Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Atteint de la COVID-19 et du cancer, Gilles Bourassa est décédé le 9 mai dernier.
Atteint de la COVID-19 et du cancer, Gilles Bourassa est décédé le 9 mai dernier.

Jusqu’à son dernier souffle

Gilles Bourassa ne voulait pas mourir seul. En l’absence de ses proches, une main rassurante s’est glissée dans la sienne pendant qu’une voix familière et apaisante lui parlait à l’oreille, jusqu’à son dernier souffle. Chronique d’une mort annoncée, triste et belle à la fois.

Gilles Bourassa est décédé le 9 mai dernier. Depuis le dimanche de Pâques, l’homme de 82 ans se savait atteint de la COVID-19, un diagnostic suivi, quelques jours plus tard, d’un deuxième verdict, aussi impitoyable que le premier.

Cette vive douleur qui le tenaillait à la hanche depuis janvier était provoquée par un cancer généralisé.

Deux chocs pour celui qui a aussitôt été isolé dans la zone rouge du Centre hospitalier affilié universitaire régional. Gilles Bourassa y est demeuré jusqu’à la fin, «entouré du respect du personnel de la santé», peut-on lire dans son avis de décès.

À quelques heures de sa mort, deux anges gardiens ont partagé un moment unique, voire sacré avec le brave homme conscient jusqu’à la fin. L’infirmière Stéphanie Grégoire lui a tenu la main et le combiné près de l’oreille tandis que Lise Bourassa était au bout du fil avec son frère rendu au bout de sa vie.

L’annonce du décès de Gilles Bourassa a créé une onde de choc en Mauricie. Le golfeur de Shawinigan, qui a fait carrière dans l’enseignement, était aussi un grand bénévole, notamment dans le monde du hockey. Un aréna porte son nom, c’est tout dire. Depuis une semaine, les éloges à son égard abondent de toutes parts.

«Ça n’arrête pas», souligne sa sœur avec fierté.

Issus d’une famille de six enfants dont fait partie l’ancienne golfeuse professionnelle Jocelyne Bourassa, Lise et Gilles ont toujours été très proches. «J’ai même été sa caddie!», souligne fièrement la femme de 78 ans.

Peu avant le début de la pandémie, frère et sœur ont partagé un repas au restaurant. Gilles allait bien si on fait fi de ses douleurs à la hanche et du fait qu’il était incommodé par des étourdissements.

«C’est peut-être de la haute pression?», a-t-elle dit à son frère qui devait justement rencontrer son cardiologue, à l’hôpital.

Deux semaines après ce souper, Gilles Bourassa s’est dit ennuyé par un mal de gorge lors d’une conversation téléphonique avec Lise.

«As-tu des pastilles ou du sirop?»

Il avait tout cela. Mais les jours ont passé et son état s’est dégradé, au point de semer l’inquiétude chez sa sœur qui s’est rendue chez lui.

C’est un homme faible et amaigri qui lui a ouvert la porte. La barbe longue, son frère était méconnaissable. «Je ne mange pas. Ça ne passe pas...», a-t-il dit avant de monter dans l’ambulance, sans jamais se douter qu’il ne reviendrait plus jamais chez lui.


« Monsieur Bourassa était un homme respectable qui nous respectait beaucoup aussi. Un bon monsieur, un amour de patient. »
Stéphanie Grégoire

Stéphanie Grégoire a côtoyé Gilles Bourassa pendant son séjour à l’hôpital de Trois-Rivières, particulièrement durant les deux derniers jours précédant sa mort.

Infirmière à l’hôpital de Trois-Rivières, Stéphanie Grégoire a tenu la main de Gilles Bourassa jusqu’à son dernier souffle.

«Il était conscient, prenait le temps de nous remercier.»

L’infirmière de 26 ans était auprès de l’homme dont la famille était tenue à l’écart en raison des risques qu’on connaît.

La jeune femme a participé à une scène particulièrement touchante, via l’écran d’une tablette électronique qu’elle tenait pour son patient. Avec la complicité de Lise Bourassa, l’homme gravement malade a pu dire au revoir à son chat qu’il aimait tant.

Le 8 mai, vers 23 h, Stéphanie a appelé Lise Bourassa dont le frère avait de plus en plus de difficulté à respirer.

«Ça le rassurait beaucoup quand sa sœur lui parlait. On pouvait le voir sur son visage, dans ses yeux. Il essayait de lui parler aussi.

«Il n’avait plus de voix...», décrit la dame à son tour. Elle murmurait à son frère, tout en respirant lentement avec lui.

«Gilles, écoute-moi, relaxe... Papa et maman sont là, ils t’appellent... Laisse-toi aller...»

Pendant plus de deux heures, cette sœur a rassuré son frère mourant et une infirmière a gardé la main de celui-ci dans la sienne.

Le temps semble s’être arrêté pendant que les deux femmes posaient un geste ultime et essentiel. Être présentes, cœur à cœur, avec celui qui s’est éteint vers 1 h 30.

Stéphanie n’oubliera jamais ce moment.

«C’était triste, mais tellement gratifiant d’être là pour lui. Sa sœur me remerciait sans cesse. C’est pour des moments comme ça qu’on fait notre travail», dit-elle en soulignant la présence réconfortante de ses collègues au chevet du patient qui, toute sa vie, s’est également dévoué pour les autres.

Lise portera également en elle le souvenir de ce rendez-vous avec Gilles.

Absente physiquement au chevet de son frère mourant, Lise Bourassa a pu l’accompagner à distance, en lui parlant au téléphone.

«Je lui ai envoyé toute mon énergie afin qu’il passe à travers sans trop de souffrances.»

Témoin privilégié d’un amour fraternel, l’infirmière a entendu la dame lui confier une dernière fois... «Je ne suis pas là pour te tenir la main, mais tes anges le sont. Au moins, tu peux entendre ma voix et je peux entendre ton souffle.»