Le CIUSSS de la Capitale-Nationale met sous tutelle l’Auberge aux Trois Pignons de Beauport.
Le CIUSSS de la Capitale-Nationale met sous tutelle l’Auberge aux Trois Pignons de Beauport.

La gestion des soins de l'Auberge aux Trois Pignons mise sous tutelle, une enquête est en cours

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale prend le contrôle de la prestation des soins offerts à l’Auberge aux Trois Pignons de Beauport. Une forme de tutelle nécessaire après des témoignages troublants qui font craindre pour la sécurité même des résidents.

Le Centre intégré universitaire a annoncé mardi après-midi qu’elle prenait en charge la coordination des soins de la résidence pour personnes âgées. Cette décision prise, dit-on, en accord avec la direction est effective depuis lundi en fin de journée.

«Nous sommes arrivés sur place le 11 juillet (lors du premier cas avéré de la COVID). De jour en jour, nous avons fait des observations qui nous amenaient à nous poser certaines questions, explique Guy Thibodeau, PDG adjoint du CIUSSS. Nous pensions depuis quelques jours à reprendre la gestion. La décision rendue publique aujourd’hui est dans l’évolution des choses», ajoute-t-il.

Même si le nombre d’usagers et d’employés infectés par la COVID est maintenant stable, la qualité des soins se dégradait toujours, notamment en raison des absences et des démissions du personnel de la ressource privée, signale le CIUSSS. Des lacunes ont été observées sur le plan des soins physiques et ceux des services alimentaires et de la buanderie. 

«Nous avons convenu avec le propriétaire qu’il n’arriverait pas à reprendre le dessus sur la situation. C’est pour ça qu’on a décidé de prendre en charge les opérations le temps de reprendre la situation en main», précise M. Thibodeau.

En début d’éclosion le 11 juillet, 35 travailleurs du CIUSSS ont été appelés en renfort. Lundi, 15 autres se sont joints à ce groupe sur une base volontaire. Pour l’heure, une cinquantaine sont à mettre l’épaule à la roue.

M. Thibodeau ajoute que le travail sera de longue haleine. Il faudra aussi évaluer si les usagers vivent dans le bon milieu. Certains peuvent représenter un cas trop lourd pour la capacité de soins de la résidence. Évidemment, la certification de l’auberge comme ressource intermédiaire est en jeu. Si elle devait la conserver, d’importants rectificatifs sont à prévoir. Les dirigeants devront démontrer leur capacité à répondre aux besoins de leur clientèle.

Le CIUSSS contactera aussi toutes les familles pour leur donner un état de la situation et répondre à leurs questions. Une ligne téléphonique dédiée aux familles a été mise en place pour leur assurer un accès à l’information en tout temps.

Une enquête

Mardi matin, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a commenté sur son compte Twitter l’annonce d’une enquête indépendante confirmée un peu plus tôt par sa collègue, ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. 

«On doit comprendre pourquoi la situation s’est détériorée, et on veut savoir à quel point les acteurs ont été rapides dans leurs alarmes et dans leurs actions. L’enquête indépendante que nous avons demandée va faire la lumière et nous permettre de nous préparer pour la suite.»

Lundi, Le Soleil rapportait le témoignage de la docteure Karyne Cordeau et une collègue médecin venue en aide à l’établissement après le premier cas de coronavirus rapporté le 11 juillet. Elles décrivent l’endroit comme le milieu le plus dysfonctionnel dans lequel elles ont travaillé. Les deux femmes font état «de cas d’étouffement avec la nourriture, de dégradation de plaies, d’une mauvaise gestion de diabète, de chutes répétées, de séjours au sol prolongés et de soins d’hygiène négligés.» Elles disaient craindre pour la sécurité des résidents. L’établissement compte 97 unités. 

À ce jour, on y compte 21 usagers et 7 membres du personnel infectés et trois décès. Le ministre de la Santé a déclaré ne pas vouloir que ça «soit comme Herron», établissement de Montréal où 43 personnes ont perdu la vie.