Magali Gilbert est massothérapeute. Elle opère sa petite entreprise à Saint-Frédéric, en Beauce, depuis 18 ans.
Magali Gilbert est massothérapeute. Elle opère sa petite entreprise à Saint-Frédéric, en Beauce, depuis 18 ans.

[GÉRER LA CRISE] La massothérapie, entre hâte et anxiété

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».

• Entreprise : Clinique thérapeutique Magali Gilbert à Saint-Frédéric

• Type d’entreprise : Clinique spécialisée en orthothérapie, massage thérapeutique et massage sportif

• Contact : Magali Gilbert, propriétaire


Q Être une petite entrepreneure en région, ça implique quoi?

R Je suis une entrepreneure dans un village qui compte une population d’environ 1200 âmes et où on opère la plupart du temps notre business dans notre sous-sol avec les gens de la municipalité, mais aussi avec ceux qui demeurent aux alentours. Au début, je ne vivais pas de mon entreprise. J’ai dû avoir des jobines ici et là pour arrondir mes fins de mois et bâtir tranquillement ma clientèle. Je pratique maintenant depuis 18 ans. Ça fait un petit bout de temps que ma clientèle est établie. Je peux très bien vivre grâce à ma business.

Q Comment avez-vous vécu la crise?

R Quand la crise s’est amorcée, je crois que c’est lors de la fin de semaine du 14-15 mars, les massothérapeutes n’avaient pas encore eu de recommandations. Certains ont continué à travailler avec de la crainte. On avait la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour limiter le risque de contagion comme espacer les rendez-vous entre nos clients, désinfecter les lieux, porter des gants et un masque. Sauf qu’au niveau de la proximité, on n’a pas le choix. On est en contact direct avec les clients.

Parce qu’on n’en savait pas trop sur la crise et ses impacts, j’ai décidé d’annuler mes deux premières journées de travail de la semaine suivante. Je voulais bien évaluer la situation afin de prendre la bonne décision. Si j’annulais tous mes rendez-vous pour la semaine au complet, je devrais composer avec des répercussions au niveau financier. Mais si je continuais à recevoir des clients, il fallait que je prenne en considération que ma clinique est chez moi et qu’il y avait un risque de contamination pour mes trois enfants et mon chum. Oui, je pouvais peut-être contaminer mes clients, mais ceux-ci pouvaient aussi contaminer mon environnement. J’ai donc fermé ma clinique deux jours. Et la semaine suivante, l’Association des massothérapeutes, en accord avec les recommandations du gouvernement, a exigé que nous fermions. Mais moi, je n’étais pas retournée au travail.

Quels sont les dommages collatéraux de la crise?

R Malheureusement, nous n’avons pas pu conserver le droit de pratiquer pour des urgences. J’ai une clientèle régulière qui a vraiment besoin de mes soins. Je reste donc disponible pour des conseils, des techniques, etc. Mais c’est certain que tout ce que je peux faire par téléphone ou via ma page Facebook n’équivaut pas à un massage. Une partie de ma clientèle est dans le besoin, mais on ne considère pas que le massage est un besoin essentiel. Les clients qui sont en réhabilitation post-opératoires, qui souffrent d’anxiété ou d’insomnie ou de tout autre problème de douleur chronique doivent composer avec leur situation sans mes soins. 

«J’ai hâte de retrouver ma clientèle et de me sentir utile. Mais en même temps, je suis anxieuse. Je reçois en moyenne de 25 à 30 clients par semaine», confie Magali Gilbert

Q Des initiatives nées de la crise?

R J’ai fait une capsule vidéo dans laquelle je montre certaines techniques de massage. Je l’ai fait sans prétention, en toute simplicité, avant tout par plaisir avec les enfants dans le but de les désennuyer et pour rendre service et dépanner mes clients, même si je sais que ça n’équivaut pas à une rencontre avec un massothérapeute possédant une formation. J’ai eu des retours de clients qui m’ont dit avoir essayé ce que je leur proposais et que ça leur avait fait du bien.

Même si je ne pense pas me lancer dans la production régulière de capsules, je pourrais occasionnellement en réaliser à la demande de mes clients ou peut-être aussi dans le privé pour une problématique spécifique. Dans le cas d’une blessure au genou ou un problème à l’épaule, par exemple. J’ai averti mes clients que je serais disponible pour les aider de cette manière.

Q Comment vivrez-vous le retour au travail?

R J’ai hâte de retrouver ma clientèle et de me sentir utile. Mais en même temps, je suis anxieuse. Je reçois en moyenne de 25 à 30 clients par semaine. Même si j’aurai la possibilité de prendre toutes les mesures pour me protéger et protéger mes clients, c’est certain que le retour à la normale va engendrer chez moi de l’anxiété et des craintes. Mais je pense à ma clientèle en premier. Je me dis en tant que société, en tant que travailleur, en tant que massothérapeute, chacun doit faire sa part et apprendre à vivre avec ça, même si je ne sais pas encore comment on va y arriver.

Q Restera-t-il du positif après la crise?

R Je savais que j’avais une bonne clientèle et une bonne relation avec mes clients. En région, dans les petits villages, la proximité est là. J’ai des clients que je connais depuis longtemps. Il y a un bon lien d’établi. Mais je pense que cette crise-là va avoir renforcé tous ces liens. Je me suis rendu compte que je peux être essentielle pour plusieurs clients. Et les gens qui ont des rendez-vous sur une base régulière et pour qui les massages font partie de leur routine s’en rendent compte aussi. On a souvent considéré la massothérapie comme un luxe. Mais maintenant que les gens sont privés de ce service-là, ils s’aperçoivent que c’est vraiment nécessaire.