L'hôpital Jeffery Hale a été fondé il y a 150 ans.
L'hôpital Jeffery Hale a été fondé il y a 150 ans.

Hôpital Jeffery Hale: 150 ans de compassion

Jeffery Hale, le fondateur de l’hôpital qui porte son nom, un anglican né à Québec en 1803, était un esprit libre avec des valeurs d’engagement, de compassion et de justice sociale assez fortes pour avoir traversé plus de 150 ans d’histoire.

Après des études en Angleterre, l’homme sert pendant 10 ans dans la marine britannique, où il est dégoûté par le traitement réservé par les Anglais aux Irlandais catholiques et par le commerce des esclaves.

Désenchanté, il rentre à Québec et fonde des écoles primaires pour les enfants pauvres, la Free Chapel Sunday School pour l’éducation des adultes et le cimetière Mount Hermon et l’hôpital (ouvert en 1867) aujourd’hui appelé Jeffery Hale. Québec compte à l’époque 40 % d’anglophones. Cet hôpital leur est destiné.

Bien que plus de 90 % de la clientèle soit aujourd’hui francophone, le Jeff est resté un des «piliers» de la communauté anglophone de Québec. Le CHSLD Saint-Brigid’s Home du chemin Saint-Louis, fondé en 1856 et fusionné au Jeffery Hale en 2007, continue cependant de servir une clientèle à forte majorité anglophone.

Le Jeffery Hale/Saint-Brigid’s fut un des rares établissements de santé de la région de Québec à ne pas avoir été complètement avalé par la réforme administrative de 2015 qui a donné naissance au CIUSSS. Il a conservé une «implication locale à travers un comité aviseur» formé de membres de la communauté, explique son président, Richard Walling.

Dans les faits, la gestion quotidienne est menée par le CIUSSS et les instances locales n’ont rien eu à dire, par exemple, lorsque le Jeffery Hale a perdu sa cuisine comme les autres hôpitaux. «On a le pouvoir de suivre les dossiers et d’écrire des avis», dit-il, mais ça ne va guère plus loin.

Employés dévoués

L’éclosion au Jeffery Hale a secoué le comité. «La compassion et le niveau de dévouement dans la crise m’impressionnent beaucoup», souligne M. Walling. Il voit dans le chiffre élevé d’employés atteints que ceux-ci «se mettent à risque eux autres même pour soigner ces gens-là».

En tout temps, même au plus fort d’une crise qui ne finit plus, la porte est restée ouverte au Jeffery Hale pour qu’un membre de la famille d’un mourant puisse y être pour les dernières heures, si tel était son souhait.

Lorsque la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a annoncé cette semaine la levée des interdits de visite partout auprès des personnes en fin de vie pour des «raisons humanitaires et de dignité humaine», le Jeffery Hale n’a pas eu à réfléchir longtemps.

Richard Walling voit venir des changements pour la suite. «Des milieux un peu plus petits, des espaces un peu plus larges, des infrastructures et l’architecture à repenser».

L’abbé Conrad Poulin a fréquenté le Jeffery Hale pendant 7 ans. Jusqu’à l’âge de la retraite, il y a accompagné des résidents et des mourants qu’il aidait à «trouver des chemins d’espérance».

«J’ai été heureux comme jamais dans d’autres milieux», confie-t-il. Il a été marqué par le «personnel dédié et dévoué, le travail d’équipe, la proximité avec les familles, etc.» et le «côté communautaire et friendly des anglophones».

Mais il y a vu aussi «l’effet des coupes de budgets» sur la vie du Jeffery Hale. «Des cas de plus en plus lourds et pas assez de personnel».

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