une nouvelle mesure à l’extérieur», juge la professeure de microbiologie à l’Université Laval Caroline Duchaine.

Mesures sanitaires: taper sur le bon clou

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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Le gouvernement doit mieux cibler ses mesures sanitaires et se concentrer sur les principaux foyers d’éclosion de COVID-19 que sont les milieux de travail, les écoles et les garderies, estiment des spécialistes en microbiologie, qui invitent Québec à s’attaquer sérieusement au dossier de la ventilation.

En entrevue au Soleil juste avant que le gouvernement recule sur le port du masque à l’extérieur, Caroline Duchaine, professeure de microbiologie à l’Université Laval, se disait d’avis que si elle avait «une échelle de priorité à construire», le port du masque à l’extérieur arriverait en dernier. 

La spécialiste des bioaérosols s’assurerait d’abord qu’à l’intérieur, les règles de base sont respectées, dont la distanciation et le port du masque. «On voit encore trop de gens avec le masque sous le nez», dit-elle.

Caroline Duchaine croit également que la ventilation, si elle «ne solutionne pas tout», est «une couche de plus» pour limiter la propagation de la COVID-19, particulièrement dans les milieux où le masque doit être retiré «quand on mange au travail ou au restaurant, par exemple». «Quand les restaurants ont rouvert, j’y suis allée et j’ai constaté qu’il y avait des restaurants où on étouffait, où il n’y avait pas d’air», note-t-elle.

«Il est plus important de s’occuper du problème de l’air intérieur dans les milieux où se trouvent actuellement les éclosions (milieux de travail, milieux scolaires et garderies) que de gérer une nouvelle mesure à l’extérieur», juge la professeure, qui déplore le silence du gouvernement au sujet de la ventilation et de la qualité de l’air dans les milieux de travail et les lieux publics intérieurs.

À l’instar de Caroline Duchaine, le microbiologiste Jean Barbeau, professeur titulaire à la Faculté de médecine dentaire et à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, estime que le gouvernement gagnerait à renforcer les directives existantes et à s’assurer qu’elles soient appliquées plutôt que d’en annoncer de nouvelles.

«On sait que les milieux intérieurs mal ventilés sont les endroits où les risques d’éclosion sont les plus grands. Il faudrait qu’il puisse y avoir des normes. En fait, il en existe déjà des normes en bâtiment quant au nombre de changements d’air, mais il faudrait s’assurer qu’elles soient appliquées», dit le professeur Barbeau, mentionnant au passage qu’une norme qui prévoit six changements d’air à l’heure, par exemple, «ne veut pas dire grand-chose s’il n’y a pas un apport d’air neuf». 

Pas de normes

Jean Barbeau estime qu’il y a «un certain manque» quant à la diffusion de ces informations. Et que là où il n’y a pas de normes, «ce serait peut-être une bonne idée de commencer à en mettre», signale le microbiologiste, qui rappelle que les aérosols s’accumulent si on ne les évacue pas. «Il faut renforcer la notion de bien ventiler tous les locaux où les gens se rassemblent», insiste-t-il.

Selon lui, une norme prévoyant six changements d’air et deux apports d’air neuf à l’heure «ne serait pas quelque chose d’extravagant à appliquer». Et en l’absence d’un système de ventilation (ou de fenêtres) qui permet ça, des systèmes de filtration HEPA peuvent être installés, mentionne Jean Barbeau.

Les médecins et les scientifiques du collectif COVID-STOP ont eux aussi dénoncé dans Le Soleil la semaine dernière l’absence de directives claires intégrant la ventilation et l’apport d’air frais pour les lieux publics intérieurs, notamment les gyms. Les différents guides du gouvernement ne font pas, sinon très peu, référence à cet aspect, notaient-ils. 

Questionné mercredi à savoir si le gouvernement avait l’intention de revoir ses directives et ses messages à la population pour qu’ils tiennent compte davantage de la réalité des aérosols et de l’importance du rôle de la ventilation pour contrer la propagation de la COVID-19, l’attaché de presse du premier ministre François Legault, Ewan Sauves, nous a répondu par courriel que la Régie du bâtiment, la CNESST et le ministère de la Santé déployaient «toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des Québécois qui se trouvent dans des endroits publics».

M. Sauves a ajouté que la responsabilité d’assurer la conformité de la ventilation des lieux incombait à l’employeur et que le gouvernement allait continuer «d’écouter et de suivre les recommandations de la Santé publique». «S’il fallait apporter des modifications, nous attendrons les avis et les recommandations des experts», a-t-il assuré.