GNL Québec est guidé par les perspectives à long terme et non celles à court terme, rappelle Tony Le Verger, vice-président de l’entreprise.
GNL Québec est guidé par les perspectives à long terme et non celles à court terme, rappelle Tony Le Verger, vice-président de l’entreprise.

GNL Québec: la pandémie ne mine pas le projet, selon l'entreprise

Contrairement à ce que certains économistes prétendent, la pandémie de COVID-19 ne vient pas miner le projet de GNL Québec, selon son vice-président, Tony Le Verger.

Certains, dont l’économiste Éric Pineault, un des cosignataires de la lettre ouverte contre le projet publiée à l’automne 2019, estiment que l’actuelle baisse de la demande en énergie réduira l’intérêt pour l’extraction de gaz naturel.

Mais GNL Québec, qui se trouve derrière Énergie Saguenay et Gazoduq, rappelle que ce sont des perspectives à long terme qui guident l’entreprise. Des perspectives qui n’ont pas changé, insiste M. Le Verger.

« La plus grande confusion est de mixer l’impact court terme avec ce qui se passe en ce moment, avec les perspectives long terme, par rapport aux besoins mondiaux. Notre projet s’inscrit plutôt dans une perspective à long terme. C’est comme dire : ‘‘On va fermer les écoles de dentisterie, car les dentistes sont fermés en ce moment.’’ Ça n’a pas de sens », pointe le vice-président de GNL Québec, dans une entrevue accordée au Progrès.

« Donc, on n’est clairement pas en train de se baser sur ce qui se passe d’un mois à l’autre. Ce qui se passe avec la COVID-19, ça peut potentiellement décaler le projet d’une demi-année. Car certaines activités, dont les audiences du BAPE, sont retardées. Mais les fondamentaux sont encore là. »

GNL Québec, avec Gazoduq, compte réaliser un projet de conduite de gaz naturel d’environ 780 km entre le nord-est de l’Ontario et le Saguenay pour alimenter l’usine d’Énergie Saguenay. Un projet de 14 milliards $ qui vise à exporter le gaz naturel vers l’Asie et l’Europe pour remplacer des énergies plus polluantes, comme le charbon. Une mise en opération en 2025 est souhaitée par l’entreprise, à un moment où l’approvisionnement actuel ne sera pas suffisant pour répondre à la demande.

Pause

« En ce moment, l’économie mondiale est arrêtée et il y a une décroissance majeure. Même les éoliennes ont dû arrêter à certains endroits. Tout le monde est dans la même situation. Ce qui est une bonne nouvelle pour nous, c’est que nous avons prévu un démarrage en 2025, donc ça ne vient pas spécialement nous impacter », mentionne M. Le Verger.

« En 2022, il faut le rappeler, on va atteindre une période d’approvisionnements qui ne seront pas suffisants pour répondre aux besoins mondiaux. Il y a un milliard de personnes sur la Terre qui n’ont pas d’électricité en ce moment. Si on voulait donner de l’énergie seulement pour répondre à ces gens, ça prendrait 300 usines comme la nôtre. Et l’enjeu des gaz à effet de serre est encore là. La moitié de ces gaz vient du charbon, une énergie qu’il faut éliminer le plus vite possible et déjà, des pays ont annoncé leur désir de le faire et d’adopter le gaz naturel. »

D’ailleurs, la chute draconienne des prix de l’énergie peut accélérer la transition des économies basées sur le charbon et ainsi faciliter l’adoption du gaz naturel dans un avenir rapproché, croit le vice-président de GNL Québec.

« Le prix faible facilite la transition, la construction de nouvelles infrastructures, une conversion qui peut être faite plus rapidement, notamment dans le transport. Pour des pays très sensibles aux prix, dont l’Inde, ça peut faire une différence. Normalement, les gouvernements doivent mettre des incitatifs pour favoriser cette transition. Mais là, même sans incitatifs, le pétrole peut compétitionner le charbon. Ça nous facilite la tâche, car ça peut accélérer la conversion des installations », note le vice-président, rappelant que le gaz naturel pourra remplacer le pétrole.

Le gaz naturel demeure une énergie fossile. Mais ce gaz est considéré « plus propre » que le pétrole et le charbon, car il émet moins de gaz à effet de serre pour la quantité d’énergie qu’il produit.

Investisseurs

Quant aux investisseurs de GNL Québec, ils sont toujours présents, confirme M. Le Verger, dont une partie du travail consiste à coordonner la recherche d’investissements pour ce projet industriel.

« Les investisseurs regardent ça sur du très long terme. Ils n’investissent pas leur fortune pour eux, mais pour deux générations. La grande majorité sont là depuis 2014 et pour eux, c’est habituel ces fluctuations de marché. Ils en ont vu d’autres. »

Des discussions étaient en cours avec le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire Warren Buffet. Mais les blocages ferroviaires ont refroidi l’investisseur, qui a annoncé son retrait avant la pandémie. Il n’a jamais fait partie des investisseurs principaux, mais le rapprochement de son nom avec le projet a encouragé d’autres investisseurs à s’intéresser au projet.

« Les blocages ont joué et un certain investisseur a préféré se retirer temporairement. Mais peut-être qu’il reviendra dans le futur. Il y a un côté négatif, mais du positif aussi. Car des investisseurs, que nous n’avions pas contactés, se sont présentés à nous, après la diffusion de cette information. »

La force du projet, selon le vice-président, demeure son empreinte environnementale moindre que tous les autres projets du genre dans le monde. « Il n’y a pas un projet qui est équivalent sur la planète, en termes d’impact sur l’environnement. Un projet qui va devenir carboneutre, qui va fonctionner à l’électricité, qui va avoir une chaîne d’approvisionnement avec des normes élevées, comme au Canada. En se comparant à notre compétition, dont les pays d’Afrique et même les États-Unis, on se démarque largement. »

« Cet aspect résonne et ça rassure les investisseurs, mais aussi les potentiels clients. Lorsque vous êtes un membre d’un conseil d’administration qui va produire de l’électricité avec du gaz, c’est important que vous vous orientiez vers les fournisseurs les plus respectueux envers l’environnement. On le voit déjà dans nos négociations avec les clients. Et il n’y a rien qui se compare à notre projet en matière d’empreinte environnementale. On est vraiment en tête de peloton », plaide-t-il.

Quant à l’acceptabilité sociale du milieu, elle est essentielle, selon M. Le Verger, conscient qu’une opposition se fera toujours sentir.

« Des groupes d’opposition, il y en a, et c’est normal. On le voit en Allemagne. Ils ont de la difficulté à faire des lignes électriques pour remplacer le charbon, car les gens ne veulent pas de ces lignes chez eux. C’est donc à nous de travailler et de faire les efforts pour informer la population, de rappeler nos programmes dont celui de la neutralité sonore, le travail qui est fait sur le design des méthaniers. Mais nos investisseurs sont satisfaits de la réponse du milieu, des parties prenantes au projet », constate-t-il.

Les audiences publiques du BAPE ont été annulées à 48 heures d’avis, en mars dernier, en raison de la pandémie. L’entreprise attend toujours la date des consultations, qui pourraient, si la crise perdure, se dérouler de manière virtuelle.