La cathédrale Notre-Dame de Paris
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La France peaufine son plan de déconfinement

Pierre Donadieu
Agence France-Presse
PARIS — Port du masque obligatoire? Réouverture des écoles? Déplacements interrégionaux autorisés? Le premier ministre français Édouard Philippe doit répondre mardi après-midi à ces interrogations en présentant devant les députés le plan de déconfinement, exercice d’équilibriste entre relance de l’économie et maîtrise de l’épidémie.

Pas question de revenir à une vie normale du jour au lendemain le 11 mai, date envisagée pour la levée d’un confinement en vigueur depuis le 17 mars en France.

Le pays est en Europe l’un des plus touchés par la COVID-19, avec plus de 23 000 morts depuis début mars, même si la situation s’améliore avec un notamment une baisse continue depuis plus de deux semaines du nombre de patients en réanimation.

La crise économique qui se dessine au bout de près de deux mois de confinement contraint le gouvernement à réfléchir à «l’après». Avec 246 100 chômeurs rien qu’en mars, soit une hausse record de 7,1%, elle se traduit déjà de manière très concrète.

L’exécutif devrait suivre l’avis du Conseil scientifique, qui a publié samedi ses recommandations pour «une levée progressive et contrôlée du confinement».

L’un des principaux sujets de débat concerne le retour à l’école des enfants, ce qui permettrait notamment à certains parents de reprendre une activité professionnelle.

Le Conseil, qui proposait d’attendre septembre, a pris acte de la décision «politique» du gouvernement de rouvrir les écoles dès le 11 mai.

Il préconise toutefois le port obligatoire d’un masque antiprojections dans les collèges et lycées, par le personnel et les élèves.

Les experts suggèrent aussi le déjeuner en classe, la prise de température à la maison chaque matin avant l’école et des stratégies pour éviter les brassages d’élèves.

Masque systématique

Autre question: les déplacements entre les régions par transports en commun.

Si le Conseil ne souhaite pas les interdire, il recommande de respecter des mesures de distanciation entre passagers, pas forcément faciles à appliquer dans les trains ou les cars, comme dans les bus et métros.

Les déplacements internationaux sont en revanche fortement déconseillés pour quelques mois encore.

Édouard Philippe sera également attendu sur le sujet des masques, dont le port devrait être «systématique» dans les lieux publics selon le Conseil scientifique.

D’ici fin avril, 26 millions de masques grand public seront disponibles chaque semaine, ainsi que 20 millions de masques sanitaires pour les professionnels, d’ici fin mai, a assuré le ministère de l’Économie.

La stratégie de déconfinement devrait inclure la mise en place contestée d’une application pour téléphones intelligents qui doit permettre de répertorier les contacts avec des malades du coronavirus.

L’objectif est notamment d’encourager les personnes averties à se faire tester et à s’isoler. L’exécutif a promis que son utilisation serait volontaire, anonyme, temporaire et transparente.

Le débat à l’Assemblée nationale s’annonce houleux: un vote sera convoqué immédiatement après la présentation du plan de déconfinement, au grand dam des oppositions qui demandaient du temps pour examiner le texte.

La cheffe du Rassemblement national (extrême droite), Marine le Pen, a d’ores et déjà affirmé qu’il n’était «pas raisonnable» selon elle de renvoyer ses enfants à l’école le 11 mai.

Le gouvernement libéral doit également composer avec une opinion défiante. Seuls 30% des personnes interrogées dans un sondage BVA lundi se disent confiantes dans la façon dont la crise est gérée par les autorités.

Chez le voisin italien, pays européen qui a payé le plus lourd tribut à la pandémie, les modalités du déconfinement prévu le 4 mai ont d’ores et déjà été précisées: les rassemblements resteront interdits, tout comme les déplacements entre les régions, le port du masque sera obligatoire dans les transports publics et les écoles demeureront fermées jusqu’en septembre.