Des gens jouent au volley-ball sur une plage de Vancouver, alors que le nombre de nouveaux cas a triplé en Colombie-Britannique au cours des deux dernières semaines.
Des gens jouent au volley-ball sur une plage de Vancouver, alors que le nombre de nouveaux cas a triplé en Colombie-Britannique au cours des deux dernières semaines.

Le nombre de cas de COVID-19 en hausse inquiète des experts au Canada

La Presse Canadienne
Certaines régions du Canada connaissent une augmentation de cas de COVID-19, amenant les scientifiques à se demander si ces endroits devraient se confiner de nouveau pour éviter de nouvelles éclosions.

Le nombre de nouveaux cas a triplé en Colombie-Britannique au cours des deux dernières semaines. Un récent pic a troublé les autorités en Alberta. Au Québec, le nombre de cas actifs a surpassé jeudi le seuil des 2000 pour la première fois depuis le 26 juin.

«On peut regarder ces données et se demander si c’est la longue fin de la première vague ou le début d’une deuxième vague, observe la Dre Lynora Saxinger, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta. Peu importe comme on l’appelle, quand je regarde les chiffres, je suis inquiète.»

Les provinces examinent principalement le nombre de cas quotidien pour déterminer si elles doivent fermer une région, mais certains scientifiques pensent qu’une autre mesure - le taux de reproduction effectif du virus - peut également offrir un aperçu.

Connu sous le nom de Rt, la valeur de cet indice est difficile à évaluer, car il peut changer avec le temps et dépend des comportements sociaux, comme la distanciation physique ou le port d’un couvre-visage, explique Ryan Imgrund, un biostatisticien qui calcule les valeurs quotidiennes de Rt pour l’Ontario.

«Si la valeur est de deux, cela signifie qu’une personne est responsable de deux infections secondaires, mentionne-t-il. Nous voulons vraiment que cette valeur descende sous 1 afin de réduire le nombre de cas.»

Le Rt s’est élevé jeudi à 1,16 en Ontario.

La Dre Saxinger dit que le nombre de reproduction effectif permet de déterminer si une propagation commence à ne plus être contrôlée. Selon elle, les données en Alberta, où le Rt a atteint 1,46 jeudi, sont préoccupantes.

«Si cette valeur est constamment supérieure à un, on doit s’en inquiéter, car cela signifie qu’on ne contrôle pas la propagation de manière adéquate, soutient-elle. Il est certain que dans certains segments de la population en Alberta que le Rt est suffisamment élevé pour que des mesures soient probablement nécessaires pour renverser la situation.»

L’indice Rt a été utilisé en Europe pour déterminer s’il est sûr d’ouvrir un secteur. M. Imgrund croit qu’il permet aussi d’établir si on doit imposer des restrictions.

Il souligne qu’un indice Rt supérieur à 1,3 pendant une longue période est «vraiment, vraiment troublant». À un tel rythme, le nombre de nouveaux cas pourrait décupler en un mois.

«Cela signifie que nous devrions alors changer les choses. L’objectif est de garder l’indice sous 1.»

Différents scientifiques utilisent différentes méthodes pour calculer le Rt. Ce processus est «complexe», reconnaît M. Imgrund. La Dre Saxinger dit toutefois que les scientifiques arrivent dans des valeurs similaires.


« Je m’attends complètement à ce que des mesures de santé publique, parfois plus restrictives, parfois plus souples, soient encore nécessaires pendant au moins un an, peut-être plus. »
Dre Lynora Saxinger

Des inconvénients

Le Rt a ses inconvénients.

Selon les experts, l’indice en soi ne dit pas tout. Sa valeur peut varier énormément en fonction du nombre de cas présents dans une collectivité au départ.

Ainsi à Kingston, où une éclosion a éclaté dans un salon de manucure le mois dernier, affectant 27 personnes. M. Imgrund a calculé un Rt de 8,24 pour le 27 juin dans ce secteur. Le chiffre est tombé à 4,23 le jour suivant et à 2,20 cinq jours plus tard.

«S’il y a très peu de cas (pour commencer), on peut doubler ou tripler très rapidement la valeur de l’indice. Cela conduira à un nombre très, très élevé pour le Rt qui ne donne pas un portrait précis de la situation, prévient la Dre Saxinger. Il est donc préférable de l’examiner avec d’autres éléments comme le nombre actuel de cas actifs et le nombre total de cas qui ont été enregistrés dans une collectivité.»

Stephen Hoption Cann, un professeur à la School of Population and Public Health de l’Université de la Colombie-Britannique, estime que le Rt ne peut pas offrir à lui seul une image claire de la transmission.

Un Rt autour de 1 n’aura pas les mêmes implications partout, souligne-t-il. Il mentionne que celui de la Floride - où on a constaté une forte recrudescence du nombre de cas, n’était que de 0,99, jeudi.

«Si on a trente cas en Colombie-Britannique avec un Rt de 1, cela signifie qu’ils transmettront le virus à 30 personnes. Toutefois, si on en compte 10 000 par jour, la transmission affectera 10 000 autres personnes. Ce n’est pas aussi rassurant, tout dépendant des contextes», avance M. Cann.

Plusieurs provinces, dont le Québec, ont annoncé des restrictions au sujet des bars à cause de l’augmentation du nombre de cas, particulièrement chez les jeunes adultes.

La Dre Saxinger signale que le nombre de cas continue de fluctuer.

«Beaucoup de gens se sont concentrés uniquement sur l’aplatissement de la courbe. Le message lancé laissait entendre que lorsque nous aurions franchi cette bosse, tout irait bien. Ce que nous constatons en fit, c’est dès qu’on commence à assouplir les restrictions, tout recommence.»

Selon elle, cela sera ainsi tant qu’un vaccin ne sera pas pas disponible.

«Je m’attends complètement à ce que des mesures de santé publique, parfois plus restrictives, parfois plus souples, soient encore nécessaires pendant au moins un an, peut-être plus.»