Nicolas Bédard, directeur du centre L’envolée et président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance.
Nicolas Bédard, directeur du centre L’envolée et président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance.

Les ressources d’hébergement en dépendance sur le respirateur artificiel

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Le soutien financier du gouvernement du Québec aux ressources d’hébergement en dépendance arrive à point nommé. «La plupart de nos ressources connaissent une baisse d’achalandage de 50%», constate Nicolas Bédard, directeur du centre L’Envolée, à Shefford, et président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance.

L’aide d’urgence annoncée jeudi matin est un premier pas dans la bonne direction, et M. Bédard tient à remercier en cela la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Ainsi, 3 millions de dollars seront versés aux ressources communautaires ou privées offrant de l’hébergement en dépendance.

Dans ce secteur de l’aide aux personnes particulièrement vulnérables (itinérance, problèmes de santé mentale, toxicomanie, clientèle sortant des établissements de détention), plusieurs ressources crient famine. «Au Québec, plusieurs ressources ont dû cesser leurs activités [dernièrement], notamment celles qui proposaient des programmes de thérapie de courte durée», explique M. Bédard. 

La baisse de fréquentation des programmes thérapeutiques — généralement de trois à six mois — de ces organismes a une répercussion directe sur leur financement, celui-ci étant conditionnel au nombre de lits occupés.

À L’Envolée, une baisse d’occupation de 30 lits a été observée ces dernières semaines, sur une capacité d’environ 120.

«Cette diminution ne signifie pas qu’il y a moins de besoins, les gens ont autant de problématiques qu’avant la crise, précise M. Bédard. Mais ils refusent d’appeler et de se présenter, de peur d’attraper la COVID, et ce, au péril de leur santé.»

Cependant, on constate depuis peu à L’Envolée que le téléphone se remet à sonner et reçoit de nouvelles demandes d’admission pour ses programmes thérapeutiques. «On sent que les gens ont étiré le moment d’aller en cure, et là ils se rendent à l’évidence que la COVID-19 ne sera pas terminée demain matin, et ils prennent la décision d’aller vers un changement.»

Le directeur de L’Envolée précise que la vingtaine de centres d’hébergement en dépendance ne bénéficiant pas du soutien financier du PSOC offrent ensemble l’équivalent de 1200 lits, sur les 2000 au total disponibles au Québec. 

«Après les annonces gouvernementales de soutien aux étudiants, aux organismes communautaires bénéficiant du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), il était temps que le gouvernement débloque des fonds pour qu’on passe au travers», commente M. Bédard.

Inéquité et disparité de financement parmi les ressources

Selon M. Bédard, les ressources d’hébergement en dépendance bénéficient de sources de financement très peu équitables. 

Sur les 70 ressources au total que compte le Québec, une cinquantaine d’entre elles — les plus petites et les plus fragiles, selon M. Bédard — reçoivent de l’argent gouvernemental du PSOC, qui a d’ailleurs été bonifié de 20 millions de dollars le 15 avril dernier.

«Ces organismes ne sont ni viables ni rentables, mais ils réussissent à survivre grâce au PSOC», assure M. Bédard, dénonçant au passage le fait que certains organismes bénéficient de ce programme de soutien, comme en Montérégie, et d’autres non.

«Il existe des disparités régionales immenses et nous ne sentons pas de volonté des CIUSSS et CISSS de régler le dossier, notamment en Estrie, à Montréal, dans les Laurentides et dans Lanaudière.»

M. Bédard espère que l’aide annoncée ce jeudi bénéficiera en priorité aux centres ne recevant aucun montant du PSOC, comme le centre L’Envolée et les autres ressources d’hébergement en dépendance membres de la Coalition, qui continuent également à offrir des services à leurs résidents, et ce, malgré les risques liés à la COVID-19.

Interpellé à ce sujet, le cabinet de la ministre McCann s’est voulu rassurant. «La raison de l’annonce de ce matin est de permettre avant tout aux ressources d’hébergement qui n’ont pas de PSOC de bénéficier d’un soutien financier, souligne Alexandre Lahaie, directeur des communications du cabinet de la ministre de la Santé et des Services sociaux, en entrevue à La Voix de l’Est. On comprend que ces clientèles-là ne doivent pas être abandonnées.»

M. Bédard prévient que si l’argent n’arrive pas à bon port, «les deux tiers des ressources d’hébergement en dépendance fermeront au cours de l’été».

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LE DÉFI DU DÉCONFINEMENT

Pour l’instant, aucun cas de COVID-19 n’a été répertorié parmi les organismes membres de la Coalition, ce qui est «vraiment impressionnant», souligne Nicolas Bédard, directeur du centre L’envolée et président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance.

À Shefford et parmi les autres ressources membres de la Coalition, l’inquiétude est palpable. «Avec le déconfinement, 35 personnes vont pouvoir sortir la semaine prochaine», indique M. Bédard.

Le directeur rappelle que ces personnes ont parfois des enfants, des conjointes, et que dans le cadre du programme thérapeutique, arrive le moment où les personnes peuvent sortir la fin de semaine.

«Ce que l’on se demande, avec l’apparition [éventuelle] des premiers cas de COVID, c’est comment la contagion va se propager, envisage-t-il. Nos organismes n’ont pas des locaux très vastes, les gens se côtoient et il est difficile d’appliquer en tout temps les mesures de distanciation. Que va-t-il arriver? Nos employés seront-ils infectés? Nous sommes inquiets.»

Risque de contamination

Selon M. Bédard, le déconfinement imminent va multiplier par deux le risque d’infections par la COVID-19.

Dans chaque ressource de la Coalition, plusieurs dizaines de personnes passeront ainsi quelques jours à l’extérieur, avant de retourner dans les centres d’hébergement en dépendance.

À l’Envolée, le directeur dit être prêt à toute éventualité, ayant déjà aménagé les locaux existants en trois zones selon le risque d’infection: «froide» pour les résidents n’étant pas encore sortis, «tiède» pour ceux étant sortis, mais ne présentant aucun symptôme, et une troisième zone «chaude» pour les gens présentant des symptômes associés à la COVID-19 ou ayant été testés positivement.

Ces hébergements sont équipés du matériel de protection nécessaire, soit des jaquettes, des masques, des visières et des gants pour les membres de leur personnel qui sont en contact direct avec les résidents, assure M. Bédard, ces établissements étant rattachés au système de santé et de services sociaux.