Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

«Je l’écoute comme si c’était ma mère»: Legault assure que la Santé publique mène le déconfinement [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Je me trouve très docile par rapport au Dr Arruda. Je l’écoute comme si c’était ma mère. Je veux juste vous rassurer, je n’ai pas d’influence indue sur le Dr Arruda. Je l’écoute, je suis docile.»

Après trois jours à dévoiler les étapes du déconfinement que le Québec s’apprête à vivre dans les prochaines semaines, François Legault a tenu jeudi à positionner le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, comme grand chef d’orchestre de ce nouveau mouvement qui en inquiète plusieurs.

En réitérant la plus grande indépendance entre la Santé publique et son gouvernement, le premier ministre a tenté de rassurer la population. La santé des citoyens, autant physique que mentale, servira de principal guide avant l’économie, veut faire comprendre M. Legault.

Jeudi, 50e jour de la crise de la COVID-19 au Québec. On amorce la huitième semaine.

Le bilan s’est alourdi de 98 nouveaux décès, 24 heures les plus meurtrières des cinq dernières journées dans la province pour le nouveau coronavirus. Pas moins de 92 de ces 98 Québécois vivaient dans un milieu d’hébergement pour aînés, endroit où «il va continuer d’y avoir beaucoup de décès, malheureusement, dans les prochains jours, les prochaines semaines», constate M. Legault.

Un total de 1859 Québécois ont maintenant succombé à la COVID-19, une fois et demi les 1263 décès projetés dans un scénario optimiste à l’allemande, présenté le 7 avril dernier par les experts de l’Institut national de santé publique du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux. Mais aussi presque cinq fois moins que le scénario pessimiste à l’italienne de 8860 morts au 30 avril.

À 27 538, le nombre de cas confirmés est même inférieur à la projection optimiste portugaise de 29 212 cas au Québec au 30 avril. L’augmentation de 944 depuis mercredi s’avère néanmoins la plus importante hausse quotidienne en 10 jours. On compte 1684 malades de la COVID-19 hospitalisés, dont 214 aux soins intensifs.

«Stable, mais critique» à Montréal

À la lumière des annonces de déconfinement et du fait que 82 % des Québécois fauchés par la COVID-19 habitaient en centres pour personnes âgées, il devient tentant de se relâcher sur les consignes.

«Je sais qu’il y a eu une espèce de débat [mercredi] sur l’interprétation des lois» et de l’arrêté ministériel interdisant les rassemblements, a affirmé M. Legault. «Mais au-delà de l’interprétation des lois, on n’en veut pas, de rassemblements. Avec vos voisins, avec vos amis, avec votre famille. S’il vous plaît, si on veut être capables de déconfiner, surtout à Montréal, pas de rassemblements», a tranché un premier ministre plus autoritaire.

«Relativement stable, mais critique», dixit François Legault, la situation à Montréal s’avère sous haute surveillance. Des foyers de contagion ont vu le jour dans trois hôpitaux de la métropole, ainsi que dans le quartier Montréal-Nord.

Avec la réouverture prévue des commerces et des entreprises le 11 mai et celle des écoles et des garderies le 19 mai, «la bataille n’est pas gagnée à Montréal», reconnaît M. Legault.

«Je n’ai pas de boule de cristal pour savoir où on va être dans 11 jours. [...] Mais ce que je peux affirmer aujourd’hui, par contre, c’est qu’avant d’ouvrir, le 11, les commerces, puis le 19, les écoles à Montréal, on va s’assurer que la situation soit sous contrôle. [...] Le go va être donné seulement si toutes les conditions sont remplies avant ces dates-là.»

S’il se dit «pas trop inquiet pour les régions», M. Legault continue d’y proscrire les rassemblements. Même si les enfants se retrouveront dans une dizaine de jours jusqu’à 15 dans la même classe.

«Les gens qui vont être là [à l’école ou la garderie], ce ne seront pas des gens qui seront susceptibles, alors que votre voisin, je ne sais pas s’il a une grand-mère ou pas. Si vous commencez à vous rassembler un peu partout, on ne saura plus d’où ça vient», explique le Dr Arruda, illustrant par là qu’une éventuelle enquête de contagion devra être limitée en provenances possibles pour être efficace.

Un «plan de match» pour aînés

Alors que le directeur de santé publique de l’Estrie et le Regroupement des résidences pour aînés, entre autres, s’étaient exprimés dans les heures précédentes sur le besoin d’un déconfinement prochain pour les personnes âgées en santé, le Dr Arruda a révélé qu’un «plan de match» en ce sens serait bientôt annoncé.

«Je le pense aussi qu’il faut regarder ça, particulièrement peut-être dans les zones qui sont froides. Je suis très conscient des problèmes que ça entraîne entre les familles par rapport aux parents. Je pense qu’on va vous revenir avec des consignes au cours des prochains jours, mais il est encore trop tôt maintenant, dans une période de déconfinement qui pourrait être interprétée un peu n’importe comment, pour le faire. [Mais ] soyez assurés que notre objectif n’est pas de retenir pour retenir», a-t-il promis.

À quelques reprises, MM. Legault et Arruda se sont référés aux six conditions énoncées par l’Organisation mondiale de la santé le 13 avril pour commencer à lever un confinement. Les voici :

  • la contagion doit être maîtrisée ;
  • la capacité du système de santé de détecter, isoler et traiter chaque cas et de retracer chaque contact ;
  • les risques d’éclosion dans les milieux vulnérables sont réduits ;
  • les mesures préventives sont en place dans les milieux, écoles et autres endroits où les gens doivent aller ;
  • les risques d’importation du virus peuvent être gérés ;
  • les citoyens sont informés, engagés et habilités à s’ajuster à la «nouvelle normalité».

Moins de points de presse

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a renouvelé l’état d’urgence sanitaire pour une huitième semaine, au lieu des 10 jours habituels, donc jusqu’au 6 mai.

Soulignons l’absence jeudi en point de presse de Danielle McCann, l’heure étant menée pour la première fois en duo par MM. Legault et Arruda. La ministre de la Santé se préparait pour la commission parlementaire virtuelle à laquelle elle se prêtera vendredi, comme ses collègues de l’Éducation et des Affaires municipales l’ont fait jeudi.

On n’aura pas droit au point de presse habituel vendredi et, sans doute dans l’esprit du déconfinement, l’exercice sera dorénavant limité à trois fois par semaine. Depuis le 12 mars, 45 conférences de presse ont été tenues en 50 jours, en grande majorité par le trio Legault-Arruda-McCann, en plus de quelques points de presse donnés par des ministres sur certains sujets précis.

Mise à jour du 30 avril