L’UTACQ représente 75 services de transport adapté qui recouvrent plus de 800 municipalités québécoises. Au total, près de 40 000 personnes handicapées bénéficient de ces services.
 L’UTACQ représente 75 services de transport adapté qui recouvrent plus de 800 municipalités québécoises. Au total, près de 40 000 personnes handicapées bénéficient de ces services.

L’industrie du transport adapté s’inquiète pour son financement, basé sur l’achalandage

Une baisse de volume de 95 % a été constatée dans les transports adaptés durant le mois d’avril. Marc-André Avoine, président de l’Union des transports adaptés et collectifs du Québec (UTACQ) craint que le financement ne soit pas au rendez-vous cette année, puisque le Programme de subvention au transport adapté (PSTA) établit la contribution du gouvernement en fonction du nombre de déplacements.

«On a perdu 95 % du nombre de déplacements, donc ça devient difficile d’atteindre les seuils fixés par le PSTA», entame M. Avoine. Ce dernier affirme avoir interpellé le ministère des Transports dès le début de la pandémie. «On prévoit un délai de 12 à 24 mois avant que tout revienne à la normale», ajoute-t-il.

D’ici là, le président de l’UTACQ souhaite continuer à maintenir la fréquence des transports adaptés, malgré la baisse drastique de l’achalandage. «L’aide financière du gouvernement s’avère nécessaire pour passer à travers la crise et être fin prêt lorsque ça va reprendre», témoigne-t-il.

Le reste du montage financier pour opérer le service provient des usagers et des municipalités. M. Avoine ne souhaite cependant pas voir ces dernières injecter plus d’argent pour pallier le «désengagement» du gouvernement provincial : «les municipalités ont aussi de gros défis face à la COVID-19.»

«Personne n’a envie qu’on coupe dans ce service»

En attendant la réponse du ministère des Transports, M. Avoine s’inquiète de l’avenir du transport adapté dans la province. «Je ne crois pas que personne n’ait envie qu’on coupe dans ce service, mais c’est sûr qu’il y aura des choix à faire.»

Des usagers du transport adapté ne souhaitent pas non plus la réduction de ce service. C’est notamment le cas de Sylvie Roy, atteinte d’ataxie de Friedrich, une maladie neurodégénérative. La résidante de la Côte-de-Beaupré utilise le transport adapté pour personnes à mobilité réduite environ trois fois par mois : pour se rendre à ses rendez-vous médicaux, faire du magasinage, rencontrer des amis, aller se promener dans le Vieux-Québec, etc. «Ça me permet de sortir de chez moi et de choisir où je veux aller et ce que je veux faire pendant le temps que je suis encore capable.» Mme Roy ne souhaite pas que le service soit réduit ou coupé, car ça lui apporte une certaine autonomie. 


« C’est beaucoup plus le fun de choisir nous-même les choses qu’on veut faire que de demander à quelqu’un de nous faire un lift. »
Sylvie Roy

M. Avoine précise qu’au-delà du transport adapté, c’est aussi un mode de transport collectif. «Depuis des années, on essaie de transporter tout le monde au meilleur coût possible et le plus rapidement possible… mais le paradigme a changé, donc ça demande de l’adaptation pour tout le monde», conclut-il.

Le PSTA vise à soutenir les municipalités afin de leur permettre d’assurer la mobilité des personnes handicapées. «L’aide financière pour 2020 se traduit d’abord par la détermination d’une contribution de base établie en fonction des dépenses d’exploitation et des déplacements réalisés par les personnes admises en 2018», peut-on lire sur le site du ministère des Transports. En 2019, le ministre François Bonnardel confirmait des investissements de 111 millions de $ en transport adapté. Cette enveloppe est destinée aux sociétés de transport en commun et aux autres services en région. L’UTACQ représente aujourd’hui 75 services de transport adapté qui recouvrent plus de 800 municipalités québécoises. Au total, près de 40 000 personnes handicapées bénéficient de ces services.