Au total, en temps normal, 160 travailleurs sont à l’emploi des Jardins d’Évangéline, dont 87 sont affectés à l’unité de soins.
Au total, en temps normal, 160 travailleurs sont à l’emploi des Jardins d’Évangéline, dont 87 sont affectés à l’unité de soins.

Jardins d’Évangéline: la situation est sous contrôle, assure le propriétaire

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Malgré la situation difficile et inédite qui prévaut aux Jardins d’Évangéline, aux prises avec une sérieuse éclosion de COVID-19 depuis la fin avril, les religieuses qui y sont hébergées reçoivent de très bons soins, assurent le propriétaire de la résidence et des travailleurs qui y ont été dépêchés.

Le Soleil a fait état mercredi du cri du coeur de travailleurs de la santé déchirés, exténués et inquiets qui ont été déployés à la résidence privée pour aînés de Beauport. Le reportage a fait réagir d’autres travailleurs qui avaient un autre son de cloche à nous soumettre.

«J’y travaille et il est vrai que la situation était chaotique lors des premières heures de l’éclosion, mais le CIUSSS a réussi à organiser la résidence de personne âgée de manière phénoménale en très peu de temps! En ayant presqu’aucun personnel régulier, il est vrai qu’il faut beaucoup d’adaptation et que les employés viennent donner du temps en arrivant de plusieurs domaines différents, mais de mon expérience, l’ensemble des employés sont heureux d’être-là, ils sont dévoués, ils n’ont aucun égo peu importe l’emploi qu’ils occupent normalement et cela fait que nous sommes capables d’offrir des soins de qualité à ces religieuses qui sont tellement gentilles!» nous a écrit un de ces travailleurs, qui a lui aussi requis l’anonymat. 

Comme nous l’écrivions dans notre reportage, plusieurs problèmes ont été réglés depuis le début de l’éclosion, notamment en ce qui a trait à l’accès aux narcotiques, utilisés pour soulager les sœurs malades hébergées au pavillon l’Oasis (qui héberge aussi quelques pères), confirme notre interlocuteur. 

«Finalement, nous avons le matériel nécessaire pour soulager et donner des soins de vie dignes à tous pères et soeurs qui en auraient besoin», affirme cet employé, selon qui le CIUSSS de la Capitale-Nationale «réalise des miracles ici». «Quand les employés constatent un problème de matériel, les gestionnaires nous trouvent une solution presque toujours le jour même ou pour le lendemain matin. Ils sont vraiment créatifs et efficaces!» louange-t-il.

Un médecin venu en renfort à la résidence privée pour aînés de Beauport, où il agit à titre d’aide soignant, assure lui aussi qu’«aucune des patientes sur place ne manque de soins». «Malheureusement, s’il y a eu des décès, c’est que la COVID est une maladie qui est parfois très sévère», rappelle-t-il. 

«Évidemment, les gens qui travaillent à cette résidence ou dans d’autres milieux où sévit la COVID, vivent des moments de stress et d’inquiétude. Nous travaillons toutes et tous dans un milieu que nous ne connaissons pas. Il faut s’approprier les tâches et les routines. Savoir comment interagir avec telle patiente ou telle autre. Il y a aussi le stress d’être soi-même contaminé par la COVID. Il faut donc comprendre que le personnel actuel travaille très fort tout en étant dans une situation complexe parce que nouvelle», expose le médecin. 


« J’y travaille et il est vrai que la situation était chaotique lors des premières heures de l’éclosion, mais le CIUSSS a réussi à organiser la résidence de personne âgée de manière phénoménale en très peu de temps! »
Un travailleur des Jardins d’Évangéline

Selon lui, la situation est maintenant bien contrôlée, les soins aux patients (repas, soins d’hygiène, distribution de médicaments, etc.) sont prodigués adéquatement et efficacement, au point où lorsqu’il est arrivé à la résidence pour faire son quart de travail, mercredi matin, il a pu repartir une heure plus tard, «car il y avait même un surplus de personnel sur place».

En entrevue au Soleil, mercredi, le pdg du groupe Lokia, le Dr Guy Tremblay, a assuré avoir agi promptement lorsque la COVID-19 est arrivée aux Jardins d’Évangéline. Il a souligné que lorsqu’il a fondé son groupe, qui gère plusieurs résidences pour aînés, «c’était pour prendre soin des gens en fin de vie». 

«Le projet des Jardins, c’est 425 appartements et une unité de soins de 87 lits, qui est située dans un édifice séparé […]. On y fait plus de soins que dans une RPA standard, avec des accompagnements de fin de vie», explique le Dr Tremblay.

Selon lui, la résidence a mis en place des mesures de prévention et des règles sur les visites avant le gouvernement, dès la première semaine du mois de mars. «On surveillait toujours nos employés. Dès qu’il y avait un contact d’employés avec d’autres personnes qui avaient des symptômes grippaux, on sortait tout notre monde en préventif, on n’attendait pas nécessairement le test de COVID», affirme le médecin. 

Quand le groupe Lokia a su, le 23 avril, qu’il y avait un cas positif parmi ses employés, il a fait appel à la santé publique, qui a décidé dès le lendemain de faire un dépistage de masse. «Tout le monde était asymptomatique. On avait eu quelques cas de diarrhée auparavant [chez les résidents], mais on n’était pas trop sûr de ce qui se passait», indique-t-il.  

Le dimanche 26 avril, 14 employés avaient testé positif. «Le lundi, on perdait, avec le retrait préventif des contacts directs, 18 employés, et on est monté à plus de 30 le mardi 28. Aujourd’hui, je pense que j’ai 60 employés de moins que d’habitude», calcule le Dr Tremblay. 

Au total, en temps normal, 160 travailleurs sont à l’emploi des Jardins d’Évangéline, dont 87 sont affectés à l’unité de soins, indique le patron du groupe Lokia. 

«La décision qu’on a prise avec le CIUSSS, vu qu’on perdait des employés, ça a été de déployer les ressources de Je contribue, des médecins, des infirmières... J’ai des amis médecins qui sont venus comme volontaires», mentionne le Dr Tremblay.

Selon lui, le Groupe Lokia a «agi vite» en termes de ressources humaines, conscient que s’il perdait ses employés, il ne pourrait pas «faire une continuité de soins de qualité». 

Le Dr Guy Tremblay convient qu’il y a eu une période d’adaptation quand les renforts sont arrivés. «C’est sûr que pour les gens qui ne sont pas habitués de travailler dans ce genre de milieu, ça peut être paniquant. C’est sûr que si les gens sont arrivés le mardi matin [le 28 avril], alors qu’on avait 25 ou 30 employés qui étaient sortis, ils pouvaient paniquer», dit-il.

Il n’empêche, «on a réussi en peu de temps à transformer une unité de soins de RPA en mini hôpital, ce qui est un exploit», souligne-t-il. À travers, les dossiers des patients, qui sont tous informatisés, ont dû être transférés dans des dossiers papier «parce que le CIUSSS n’avait pas accès à tous nos systèmes», explique le médecin, précisant que cette manœuvre avait pris quelques jours.

Le Dr Tremblay affirme du reste que les questions de matériel ont été réglées et que tant les patients que le personnel ont «tout ce qu’il faut».


« On a réussi en peu de temps à transformer une unité de soins de RPA en mini hôpital, ce qui est un exploit »
Le pdg du groupe Lokia, le Dr Guy Tremblay,

«On n’est pas du tout en perte de contrôle. On a des gens de coeur dans la situation actuelle, et la relation avec le CIUSSS est parfaite, on a eu du support d’équipe», assure le Dr Tremblay, qui prévoit que la plupart de ses employés reviendront une fois leur isolement terminé.

«C’est une minorité qui a décidé de quitter, environ 5 %. Les employés qui sont partis sont plus ceux qui sont COVID positifs ou en retrait préventif. Les gens ont pas mal de coeur, c’est rare les gens qui ont quitté parce qu’ils avaient peur. Mais oui, il y en a, je ne vous le cacherai pas», dit-il.

«S’il y a un message à passer aux RPA qui n’ont pas encore la COVID, c’est : triplez les équipes, parce que quand la COVID va rentrer chez vous, si vous manquez d’employés pour prendre soin des malades, ça va mal aller», prévient le Dr Tremblay.

Le bilan de mercredi du CIUSSS de la Capitale-Nationale faisait état de 94 cas de COVID-19 aux Jardins d’Évangéline (53 chez les résidentes et 41 chez les employés) et de huit décès.

Selon le pdg du groupe Lokia, il n’y aurait aucun cas positif du côté des 340 appartements autonomes de la résidence.