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Le coronavirus est présent dans les eaux usées.
Le coronavirus est présent dans les eaux usées.

La traque de la COVID-19 dans les égouts s’intensifie

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
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La traque à la COVID-19 dans les eaux usées de Montréal, Laval et Québec est en cours. Eh oui, le coronavirus y est présent, oui la concentration observée est en croissance depuis le début de l’automne. Aussi, les scientifiques étendront bientôt leur territoire de chasse aux égouts de plus petites municipalités de la Mauricie/Centre-du-Québec et du Bas-Saint-Laurent/Gaspésie. En plus, la capitale sera le théâtre d’un projet pilote visant à tester les rejets directement dans les canalisations des CHSLD afin d’y détecter l’apparition de l’ennemi dès le premier cas de contamination, histoire d’isoler le malade sans délai. Le Soleil fait le point avec le professeur Peter Vanrolleghem, directeur du CentrEau à l’Université Laval.

LA SECONDE VAGUE A DÉFERLÉ DANS LES EAUX USÉES

«On voit des cas, ça il n’y a aucun doute là-dessus. On sait que le virus de la COVID se trouve dans l’eau usée.[…] On en trouve tout le temps. Chaque échantillon de Québec qu’on prend, chaque échantillon de Montréal qu’on prend, on en trouve.»

Professeur au département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval, Peter Vanrolleghem fait partie du trio de chercheurs qui militent depuis le printemps pour que les autorités publiques financent leur chasse inusitée. Finalement, l’argent est arrivé. Depuis fin novembre, début décembre, ses collègues Dominic Frigon, de McGill, et Sarah Dorner, de Polytechnique Montréal, ont donc pu entreprendre l’analyse des échantillons qui s’accumulaient dans les congélateurs. Car les villes de Québec et Montréal ont commencé les prélèvements tôt dans l’année pour éviter que les données soient perdues à jamais.

Jusqu’ici, environ une cinquantaine des 200 prélèvements quotidiens effectués dans les deux usines de traitement des eaux usées de la capitale ont été scrutés. Tout comme le contenu de fioles de la métropole et de Laval.

Alors? Les résultats confirment ce que les chercheurs attendaient. «Quand on voit l’augmentation dans les égouts, ça correspond avec l’augmentation que l’on voit dans la population», indique M. Vanrolleghem. «La diminution qu’on a eue aussi. On voit la diminution.»

«On voit la tendance entre la diminution de l’été et l’augmentation à partir de septembre. On voit clairement ça.»

En ce moment, observez-vous beaucoup de COVID-19 au Québec? «Oui. […] On est dans des concentrations élevées.»

Première au Québec

Le suivi d’un virus dans les égouts existe ailleurs dans le monde où, par exemple, la grippe et la polio sont surveillées. Pas au Québec : «Ça n’a jamais été fait.» 

Mais les travaux de Peter Vanrolleghem et ses «associés» avancent rondement. Avec pour objectif de créer rapidement un modèle prédictif qui permettra à la Santé publique et aux élus d’être avertis du retour en force du coronavirus SARS-CoV-2, ou de son éventuel essoufflement. Même de savoir si le confinement et le couvre-feu portent fruit.

Car les flambées et les décrues dans la contamination de la population seraient perceptibles entre 2 et 5 jours à l’avance dans les canalisations. 

M. Vanrolleghem pense qu’il sera en mesure de livrer sous peu un outil fiable pour donner des «préavis» aux autorités. «On parle de quelques semaines. Ça avance rapidement.»

«Ça va arriver rapidement, parce qu’on fonce. Il y a beaucoup de monde qui travaille là-dessus», fait-il valoir. Le Québec serait d’ailleurs en position de tête, devant des équipes canadiennes qui traquent aussi le coronavirus dans l’eau sale. «Au Québec, on est très forts.» 

«À partir de maintenant, on va commencer à vraiment envoyer les échantillons chaque jour. Le matin, on va prendre l’échantillon. On va l’envoyer à McGill ou Polytechnique Montréal pour l’analyse. Puis, le soir ou le jour après on va avoir le résultat.»

Une fois la structure de test et d’analyse bien rodée, elle pourra servir d’ici la fin de l’actuelle pandémie, notamment en suivant l’efficacité de la vaccination. Puis elle sera utile pour les autres maladies qui viendront chambouler notre quotidien. «Pour la prochaine pandémie, on va être prêt.»

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LA COVID-19 TESTÉE… À LA SORTIE DES TOILETTES DES CHSLD DE QUÉBEC

Le professeur Peter Vanrolleghem, du département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval

Le coronavirus causant la COVID-19 sera pourchassé jusque dans les canalisations d’eaux usées de résidences pour personnes âgées de Québec afin de le détecter dès qu’il frappe un résident.

«Ça va être un projet pilote à Québec. On pense commencer avec 6 CHSLD. On va commencer dans les semaines qui viennent», explique au Soleil le professeur Peter Vanrolleghem, du département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. «Pour le moment, ça va être juste à Québec.»

«On va commencer le plus rapidement possible. On est en train d’acheter les équipements. […] «Il ne faut pas attendre que la COVID soit finie! C’est maintenant qu’il faut le faire.»

Comment vont procéder les membres de l’équipe de M. Vanrolleghem? Chaque jour, un échantillon sera prélevé «à la sortie». Celui-ci sera promptement analysé. «Dès qu’on voit que la COVID apparaît, on peut immédiatement faire les tests de toutes les personnes pour voir quelle est la personne qui a été infectée. On peut la mettre en isolement.»

L’idée de ce projet pilote, M. Vanrolleghem l’a trouvée à l’Université de l’Arizona. Là-bas, on a bloqué la route à la COVID-19 dans les résidences des étudiants qui sont revenus pour la session d’automne. Quand ils ont vu que le virus était présent dans les eaux usées d’un des bâtiments, ils ont pu identifier les 2 étudiants asymptomatiques malades et les retirer avant qu’ils contaminent tous leurs camarades. Ça a fonctionné.

Un résultat que Peter Vanrolleghem qualifie de «spectaculaire».

Cette méthode a le grand avantage de tester toutes les personnes présentes dans un immeuble avec un seul test, ajoute-t-il. Puis, au besoin, de sonner l’alarme pour que les équipes de la Santé publique débarquent afin de repérer le ou les malades.

Aussi, dans les établissements où la COVID-19 est déjà présente, ce type d’analyse indiquera si la maladie est en progression ou en régression.

Les CHSLD qui participeront au projet pilote n’ont pas encore été dévoilés par le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

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MÉLANGER LES ÉGOUTS DE PLUSIEURS VILLAGES POUR TROUVER LA COVID-19

Les eaux d’égout de plusieurs petites villes, de villages, de deux territoires du Québec seront mélangées pour pouvoir y tester la COVID-19 ce qui permettra de suivre l’évolution de la pandémie hors des grands centres urbains.

D’ordinaire, les scientifiques concentrent leurs énergies dans la détection de virus dans les eaux usées des agglomérations d’importance, indique au Soleil le professeur Peter Vanrolleghem, du département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. Parce que c’est plus rentable. À Québec par exemple, un prélèvement matinal aux deux usines de traitement des égouts permet de tester toute la population d’un coup.

Il serait trop dispendieux et fastidieux de faire la tournée quotidienne de tous les municipalités et villages du Québec et de faire une analyse en laboratoire pour chaque échantillon. «On ne peut pas le faire partout, c’est trop de travail.»

M. Vanrolleghem et ses «associés» jugent tout de même que «ce n’est pas équitable pour les gens qui vivent dans les régions». Ils ont donc eu l’idée de réunir 5 ou 10 municipalités, de mélanger leurs eaux usées aux 3 jours, et faire une seule analyse en labo pour tout le groupe.

«On va voir, dans cet échantillon commun, s’il y a de la COVID dedans.» Le résultat est négatif? Tant mieux. Le résultat est positif? La Santé publique pourra pousser plus loin son investigation afin d’identifier la localité aux prises avec une éclosion de SARS-CoV-2.

Six mois

«On est en train de tout préparer pour que ça commence fin janvier», précise notre interlocuteur. Les régions de la Mauricie/Centre-du-Québec et du Bas-Saint-Laurent/Gaspésie ont été choisies pour cette expérimentation. Déjà, les directions régionales de santé publique, les cégeps et universités sont dans le coup.

La recherche durera six mois.

En additionnant la population de Montréal, Laval et Québec à celle des deux territoires sélectionnés pour cette étude, «c’est à peu près la moitié de la population du Québec» qui profitera des tests de COVID-19 à grande échelle, se réjouit le professeur Vanrolleghem. 

En bleu, des particules de coronavirus.