La saison des croisières coule à pic

La région de Québec devra se priver de 210 millions $ en retombées économiques directes en 2020 avec l’interdiction de circulation des navires de croisière au Canada jusqu’au 31 octobre.

«Ce n’est pas une surprise pour nous. On savait que c’était pour se faire.» Le président-directeur général du Port de Québec, Mario Girard, réagissait ainsi vendredi à l’annonce faite un peu plus tôt par le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. 

Les croisières visées sont celles «offrant de l’hébergement et autorisées à transporter plus de 100 personnes». Cette nouvelle s’ajoute à une série d’autres qui porte un dur coup à l’économie touristique de la ville de Québec et des alentours.

«C’est une déception, pas tant pour le Port que pour les commerces qui en profitent. Ça concrétise les pertes touristiques. Tout le monde est déjà tellement touché», se désole M. Girard.

Records successifs

Le Port de Québec avait pourtant connu en 2019 une année record d’achalandage avec l’accostage de 150 navires, transportant 236 000 visiteurs. Pour la ville, cette industrie est devenue une véritable manne au fil des ans. En 2018, la hausse du nombre de passagers était de 15 %. 

En mars, le gouvernement fédéral avait déjà interdit l’accostage des gros navires de croisière jusqu’au 1er juillet. Le Port de Québec avait alors annulé les visites de 18 bâtiments et de leurs quelque 30 000 passagers.

Jusque là, M. Girard, gardait confiance de pouvoir sauver la saison du fait que 75 % des quelque 150 bâtiments attendus arrivent en septembre et octobre. L’annonce du ministre Garneau anéantit cet espoir.

«Un grand pas en arrière»

À long terme, la pandémie freine les ambitions du Port de Québec. Son plan de développement prévoyait accueillir jusqu’à 500 000 visiteurs d’ici 2025. «C’est un grand pas en arrière, mais je pense que l’industrie va rebondir. Le Port est bien placé auprès des lignes de croisières lorsque sera venu le temps de choisir des destinations sécuritaires.

On ne verra plus les croisières comme avant, ajoute le pdg. Les bateaux ne seront possiblement plus remplis au maximum de leur capacité. Et tout le monde devra adapter sa logistique opérationnelle pour respecter les règles de distanciation. L’industrie est déjà en train de plancher là-dessus.» 

Nouveau terminal

L’administration portuaire prévoit toujours la construction d’un second terminal de croisières près des silos de la Bunge au coût de 30 millions $. Le bâtiment devait être prêt à l’automne pour accueillir encore plus de croisiéristes. Il le sera plutôt l’an prochain. 

Malgré la situation, M. Girard considère que cet investissement en vaut encore le coût. Selon lui, ça ne peut qu’améliorer la position du Port de Québec par rapport à ses concurrents. 

«C’est merveilleux de penser qu’on aura deux terminaux pour accueillir les passagers dans un environnement plus sécuritaire de distanciation sociale», conclut-il.

Neuf ports touchés

Le président de l’Association des croisières du Saint-Laurent, Tony Boemi, indique que neuf ports d’escale et de destination du Saint-Laurent sont touchés. «La saison 2020 s’annonçait être la plus importante des dix dernières années. De nombreuses entreprises touristiques se sont développées au cours des années autour et avec l’industrie des croisières, créant des milliers d’emplois et apportant une contribution économique importante aux villes et aux régions. Nous appelons le gouvernement à les aider à traverser cette crise.»

Pour 2020, les réservations des navires représentaient 560 jours à quai et un total de 567 000 jours-passagers à accueillir dans les neuf escales du Saint-Laurent: Montréal, Trois-Rivières, Québec, Saguenay, Baie-Comeau, Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre, Gaspé et les Îles de la Madeleine.

L’impact économique des croisières internationales au Québec aurait représenté 1 milliard de dollars en retombées économiques directes, indirectes et induites et 7 000 emplois directs et indirects.