La situation force Yvon Michel à repenser son approche par rapport à la vente de ses galas.
La situation force Yvon Michel à repenser son approche par rapport à la vente de ses galas.

Les promoteurs québécois de boxe forcés de collaborer? 

La collaboration sera vraisemblablement au coeur de la reprise des activités après la pandémie de COVID-19. La boxe québécoise pourrait faire exception.

Autant Groupe Yvon Michel (GYM) qu'Eye of the Tiger Management (EOTTM) souhaitent reprendre dès septembre leurs activités en tenant des galas à huis clos. Mais une collaboration entre les deux promoteurs semble peu probable.

L'un des principaux obstacles à l'organisation de galas de boxe — hormis la gestion du coronavirus — sera de trouver des adversaires aux boxeurs des deux écuries. Si les frontières ne sont pas immédiatement rouvertes, la difficulté sera décuplée.

Aux États-Unis, où Top Rank boxing espère reprendre ses activités en juin, le problème est beaucoup moindre.

«Je pourrais organiser beaucoup de combats de qualité avec plusieurs boxeurs de haut niveau, a fait valoir Bob Arum, le président de Top Rank. Plusieurs boxeurs étrangers, dont certains parmi l'élite mondiale, sont établis aux États-Unis.»

Au Canada, le bassin est plus restreint. EOTTM a 25 boxeurs sous contrat; GYM, neuf, en plus d'une entente ponctuelle avec un autre. Les deux groupes, qui ne font habituellement pas affaires ensemble, ne semblent pas voir la nécessité de travailler de concert.

«Sans faire affaires avec GYM, si je peux le faire avec les boxeurs directement, on verra, a laissé tomber Camille Estephan, le président d'EOTTM. […] Si ça avantage mon boxeur et qu'on trouve que ça fait du sens, peut-être.

«Si c'est un gros combat qui implique de grosses négociations, je ne négocie pas avec Yvon Michel. Mais si c'est négocié au niveau de notre matchmaker et des entraîneurs, si on a un combat facile à organiser pour remplir une carte, compte tenu de la situation actuelle, oui, je suis ouvert.»

Yvon Michel, le président de GYM, est plus nuancé.

«J'ai travaillé avec tout le monde dans ma carrière : Henri Spitzer, Roger Martel, Régis Lévesque, InterBox, Jean Bédard. Je n'ai aucun problème à travailler avec qui que ce soit, si c'est dans l'intérêt du public québécois.»

Estephan a tout de même tendu une première perche vers un boxeur lié à GYM cette semaine : il aurait offert 20 000 $ à Mikaël Zewski — le boxeur qui détient une entente ponctuelle avec Michel — afin qu'il affronte Sadriddin Akhmedov à un poids compromis.

Zewski, classé huitième à l'IBF et la WBO et 11e à la WBA chez les 147 livres, a toutefois refusé de se battre à quelque 150 livres face à Akhmedov, non classé, mais tout de même un bel espoir à 154 livres.

Retransmission

Estephan estime par ailleurs avoir une longueur d'avance pour présenter ses galas en raison de son site de visionnement en continu PunchingGrace.com et de ses nombreuses ententes internationales.

Punching Grace propose comme Netflix ou Disney+ un abonnement mensuel et offre du contenu exclusif d'EOTTM, dont plusieurs galas en direct.

«Dans cette crise, il y a une situation qui devient en quelque sorte une opportunité pour nous. La plupart des promoteurs ne sont pas dans une situation aussi avantageuse qu'on peut l'être au retour des choses, en raison de Punching Grace. Ou bien tu as un gros réseau comme DAZN, ESPN ou Showtime qui t'appuie comme promoteur, ou bien tu dois te fier beaucoup sur la vente de billets pour maximiser tes revenus.

«On peut remplacer les revenus générés par les billets invendus par cette chaîne et les recettes générées par les ventes de galas à l'international. Plusieurs chaînes ont besoin de contenu en direct : on peut leur en offrir.

«Je n'ai pas toutes les réponses. Nous sommes dans une situation que nous n'avons jamais connue auparavant, que ce soit GYM ou EOTTM. Je suis juste content qu'on ait notre réseau pour aller chercher des revenus si nous devons organiser des événements à huis clos.»

Michel et GYM ne sont pas en reste, alors qu'ils peuvent compter sur la télé à la carte.

«On peut facilement compter sur Canal Indigo, Bell TV et Shaw TV qui vont embarquer. J'ai déjà eu des discussions avec Indigo d'ailleurs. Nous avons besoin de leur appui, comme de celui des commanditaires. Les réseaux câblés au Québec n'ont pas historiquement investi beaucoup d'argent, comme ESPN ou FOX. C'est avec la télé à la carte qu'on réussit à se financer.»

Forfait de galas

La situation force Michel à repenser son approche par rapport à la vente de ses galas.

«Ce que nous étudions, c'est d'offrir un forfait de galas, comme on le fait avec nos abonnements pour les cartes au Casino», a-t-il expliqué, ajoutant qu'il est trop tôt pour parler d'un tarif.

«Nous sommes encore à brainstormer avec Canal Indigo sur les tarifs d'un tel forfait. C'est certain qu'on veut arriver à une fourchette de prix qui ferait en sorte que ça ferait plus de sens d'acheter la série au complet que des galas à l'unité.

«Semaine après semaine, la situation évolue. Les plans changent en conséquence. Mais mieux vaut avoir des plans que tu changes que de ne pas en avoir du tout.»

Les boxeurs devront s'adapter

Arum estime quant à lui que cette pandémie de COVID-19 laissera des traces, notamment sur les bourses offertes aux boxeurs.

«On doit regarder les coûts et les revenus. Comme il n'y a pas de revenus de billetterie, certains autres aspects devront compenser. Il n'y a que deux entités qui peuvent le faire : les promoteurs et les boxeurs, a expliqué celui qui compte plus de 50 années d'expérience en boxe professionnelle. Il devra y avoir des négociations à savoir qui prend les plus importantes pertes en revenus.

«Les bourses seront assurément moins généreuses. Ce sera à nous de le faire comprendre aux boxeurs. S'ils n'acceptent pas de se plier à ces nouvelles règles, nous prendrons les prochains sur la liste. Personne n'est irremplaçable. Il n'y a personne qui peut subventionner les bourses au niveau que les boxeurs recevaient auparavant. Ils devront assumer une part de pertes.

«Nous ne sommes pas habitués à diminuer nos profits. Mais la situation le commande. Je ne crois pas que la boxe puisse reprendre ses activités sans que tout le monde perde un peu au change, a poursuivi l'homme de 88 ans. Même dans la période où nous recommencerons à accueillir des spectateurs, les gens ne dépenseront plus comme avant, car ils auront tellement perdu dans cette crise. Il faudra en tenir compte.»

Boxeurs sous contrat avec Eye of the Tiger Management

David Lemieux, Steven Butler, Arslanbek Makhmudov, Érik Bazinyan, Simon Kean, Batyr Jukembayev, Lexson Mathieu, Sadriddin Akhmedov, Artem Oganesyan, Mathieu Germain, Yves Ulysse fils, Steve Claggett, Clovis Drolet, Nurzat Sabirov, Vincent Thibault, Raphaël Courchesne, Artur Zyatdinov, Avery Martin-Duval, Thomas Chabot, Leila Beaudoin, Andranik Grygoryan, Adam Dyczka, Sébastien Roy, Andrei Efremenko, Custio Clayton.

Boxeurs sous contrat avec Groupe Yvon Michel

Marie-Ève Dicaire (champione IBF super-mi-moyennes), Eleider Alvarez, Oscar Rivas, Kim Clavel, Sébastien Bouchard, Marie-Pier Houle, Wilfred Seyi, Terry Osias, Mazlum Akdeniz, en plus d'une entente ponctuelle avec Mikaël Zewski.