Justin Larouche, surnommé «le bûcheron» par ses coéquipiers du JS Cherbourg Manche, a décidé de demeurer en France pour vivre son confinement.
Justin Larouche, surnommé «le bûcheron» par ses coéquipiers du JS Cherbourg Manche, a décidé de demeurer en France pour vivre son confinement.

Justin Larouche: un «bûcheron» en France

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
Contrairement à plusieurs sportifs québécois qui poursuivent leur carrière professionnelle en Europe, le joueur de handball de Lévis Justin Larouche, surnommé «le bûcheron» par ses coéquipiers du JS Cherbourg Manche, a décidé de demeurer en France après la fin abrupte des activités de la Proligue (deuxième division française) où il évolue.

«Ça n’a pas été un choix facile à faire, mais c’est un choix que je devais faire», raconte en entrevue téléphonique avec Le Soleil celui qui est actuellement le seul Québécois à jouer au handball professionnel en Europe à un si haut niveau. 

«J’aurais aimé rentrer chez nous cet été, voir ma famille en vrai. Mais je garde contact grâce au téléphone et à la vidéoconférence. Au départ, je ne voulais pas m’acheter un billet d’avion alors que je ne savais pas combien de temps tout ça allait durer et être obligé d’en acheter un autre pour revenir finir la saison si les activités reprenaient rapidement. De plus, j’aurais été soumis à deux semaines de confinement strict si j’étais revenu au Québec», explique-t-il en ajoutant que, normalement, le calendrier de la Proligue devait prendre fin le 8 mai, mais que les séries pouvaient se poursuivre jusqu’au 31 mai en France.

Sans contrat

«De plus, le contrat de deux ans que j’avais signé avec Cherbourg vient de se terminer avec la fin de la saison. Ce sera beaucoup plus pratique pour moi de demeurer ici si je dois déménager ou si je dois participer à des essais avec une équipe.»

Le calendrier de la Proligue où évolue le lévisien Justin Larouche devait prendre fin le 8 mai, mais que les séries pouvaient se poursuivre jusqu’au 31 mai en France.

C’est que l’arrière-droit, qui a marqué huit buts en dix matchs et maintenu un pourcentage d’efficacité de 57 % cette saison en jouant dans l’ombre de la vedette croate Marko Curcic, aurait peut-être l’intention de changer de décor l’an prochain.

«Il n’y a encore rien de sûr pour l’an prochain. Je n’exclus pas de jouer de nouveau en France, mais je regarde surtout à l’extérieur», indique l’athlète de 24 ans qui avait pris la route de la France pour s’aligner dans un calibre fort.

«Il y a d’autres championnats qui sont forts en Europe. L’Allemagne, où le sport a été créé en 1917, offre un calibre encore plus relevé et il y a aussi la Suisse qui m’intéresse ainsi que l’Espagne, où il fait beau et chaud!», ajoute celui qui est pour l’instant cantonné au nord de l’Hexagone.

Plusieurs options

«Il y a beaucoup d’endroits cool où jouer. Dans certains pays, je pourrais aussi jouer en première division. Par exemple, en Suisse, la division 1 est de calibre équivalent à la division 2 française», poursuit celui qui a laissé les négociations entre les mains de son agent.

Justin Larouche est le seul Québécois à jouer au handball professionnel en Europe.

C’est que plusieurs joueurs de handball ont un agent en Europe, même si certains, y compris en première division, continuent de négocier eux-mêmes leurs contrats. Des pactes qui rapportent en moyenne 4447 $ par mois dans la Proligue et 12 646 $ par mois dans la Starligue, la première division française, en plus d’un appartement et d’une voiture de fonction.

«Je suis satisfait de ma saison, notre équipe est terminée sixième [sur quatorze équipes] et personnellement, j’ai connu de bons matchs. Mon rôle n’a pas changé puisque j’étais toujours derrière Marko, qui a été nommé joueur du mois à plusieurs reprises.»

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DRÔLE DE FIN DE SAISON

Comme dans toutes les ligues d’Europe, la saison de l’équipe du JS Cherbourg Manche, où évolue le handballeur québécois Justin Larouche, a pris fin de façon abrupte. Pour l’athlète de Lévis, ses derniers matchs joués en pleine crise de la COVID-19 en France avaient toutefois une dimension un peu surréaliste.

«C’était le 11 mars et on se préparait à affronter le Grand Besançon Doubs Handball. Cependant, il y avait quatre matchs qui avaient été annulés la même journée, car il y avait une trop grande éclosion de cas de COVID-19 dans les villes où ils avaient lieu», raconte Justin.

Le périple qu’a entrepris l’équipe pour se rendre à Besançon en pleine pandémie a cependant fait grincer plusieurs personnes des dents.


« Pour aller là-bas, nous avons dû prendre deux TGV, un train et deux métros, tout ça pour aller jouer un match! »
Justin Larouche

«La ligue avait décidé que la partie aurait lieu, mais le syndicat des joueurs ne l’a pas trouvée très drôle, car on mettait potentiellement la vie des joueurs en danger en leur faisant faire autant de trajets en transport en commun.»

Le match a finalement bel et bien eu lieu au Palais des sports Ghani-Yalouz, un match nul de 32 à 32 entre Besançon et Cherbourg. «Quand on est rentrés à la maison après ce match, on s’est immédiatement fait dire qu’on avait 48 heures pour décider où on ferait notre confinement», poursuit-il, ajoutant que personne dans son équipe n’a heureusement été atteint par le coronavirus SRAS-Cov-2. Une journée plus tôt, un joueur de 25 ans du Limoges Hand 87 était devenu le premier handballeur professionnel à souffrir de la COVID-19.

Comme un film

«Voir la maladie évoluer en France, c’était un peu comme un film. On n’y croyait pas vraiment au départ. De ce que j’ai vu à Paris, le gouvernement disait aux gens de rester chez eux, mais plusieurs sortaient promener le chien, faire du jogging, marcher et il y avait donc quand même du monde plein les rues. Il a fallu qu’ils augmentent les amendes et interdisent le jogging, le sport, le roller entre 9h et 19h», explique Justin Larouche.

Même à Cherbourg, les règles sont strictes. «Si je veux faire du sport, je ne peux pas aller plus loin que 1000 m autour de chez moi et pas plus d’une heure par jour. Tu dois aussi signer une autorisation de sortie après l’avoir fait imprimer. Moi, j’ai fait deux fois l’objet d’une vérification par la police, mais j’étais toujours dans la légalité!», poursuit l’athlète.

«Voir la maladie évoluer en France, c’était un peu comme un film», raconte Justin Larouche.

«Ici, je dirais que 50 % des gens portent un masque et plusieurs ne laissent personne s’approcher d’eux. Ils vont changer de côté de rue quand ils te voient approcher. Moi, je me lave souvent les mains et je fais attention pour ne pas contaminer les autres, mais je ne porte pas le masque», poursuit-il.

Comme au Québec, certains commerces appliquent des règles pour limiter le nombre de personnes qui y entrent en même temps. «L’autre jour, moi et un ami voulions faire un BBQ et on était allés acheter de la viande ensemble. À l’épicerie, ils ont refusé qu’on entre tous les deux parce qu’on était ensemble. J’ai donc dû faire mes courses sur Facetime, assis sur un banc dehors... Je comprends la situation, mais ça m’a fâché un peu.»

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LA TÊTE DE L'EMPLOI

Pas surprenant que le seul Québécois à jouer au handball professionnel en Europe ait reçu le surnom de «bûcheron». Il faut dire que Justin Larouche a vraiment la tête de l’emploi.


« En France, ils ont encore le cliché des Canadiens avec leur chemise à carreaux, les cheveux longs, une barbe et une hache sur l’épaule! Et comme moi, j’ai effectivement les cheveux longs et une barbe, alors je crois que je corresponds bien à ce stéréotype. »
Justin Larouche

Pour couronner le tout, dans son ancienne vie, Justin était justement charpentier-menuisier. «C’est le métier que je pratiquais avant d’aller en Europe pour faire carrière au handball. J’ai travaillé deux ans dans la construction avant de partir. Alors quand mes coéquipiers et adversaires français ont su ça en plus, je correspondais encore davantage à leur image du Canadien typique!»

Il faut dire que les Canadiens ne sont pas légion sur les terrains de handball du Vieux-Continent. «On n’est vraiment pas beaucoup! Il y a l’arrière central Kraig Fischer, un Albertain avec qui j’ai joué dans l’équipe nationale canadienne, qui évolue au Danemark. Et présentement, c’est à peu près tout!», indique Larouche. Un résident de Saint-Lambert-de-Lauzon, Samuel Mainguy, vient également de s’entendre avec l’équipe de Loudéac en cinquième division française après avoir passé près de deux ans en Suisse.

Justin Larouche a hérité du surnom de «bûcheron» auprès de ses coéquipiers, entre autres pour ses longs cheveux et de sa barbe, fidèle à l'image qu'ont les Français des Canadiens.

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LA FIN DU RÊVE OLYMPIQUE

Pour Justin Larouche et l’équipe canadienne de handball, le rêve olympique n’a pas pris fin quand les Jeux de Tokyo ont été reportés de 2020 à 2021. Il a pris fin en septembre 2018 quand la formation unifoliée a fait match nul 27 à 27 contre les États-Unis après s’être inclinée 36-24 quelques jours plus tôt contre cette même l’équipe.

«Une victoire contre eux nous aurait permis d’aller aux Jeux panaméricains de 2019 et le gagnant de ces jeux se qualifiait automatiquement pour les Olympiques. C’est l’Argentine qui a obtenu le laissez-passer finalement», raconte Larouche, qui aurait bien aimé avoir une chance de vivre cette expérience que seuls les membres de la sélection nationale qui a pris part aux Jeux de Montréal a eu l’occasion de vivre. 

Présentement, il ne se passe d’ailleurs pas grand-chose dans l’entourage de l’équipe nationale masculine, dont le Lévisien Alexis Bertrand, l’un des mentors de Justin Larouche, a quitté le poste d’entraîneur pour se consacrer à sa famille et à son entreprise. «Ça semble assez compliqué, c’est difficile de s’investir quand on ne sait pas trop ce qu’on nous offre», affirme Justin, qui ne souhaite pas commenter davantage la situation d’Équipe Canada.

Larouche ajoute d’ailleurs qu’il n’a pas l’intention de devenir entraîneur après sa carrière de joueur. «Je respecte grandement le travail qu’Alexis a fait comme entraîneur de l’équipe nationale, mais aussi de l’équipe senior élite de Lévis et comme responsable de la ligue de Lévis, mais moi ce n’est pas vers ça que je me dirige.»

«Je souhaite quand même m’engager différemment pour encourager les jeunes à jouer au handball, à suivre mes traces pour éventuellement jouer en Europe. C’est pour ça que je participe souvent à des camps qui réunissent les meilleurs joueurs du Québec. Ils prennent des tirs sur moi, je tire avec eux. Par mon exemple, , j’espère que ça leur donnera envie de continuer», conclut-il. Ian Bussières