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Les leçons de la Nouvelle-Zélande, où on on ne parle (presque) plus de COVID

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
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À 7h30, heure locale, mercredi matin, le site Internet du plus important journal néo-zélandais — le New Zealand Herald — affichait parmi ses manchettes un article sur une école privée dans le pétrin, une nouvelle sur la chute des importations de certaines drogues et un reportage intitulé : «“Entièrement évitable” : des Kiwis hospitalisés à cause de coups de soleil».

Aucun texte sur la pandémie en Nouvelle-Zélande, où il y avait un seul nouveau cas dans tout ce pays de 5 millions d’habitants.

«La seule chose qui nous rappelle la pandémie au quotidien, outre les nouvelles internationales, c’est le port du masque obligatoire dans les transports en commun, dit Clara Normand, une Québécoise de 24 ans qui travaille dans un vignoble et une épicerie fine sur l’île de Waiheke, au large d’Auckland. Aussi, on doit scanner un “QR code” avec l’application du gouvernement qui enregistre nos visites quotidiennes. Sinon, tout est normal.»

Récemment, Mme Normand est sortie plusieurs fois dans les restaurants et les bars, et elle a participé à des soirées karaoké. «Le weekend dernier, on est allés à un open mic [micro ouvert] et j’ai eu une pensée pour le Québec en prenant le micro que 10 personnes se sont mises trop près de la bouche avant moi!» raconte-t-elle. 

«Vite et fort»

Mais comment la Nouvelle-Zélande a-t-elle fait? Oui, ce pays insulaire avait un avantage géographique par rapport au Canada, qui partage une frontière de 3000 kilomètres avec les États-Unis.

Mais le succès de la Nouvelle-Zélande a surtout été attribué à l’approche «COVID zéro». Cette approche a permis à des pays de l’Asie et de l’Océanie comme Taiwan, Singapour, le Vietnam et l’Australie de juguler la pandémie et à leurs citoyens de reprendre une vie normale plus rapidement. 

«Il faut qu’on s’inspire d’eux, parce que ce sont eux qui ont réussi», dit l’épidémiologiste Nimâ Machouf, qui est chargée d’enseignement de clinique à l’École de santé publique de l’Université de Mont­réal.

La première ministre de la ­Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a encapsulé son approche dans un slogan : «Go hard, go early» (vas-y vite et vas-y fort). Son gouvernement a fait le choix de supprimer le virus plutôt que de ralentir sa transmission. «Nous, on ne fait qu’abaisser la courbe, dit Mme Machouf. Eux, ils l’ont écrasée. Et là, ils sont libérés». 

La première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern lors d’un point de presse portant sur les restrictions dues à la COVID-19, en mars 2021.

La réponse de la Nouvelle-Zélande à la pandémie s’est d’abord distinguée à la frontière. Le 2 février 2020, une première personne hors de Chine est morte de la COVID-19. Le lendemain, la Nouvelle-Zélande, qui n’avait encore aucun cas, a interdit l’entrée à tout étranger en provenance de la Chine. Puis, cette interdiction s’est étendue à l’Iran (28 février), à l’Italie et à la Corée du Sud (2 mars).

Dès le 14 mars, alors que le pays enregistrait 6 cas actifs de COVID-19, tous les voyageurs qui arrivaient en Nouvelle-Zélande devaient s’isoler pendant 14 jours. Cinq jours plus tard, alors qu’il y avait 28 cas actifs, la frontière a été fermée à tous sauf aux citoyens néo-zélandais et aux résidents permanents. 

Début avril, la Nouvelle-Zélande a aussi obligé les voyageurs qui revenaient dans leur pays par avion à passer deux semaines de quarantaine dans des hôtels supervisés par le gouvernement, où ils reçoivent chaque jour une visite médicale et sont testés deux fois par semaine pour la COVID-19. 

Presque un an plus tard, le Canada a imposé trois jours obligatoires dans un hôtel à ceux atterrissaient au pays. «Le Canada a adopté très tard une politique de confinement obligatoire pour les voyageurs, très timide et avec plein de trous dedans», dit Damien Contandriopoulos, professeur en sciences infirmières à l’Université de Victoria et spécialiste des politiques de santé. 

«Faites comme si vous aviez la COVID»

La Nouvelle-Zélande a aussi été prompte à confiner. En une semaine, le pays est passé d’un niveau d’alerte 1 au niveau d’alerte 4 (le plus élevé). Le 25 mars, à l’heure du souper, Clara Normand a reçu un texto du gouvernement néo-zélandais qui lui ordonnait de rester à la maison. «Faites comme si vous aviez la COVID, lui suggérait le texto. Ça sauvera des vies.» 

Des gens bavardent en prenant un verre attablés à la terrasse d’un bar d’Auckland en pleine pandémie.

«Pour nous, les lockdowns [confinements] ont été instantanés et très sévères, se souvient Mme Normand. Il n’y avait absolument rien d’ouvert à part les pharmacies, épiceries et docteurs. Il n’y avait pas de livraisons à domicile ou de possibilité d’accéder à aucun service.» 

Clara Normand se rappelle qu’une seule personne par bulle pouvait sortir faire l’épicerie, et le moins souvent possible. Elle se souvient aussi que la baignade, le kayak et la randonnée n’étaient pas permis, question d’éviter une assistance médicale en cas d’accident et de ne pas engorger le système de santé.

Durant le confinement, les Néo-Zélandais ne pouvaient pas se promener en dehors d’un rayon de 5 kilomètres de chez eux. Des barrages policiers décourageaient les gens de passer d’une région à l’autre. 

Le 8 juin, après l’abaissement graduel des niveaux d’alerte, la première ministre a décrété le retour à la vie normale. Les Néo-Zélandais ont pu recommencer à s’inviter à souper, à se serrer dans leurs bras et à célébrer des mariages. 

Mais en août, 17 cas ont refait surface à Auckland. Moins de 24 heures après en avoir été informée, Jacinda Ardern a ordonné un nouveau confinement. Deux mois de courbe descendante plus tard, en octobre 2020, la première ministre a annoncé que son pays avait «de nouveau battu le virus». 

À ceux qui avaient encore des doutes sur la réponse de son gouvernement à la COVID-19, la première ministre a dit : «Il suffisait de faire un tour du monde pour voir l’alternative à notre approche ici en Nouvelle-Zélande». 

Depuis le début de la pandémie, la Nouvelle-Zélande a cumulé 2645 cas de COVID-19 — et 26 décès —, soit à peu près le nombre de nouveaux cas que le Québec enregistrait en une journée, en janvier. 

Mais récemment, la Nouvelle-Zélande s’est révélée un des pays les plus lents de l’OCDE à vacciner ses citoyens, avec 5,6 % de sa population qui a reçu une première dose. Cette faible proportion pourrait fragiliser le succès du pays contre la COVID-19. 

Mais avec une moyenne de deux nouveaux cas par jour cette semaine, la courbe semble vouloir rester à plat.

De son côté, Clara Normand continuera à profiter de la vie dans sa contrée d’accueil. «Ce weekend sur mon île, c’est le Wine and Food Festival, souligne-t-elle, on attend des gens de partout au pays pour des dégustations, concerts et expositions.» 

Si tout va comme prévu, le virus ne s’invitera pas.