Certaines maisons neuves seront habitables à la date prévue.
Certaines maisons neuves seront habitables à la date prévue.

La COVID-19 exacerbe la crise du logement

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Avant même la crise de la COVID-19, l’Office municipal d’habitation de Québec (OMHQ) appréhendait la saison des déménagements 2020; elle s’attendait à aider beaucoup de ménages à se loger à l’approche du fatidique 1er juillet. Avant même que des dizaines de milliers de travailleurs perdent leur gagne-pain et que la construction des maisons neuves soit mise sur pause.

«Afin d’anticiper la hausse des demandes et de se prévaloir de suffisamment de temps pour répondre à chacune, il est proposé de démarrer le service un mois plus tôt cette année, soit du 1er avril au 17 juillet 2020», annonçait un état de situation remis il y a peu aux élus de la Ville.

L’«Opération 1er juillet» est donc commencée.

«Un mois d’avance, ça ne sera pas de trop.» Au téléphone, l’ingénieur et directeur général de l’OMHQ, Claude Foster. «On a déjà plus d’une trentaine de dossiers ouverts», dénombre-t-il pour Le Soleil. «Pour plusieurs, on a trouvé une solution.»

«Je pense qu’au cours des prochaines semaines on va avoir une augmentation à cause de l’économie qui tarde à repartir.» M. Foster s’inquiète un peu : «Les gens voient que ça va être plus long de ravoir leur travail.»

L’entrepreneur reprend le boulot, mais ça ne veut pas dire qu’il finira à temps. Les usines des fournisseurs de matériaux, de portes et fenêtres, étaient aussi fermées et seront submergées.

Au moins, se réjouit-il, l’État québécois a relancé la construction résidentielle. Certaines maisons neuves seront habitables à la date prévue.

Sous le seuil d’équilibre

Ce petit rayon de soleil ne suffit cependant pas à éclaircir l’horizon. Il faut dire que le marché immobilier locatif de la région de la capitale était brouillé avant que l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2 secoue le Québec. 

Des documents municipaux exposent les fondements de la problématique : «Le nombre de demandes reçues par l’OMHQ étant fortement influencé par le taux d’inoccupation et le coût du loyer, une hausse importante des demandes est anticipée pour cette année. Selon les dernières données publiées par la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation global pour la région […] de Québec est passé de 3,3 % en 2018 à 2,4 % en 2019. Il se retrouve donc sous le seuil d’équilibre fixé à 3,0 %.»

Certaines maisons neuves seront habitables à la date prévue.

Dans plusieurs quartiers, renchérit Claude Foster, le taux d’inoccupation est bien plus bas que la moyenne régionale de 2,4%. Il y a donc plus de personnes en recherche d’un appartement libre qu’il y en a sur le marché.

«On constate aussi que les taux d’inoccupation sont encore plus bas pour les grands logements (1,9 %) et les logements coûtant moins de 1099 $ (moins de 2,2 %)», lit-on dans la paperasse de la mairie. «De plus, la région fait face à une hausse de 1,9 % du loyer moyen.»

«Dans les quartiers centraux, c’est en bas de 2 %», insiste le Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au Bureau d’animation et information logement du Québec métropolitain (BAIL). «C’est très inquiétant. C’était déjà une crise du logement avant la pandémie. Si on ajoute la COVID, c’est doublement inquiétant.»

Aussi, la recherche d’un logement est complexifiée par l’imposition de la distanciation physique par l’État. Des locations s’effectuent par vidéo, à partir de photos, mais c’est compliqué, observe M. Carmichael.

Intensification

À l’Office municipal d’habitation de Québec, Claude Foster regarde le calendrier. Les demandes d’aide devraient plus ardues à solutionner à l’approche de l’échéance des baux de location. «[Juin], c’est là qu’est le gros boum parce qu’il y a des gens qui n’ont pas d’options.» 

Il invite les locataires à ne pas casser leur bail tant et aussi longtemps qu’ils n’ont pas la certitude de trouver ailleurs. «Avant de libérer ton logement, as-tu des options?»


« C’était déjà une crise du logement avant la pandémie. Si on ajoute la COVID, c’est doublement inquiétant »
Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au BAIL

Un conseil qui se vaut également si vous avez prévu un déménagement dans une maison neuve devant être livrée à une date précise… L’entrepreneur reprend le boulot, mais ça ne veut pas dire qu’il finira à temps, prévient M. Foster. Les usines des fournisseurs de matériaux, de portes et fenêtres, étaient aussi fermées et seront submergées.

Et n’hésitez pas à appeler l’OMHQ. Souvent, on n’y pense pas, remarque Claude Foster. Mais l’Office ne gère pas que les habitations à loyer modique (HLM). Elle s’occupe aussi du Programme supplément au loyer (PSL) et du parc d’habitations abordables de la Société municipale d’habitation Champlain (SOMHAC), rappelle un document municipal récemment remis aux élus. Elle met en outre à jour quotidiennement une liste de logements abordables disponibles sur le marché privé.

10 ans de crise du logement

Cela fait maintenant une dizaine d’années que la Ville et son Office municipal d’habitation ont réuni les acteurs de l’aide aux locataires afin de répondre à la pénurie de logements, surtout de logements abordables. 

«En 2019, l’Opération 1er juillet s’est déroulée du 1er mai au 19 juillet. Au total, soixante-dix-sept (77) demandes ont été traitées et toutes les personnes accompagnées ont réussi à régulariser leur situation résidentielle», lit-on dans un feuillet de la mairie.

L’entrepreneur reprend le boulot, mais ça ne veut pas dire qu’il finira à temps. Les usines des fournisseurs de matériaux, de portes et fenêtres, étaient aussi fermées et seront submergées.