Les membres du groupe A Leverage for Mountains ont présenté un spectacle sur les réseaux sociaux, dimanche dernier.

Le streaming à la rescousse des artistes 

Comme beaucoup de travailleurs, la COVID-19 frappe de plein fouet les artistes alors que les salles de spectacles et autres lieux de diffusion ferment leurs portes jusqu’à nouvelle ordre. Plusieurs ont donc décidé de faire du télétravail en présentant des spectacles en streaming ou directement sur les réseaux sociaux.

Le bar spectacle d’Ottawa, le Brass Monkey, va encore plus loin. Le propriétaire du bar a décidé de maintenir sa programmation de spectacles, mais en l’offrant exclusivement en streaming. 

«Nous avons travaillé sur la mise en place d’une plateforme qui permettra à tous les bands et artistes déjà programmés au Brass Monkey de se produire chez nous et faire un peu d’argent même si nos portes sont fermées au public», d’expliquer Skotti Ruffo sur la page Facebook de l’établissement.

La plateforme dont parle Skotti permettra de présenter des spectacles en streaming. Seuls les artistes et les techniciens seront admis dans la salle et les spectateurs seront invités à acheter leur billet en ligne pour participer à l’événement dans leur salon.

«La transmission sera faite en full HD avec un mixage audio de grande qualité, explique Skotti. Les fans pourront payer un genre de Pay Per View qui sera redonné à 100% à l’artiste.»

Si la demande pour ce genre de diffusion est assez forte, les dirigeants du Brass Monkey regardent la possibilité de présenter des spectacles en streaming sept jours par semaine ou du moins, à plusieurs reprises pendant l’ordonnance gouvernemental de fermeture des lieux publics en Ontario. Tous les détails seront disponibles sur la page Facebook de Brass Monkey.

Passer au salon

Ce week-end, l’auteur-compositeur ottavien Mehdi Cayenne a parti le bal d’un nouveau mouvement en montant un spectacle dans son salon qu’il a diffusé sur sa page Facebook.

«J’ai eu quelques petits pépins techniques, mais dans l’ensemble, tout s’est bien passé, a expliqué Mehdi Cayenne. C’est certain que je vais récidiver tout en réglant ces petits écueils.»

Même chose pour le groupe de Val-des-Monts A Leverage for Mountains (ALFM). Le trio a présenté un spectacle d’environ une heure qui été vu près de 3500 fois.

«C'était la première fois que nous essayions ce genre de format (facebook live). Naturellement, en temps normal, nous préférons jouer devant un public présent physiquement, car, comme tu le sais, la rétroaction de l'audience est partie intégrante d'un spectacle, expliqué au Droit Jéméry Flynn, membre de ALFM. Mais hélas, nous traversons tous un temps qui est tout sauf normal.»

Des artistes feront également des lancements d’album en ligne alors que d’autres se rendent disponibles sur plusieurs plateformes.

C’est le cas de la chanteuse de jazz Anne Bisson qui fera des capsules quotidiennes pour faire découvrir son album qui sortira vendredi.

L’artiste pour enfant Ariane DesLions, quant à elle, mettra en ligne des capsules éducatives en prévision de son prochain album qui sera disponible le 20 mars. Un lancement en ligne aura d’ailleurs lieu lundi à 19h. Andy St-Louis est aussi du lot et fera des prestations en ligne sur la plateforme Twitch.

Mais plusieurs musiciens se sentent oubliés dans cette crise. Certains d’entre eux, qui ont des activités de chansonnier ou de musiciens accompagnateurs, n’ont simplement pas de plan B.

C’est le cas d’Éric Sauvé qui a vu ses engagements avec Laurence Jalbert, Roch Voisin et Paul Daraîche être reportés. Même son contrat avec les Sénateurs d’Ottawa à titre d’organiste maison a été annulé pour le reste de la saison. 

«Ce n’est vraiment pas facile, a-t-il confié au Droit, lundi. Je fais comme tout le monde et je reste à la maison. Je n’ai pas de plan B.»

Même réalité pour les chansonniers qui ont vu leur contrats d’engagement être mis sur la glace dans les différents bars, restaurants et même les cabanes à sucre.

«Tous mes contrats dans les bars et la cabane à sucre ont été annulés, a expliqué le musicien gatinois Luc Lepage. Quant à mes options, je compte sur certaines fêtes privées et je pense aussi à des Facebook live. Ça pourrait être une alternative.»

Dans le Vieux-Hull

Plusieurs établissements de la région contactés par Le Droit n’ont pas encore mis en place de solutions de rechange, ou du moins, s’interrogent sur la manière d’y arriver. 

«L’idée du Brass Monkey est bonne, mais on n’a pas les ressources pour faire de même, a confié Philippe Roy, copropriétaire du Minotaure, dans le Vieux-Hull. Présentement, on est fermé, mais on reste ouvert aux idées des gens.»

Même réflexion au Troquet où le propriétaire Éric Gaudreault continue de se questionner sur la pertinence de garder son bistro ouvert. »

«Notre programmation est sur la glace, mais je comprends les réactions et les actions des artistes qui veulent maintenir leurs activités artistiques, a expliqué M. Gaudreault. Mais pour les Facebook live, c’est cool pour Facebook mais pas vraiment pour nous.»

«Je ne sais plus quoi penser. Est-ce vraiment responsable d’être ouvert?», se questionne-t-il. Aujourd’hui, la proximité est très mal vu et présentement, dans le Vieux-Hull, c’est le désert.»

Au Gainsbourg, qui présente également une programmation culturelle en ses murs, les activités sont repoussées. «On a tout mis sur la glace pour l’instant, a confirmé le propriétaire Nicolas Cazelais. Par contre, la brasserie demeure ouverte.»

De plus en plus d’établissements font des pieds et des mains pour maintenir leurs portes ouvertes et offrir des alternatives, soit aux artistes ou à leur clientèle.

Dans les Laurentides par exemple, le bar-spectacle La Bête de scène de Saint-Sauveur a mis sur pied plusieurs initiatives afin d’accommoder les artistes locaux et même d’ailleurs. 

«On offre notre scène pour des répétitions ou même pour des tournages de vidéo, a confié au Droit Luc Paradis, copropriétaire de l’établissement. On reçoit aussi des groupes pour des jams privés et on a des projections privés de films. Je dois dire que de présenter Top Gun dans notre système de son, ça buche!»