Les pédiatres du Québec en faveur d’un déconfinement progressif des enfants

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Après des semaines de confinement en raison de la COVID-19, un retour progressif à la vraie vie pour les enfants n’est pas seulement souhaitable, il est nécessaire, juge l’Association des pédiatres du Québec.

Les mesures d’isolement social étaient la bonne chose à faire pour limiter la propagation du virus et protéger la population, a commenté en entrevue la pédiatre Marie-Claude Roy, qui travaille au CHUS ? Hôpital Fleurimont à Sherbrooke.

Mais pour les enfants, il est temps de passer à une autre étape, car les désavantages commencent à dépasser les avantages, a-t-elle fait valoir en entrevue. Il y en a qui souffrent réellement, dit-elle.

Alors que le premier ministre François Legault a commencé lors de ses points de presse quotidiens à mettre la table pour une réouverture graduelle des écoles québécoises, l’Association des pédiatres a pris position jeudi en faveur d’une telle décision, considérant l’évolution de la situation.

Elle rappelle que la communauté scientifique s’entend sur un point: la COVID-19 n’est pas dangereuse pour la très vaste majorité des enfants.

Au Québec, «les enfants hospitalisés, ça se compte à l’unité», a souligné la pédiatre.

Des enfants sans filet

Les médecins membres de cette association notent que depuis la fermeture des écoles et des CPE le 13 mars dernier, les enfants ont été privés de leur filet social habituel.

«Force est de constater que les dommages collatéraux d’un confinement prolongé sont déjà trop nombreux et inquiétants», écrivent-ils.

Ils tirent notamment les constats suivants: fragilisées financièrement par la crise sanitaire, beaucoup de familles peinent à nourrir leurs enfants. Au Québec, environ 32 000 enfants bénéficiaient chaque jour des petits déjeuners offerts dans les écoles (240 000 au Canada).

Les signalements à la DPJ sont en baisse, ce que les pédiatres ne trouvent pas rassurant. Car ils sont à risque: la réclusion imposée, 24 heures sur 24, avec des parents sans emploi et sans revenus, ne peut que multiplier les risques de violence domestique.

Le suivi des jeunes enfants est retardé ainsi que la vaccination, ce qui les expose à des maladies normalement sous contrôle. De plus, de nombreux enfants présentant des retards de développement (suspectés ou non par leurs parents) sont souvent dépistés en CPE ou lors d’un rendez-vous médical, ce qui ne peut avoir lieu actuellement, font-ils valoir. Il faut agir avant que cette fenêtre d’opportunité se referme, car les conséquences sont parfois irréversibles.

L’Association soulève aussi la question de la santé mentale, minée par l’absence de contacts et l’angoisse que vivent les jeunes.

Si l’on attend encore plus, jusqu’à la rentrée en septembre, les dommages collatéraux seront encore plus importants. Ce qui se tolère six semaines ne se tolère pas trois ou quatre mois, dit Dre Roy: «on ne peut pas garder nos enfants confinés jusqu’en 2021!».

Sachant que le nouveau coronavirus fera partie de nos vies encore longtemps, tôt ou tard, il faudra que les enfants y soient exposés, dit l’Association.

Et s’ils retournent à l’école seulement en septembre, ils vont affronter le nouveau coronavirus en même temps que les autres virus à l’automne et la grippe saisonnière en hiver.

Face à tous ces constats, «l’option de reporter davantage la reprise de la vie scolaire se défend difficilement», écrivent les pédiatres.

Le déconfinement doit se faire de façon graduelle et prudente, a répété la Dre Roy, et sans oublier le personnel plus âgé des CPE et des écoles qui sont plus vulnérables, ainsi que les proches plus à risque de ces bambins, comme leurs grands-parents.

La Dre Roy sait que des parents sont inquiets en pensant au retour à l’école. Elle comprend leurs craintes, puisqu’ils sont bombardés d’images catastrophiques, en provenance de l’Italie, par exemple.

Mais elle tient à les rassurer: les enfants «ne seront pas des cobayes. Ils affrontent bien ce virus-là».

De plus, les médecins et pédiatres du Québec seront là pour recevoir, soigner et rassurer les familles, assure l’Association.

L’Association ne suggère pas de date optimale pour le déconfinement, car à ce sujet, elle s’en remet à la Santé publique, souligne la Dre Roy. «On lui fait confiance.»